• Margaux Liagre

Actualités : bientôt l’autonomie du sud du Yémen ?


Alors que l’Arabie saoudite a proclamé, le 9 avril, un cessez-le-feu de deux semaines au Yémen, les séparatistes ont annoncé, dimanche 26 avril, l’autonomie du Sud du pays. Pour le moment, la pandémie de Covid-19 semble épargner le pays, mais les combats entre rebelles Houthis et forces gouvernementales continuent à faire rage au nord.


Un convoi du STC ce dimanche non loin d’Aden @Saleh Al-OBEIDI / AFP

Cette rupture, entre anciens alliés, intervient alors que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, qui lutte aux côtés des forces gouvernementales contre les rebelles Houthis, a annoncé prolonger le cessez-le-feu unilatéral visant à freiner la pandémie contre le coronavirus. Les houthistes avaient, pour leur part, rejeté l’accord de paix.


Une autonomie contestée


Dimanche 26 avril, les séparatistes du Yémen ont déclaré l’autonomie du Sud du pays, mettant un terme à l’accord de paix signé avec le gouvernement, qui affronte également les rebelles houthistes au nord du pays. Le Conseil de transition du Sud (STC), soutenu par les Émirats arabes unis, a ainsi accusé le gouvernement de ne pas avoir rempli ses obligations et d’avoir "conspiré" contre la cause du Sud. L’organisation a déclaré que l’autonomie était officielle à partir de minuit dans la nuit de samedi à dimanche.


Mais, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a rejeté, lundi 27 avril, la déclaration d’autonomie des séparatistes du sud et a exhorté "la fin de toute action d’escalade et appelle les parties participantes à revenir à l’accord", dans un pays considéré comme la pire crise humanitaire aujourd’hui. "A la suite de l’annonce surprenante de l’état d’urgence par le conseil de transition du Sud, nous insistons à nouveau sur la nécessité de mettre en œuvre rapidement l’accord de Riyad" a réaffirmé la coalition.


Face à cette situation, la coalition a continué d’affirmer qu’elle avait pris et continuerait de prendre "des mesures pratiques et systématiques pour mettre en œuvre l’accord de Riyad entre les parties, afin d’unifier les rangs yéménites, de restaurer les institutions de l’Etat et de combattre le fléau du terrorisme."


À Aden, les habitants ont été témoins de déploiements des forces du STC dans la ville. Une source séparatiste a également déclaré à l’AFP qu’ils avaient mis en place des points de contrôle "dans toutes les installations gouvernementales, y compris la banque centrale et le port d’Aden".


En novembre déjà, les séparatistes du sud du Yémen, mobilisés depuis plusieurs années pour l’indépendance de la région, avaient signé un accord de partage du pouvoir à Ryad. Ce dernier visait à mettre fin à une bataille pour le Sud qui les avait vus prendre le contrôle d’Aden, la deuxième ville du pays. Cet accord a permis d’étouffer une bataille pour le Sud, la "guerre civile dans la guerre civile".


Cet accord a vite été obsolète, en raison de la non-application dans les temps de plusieurs mesures, comme la formation d’un nouveau gouvernement comprenant des représentants des sudistes et la réorganisation des forces militaires. Le pacte de Ryad était, pourtant, salué comme évitant l’éclatement complet du pays.


La population menacée


Alors que la menace de la pandémie de Covid-19 plane sur la plupart des pays, le Yémen semble, pour le moment, épargné avec un seul cas de contamination recensé. Mais la population est en proie aux inondations qui ont tués, en avril, 21 personnes. Les rues d’Aden ont été submergées et plusieurs maisons ont été détruites.


Des inondations ont submergé la ville d’Aden, dans le sud du Yémen, le 22 avril. SALEH AL-OBEIDI / AFP

Dimanche 26 avril, les Nations unies ont déclaré que plus de 100 000 personnes étaient touchées, au Yémen, par des pluies torrentielles qui ont endommagé les routes, ponts, le réseau électrique et contaminé les réserves d’eau. "Cette tragédie vient s’ajouter à la crise de Covid-19, qui vient s’ajouter à la préfamine de l’année dernière, qui est venue s’ajouter à la pire épidémie de choléra de l’histoire moderne" explique Lise Grande, coordinatrice humanitaire des Nations unies pour le Yémen, au Monde.


"La solution est claire. Les parties au conflit doivent trouver le courage d’arrêter les combats et de commencer à négocier" conclue-t-elle.

En 2019, la famine qui touchait le Yémen permettait de considérer le pays comme la pire crise humanitaire. Un rapport sur les crises alimentaires mondiales de l’Organisation des Nations unies estimait que "les conflits sont toujours le principal moteur des crises alimentaires en 2019". Il s’inquiète également de la pandémie de coronavirus, qui pourrait devenir un facteur aggravant et faire exploser le nombre de personnes en situation de crise alimentaire. 53% de la population yéménite est concernée par une insécurité alimentaire aigüe.


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