• Margaux Liagre

Actualité : la question de Taïwan au coeur de l’OMS


L’Organisation mondiale de la Santé a tenu jusqu’à hier sa réunion annuelle par visioconférence. Organisée pour trouver une la réponse commune à l’épidémie, cette réunion était aussi un enjeu pour Taïwan.


Le ministre taïwanais de la Santé, lors d'une conférence de presse, à Taïpei le 15 mai 2020. © Ann Wang, REUTERS

La réunion onusienne n’est pas passée inaperçue et a attiré l’attention sur son rôle de coordination afin de lutter contre la pandémie de Covid-19. Critiquée depuis le début de la crise et soupçonnée de jouer le jeu de Pékin pour avoir tardé à alerter de la dangerosité du virus, l’OMS essaie aujourd’hui d’organiser une réponse coordonnée de sortie de crise.


Un rendez-vous hautement politique, donc, qui a examiné tout d’abord une résolution prévoyant un processus d’évaluation de la riposte sanitaire internationale ainsi qu’un accès universel aux médicaments, dont le vaccin. Ce texte, qui est soutenu par 122 pays dont la Russie, le Canada et les pays membres de l’Union européenne, exhorte la communauté internationale "à identifier la source du virus et la manière dont il s’est introduit dans la population humaine" sans citer directement la Chine.


Le rôle observateur de Taïwan


La question de Taïwan s'est posé également. Lundi, l'OMS a décidé de reporter les débats sur la participation de Taïwan comme observateur. Les États-Unis, qui dirigeaient une coalition de pays pour que l’île puisse assister à l’assemblée en tant qu’observateur a "condamné" cette "exclusion". Washington reproche à Tedros Adhanom Grebreysus (directeur de l'OMS) d'avoir choisi de ne pas inviter Taïwan sous la pression de la République populaire de Chine. Le pays estime que la décision d’"exclure" l’île portait "encore davantage atteinte à la crédibilité" à cette agence déjà critiquée par les États-Unis pour sa gestion de la pandémie.


L'organision assure que c'est aux seuls États membres que revient la décision d'accepter ou non Taïwan. Peu avant l'ouverture de la réunion, le chef de la diplomatie taïwanaise Joseph Wu a indiqué que l'île avait accepté de reporter la discussion, afin que les débats du jour puissent se concentrer sur la pandémie.


Alors que le pays a bien géré la pandémie avec seulement 440 cas et 7 morts pour 23 millions d’habitants, l’île défie le régime communiste de Pékin pour obtenir un poste d’observateur à l’OMS. Cette question relance le débat au sein des États membres entre les impératifs sanitaires et les pressions croissantes des grandes puissances.


C’est dans un contexte de tensions sino-américaines que le vice-premier ministre néo-zélandais a estimé que "Ils ont quelque chose à enseigner au monde, et tous les pays, y compris la Chine, veulent certainement connaître le secret de leur réussite", s’attirant les foudres de la seconde puissance économique mondiale. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a même qualifié de "manipulation politique" la politique de la présidente taïwanaise Tsai Ing-Wen, réélue le 11 janvier 2020.


"Leur véritable objectif est d'utiliser l’épidémie en cours pour obtenir l’indépendance" a continué d’affirmer la diplomatie chinoise. Le bilan exemplaire de l’île vient entacher la campagne internationale menée par le pays, qui s’efforce, depuis plusieurs semaines à se vanter de la gestion des autorités chinoises de la crise. Cette pandémie offre à l’île un espace international, ce qui provoque l’inquiétude de Pékin. "Ses bonnes performances démontent aussi le discours offensif de la Chine qui affirme au monde que son modèle de gestion autoritaire est le meilleur face à l’épidémie" estime Mathieu Duchâtel, directeur Asie à l’Institut Montaigne.


Taipei a en effet été, dès le 31 décembre, la première à réagir face au virus, en demandant des informations directement à l’OMS le même jour où Pékin avertissait l’organisation de la détection d’une pneumonie inconnue dans la province du Hubei. Taïwan reproche à l’OMS de l’avoir laissé sans réponse, abandonnant sa population, comme lors de la crise du SRAS en 2003. Alerté par l’alerte des médecins de Wuhan, la petite île a immédiatement pris des mesures de filtrage des passagers revenant de la province chinoise en question, tous semaines avant que Pékin n’admette que le virus était transmissible d’homme à homme.


Une seule Chine


Alors que l’île démocratique évolue de manière séparée du continent depuis 1949, elle n’a pas de siège à l’ONU. Entre 2009 et 2016, elle bénéficie d’un statut d’observateur, lui permettant de participer à des réunions et partages d’information pour la prévention des épidémies. Cette concession était offerte à Pékin à l’heure où l’île cherchait un rapprochement avec le continent.


En 2016, suite à l’élection de Tsai Ing-Wen, le régime de Pékin retire ce privilège au régime caractérisé de "séparatiste". Cette politique appartient en effet au Democratic Progressive Party, connu pour vouloir développer l’identité démocratique de l’île.

"Il n'y a qu'une seule Chine dans le monde et Taïwan est une partie inaliénable du territoire" a martelé Zhao Lijian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères à l’assemblée onusienne. C’est le même message qui est répété par la République populaire depuis 4 ans qui bloque, depuis, tout accès de Taïwan à l’OMS.


Le seul moyen pour l’île d’intégrer l’organisation est de reconnaître le consensus de 1992, une formule absconse prononcée à l’époque par les deux parties qui affirme le principe "d’une seule Chine". Tsai Ing-Wen refuse de prendre en compte cette déclaration.


Alors que l’épidémie de coronavirus fait rage dans le monde qui recense 318 000 morts, la Chine songerait à reprendre Taïwan par la force. En 2005, une loi antisécession cotée par le Parlement donnait, en effet, la légitimité au régime pour reprendre l’île par la force. Face à cette théorie qui fleurit sur les réseaux sociaux, le parti tente de tempérer.

"Si toutes les parties ne reculent pas face aux penchants dangereux qui se développent autour du détroit de Taïwan, nous pourrions avoir une guerre sur les bras, à l’issue de laquelle chacun finirait perdant, en premier lieu Taïwan" alerte Benjamin Kang Lim, chroniqueur international du Straits Times de Singapour.

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