• Margaux Liagre

Actualités : comprendre l’affaire de Rugy

Mis à jour : 18 juil. 2019


Séverine Servat de Rugy et son mari, François de Rugy

Depuis plus d’une semaine maintenant, le ministre de la transition écologique est au cœur de l’actualité médiatique suite à des révélations de Médiapart. Le site d’investigation accuse notamment François de Rugy d’avoir utilisé des fonds publics pour organiser des dîners avec des amis, ou encore rénover son appartement. Retour sur une affaire qui a secoué la sphère politique.

Une affaire de homard et de vins prestigieux


Le 10 juillet, Médiapart dévoile que François de Rugy, alors président de l’Assemblée nationale aurait utilisé des fonds publics qui lui été alloués pour organiser des dîners fastueux en présence d’amis, à son domicile.

Le site révèle qu’une dizaine de dîners de ce type auraient eu lieu en 2017 et 2018, pour la majorité organisés par Séverine de Rugy. Ces dîners, "sans lien avec ses fonctions" précise Médiapart, auraient déjà suscité l’indignation de certains fonctionnaires de l’Assemblée.

Lors de ces repas, le personnel de l’hôtel Lassay (où réside le couple) était mis à contribution, des bouteilles de champagnes et grands vins "directement issus des caves de l’Assemblée, réputée pour être l’une des mieux garnie de France" étaient proposées précise le site d’investigation. Pour finir, sur certaines photos, on peut voir des homards géants servis aux convives.

Ces dîners rassemblaient entre 10 et 30 convives, qui appartenaient principalement du cercle relationnel et amical de Séverine de Rugy, journaliste people à Gala. Médiapart, qui a eu accès à la liste des invités, décrit les convives comme "des copains et des copines de la communication et du journalisme, des réalisateurs, des producteurs, des gens de la finance, des actrices et des auteurs de seconde zone".

Le principal intéressé a réagi à ces accusations sur Franceinter affirmant que "nous n’avons rien à nous reprocher" assurant que la tenue de ces dîners "faisait partie de [son] travail". Par ailleurs, l’ancien président de l’Assemblée nationale assure avoir diminué le budget des réceptions de 13% lors de sa présidence, et celui des transports de 34%.

Le HLM de Nicole Klein


Le même jour, Médiapart accuse Nicole Klein, la directrice de cabinet du ministre, d’avoir conservé pendant près de douze ans un HLM à Paris… alors qu’elle n’habitait plus la capitale. Cette seconde polémique n’a fait que renforcer les doutes qui planaient autour de l’ancien président de la chambre basse.


Nicole Klein, la directrice de cabinet de François de Rugy, limogée suite à cette affaire

Le site écrit : "Entre 2006 et 2018, elle a continué à profiter de ce bien alors qu’elle travaillait hors de la capitale, privant ainsi d’une possibilité de logement l’un des quelques 200 000 demandeurs de logements sociaux à Paris, qui patientent de très nombreuses années avant d’obtenir un appartement".

Nicole Klein a fait savoir qu’elle répondait à tous les critères d’admission à l’obtention d’une habitation à loyer modéré aux moment des faits. "Je ne considère en aucun cas que mon logement aurait été un logement social vacant mais plutôt un havre toujours occupé, au milieu des douze mutations, souvent très rapides et toujours au service de l’intérêt général" s’est-elle justifiée.

Après les révélations de Médiapart, le ministre à annoncé à Ouest-France, le jour-même que sa collaboratrice démissionnerait à sa demande.

Des travaux qui font tache


Le 11 juillet, le site d’investigation continue dans ses révélations et affirme que le couple aurait dépensé 63 000€ de fonds publics dans la rénovation de leur appartement, à l’arrivée de François de Rugy au ministère de l’écologie.

Bien que ce dernier affirme que "l’ensemble de ces travaux ont été réalisés dans le strict respect des règles légales et procédures en vigueur", de nombreux politiques et parlementaires lui demandent des clarifications.

Selon le site, ce serait des travaux "de confort" car l’appartement était dans un état "très correct" et "pas décati", comme l’a affirmé le dirigeant d’une société recalée pour les peintures. "On n’était pas dans une nécessité" ajoute-t-il.

François de Rugy a, quant à lui, affirmé la "nécessité" de ces travaux, justifiant que les derniers avaient été réalisés "il y a seize ans".

De plus, selon Médiapart, "ce ne sont pas les prestataires les moins onéreux qui ont été choisis pour les réaliser". Pour la menuiserie par exemple, c’est "le plus coûteux des quatre candidats qui a été retenu […] deux fois plus cher que la meilleure offre proposée".

Là encore, François de Rugy réplique en assurant que "le choix des entreprises pour la réalisation des travaux a été fait par les services du ministère, qui ont privilégié les partenaires avec lesquels des marchés publics ont été passés et qui présentaient toutes les garanties et références nécessaires en matière de rénovation de bâtiments anciens".


Le même jour, Le Parisien révèle d’autres dépenses embarrassantes qui entachent un peu plus sa réputation. Il cite notamment un sèche-cheveu doré à l’or fin d’une valeur de 499€, un appareil à raclette à 200, 57€, ou encore un vélo elliptique coûtant plus de 750€ que le ministre s’est fait rembourser.

La question des frais de représentation


Le ministre de l’Écologie et de la transition écologique s’est justifié de certaines de ces accusations au cours d’un message Facebook, où il affirme qu'"une part importante de la fonction de président de l’Assemblée nationale consiste à un travail de représentation. Représentation de la France et de l’Assemblée nationale auprès des homologues et membres de gouvernements étrangers, ainsi qu’auprès des médias, de la société civile et de responsables politiques".

On estime ce budget à environ 450 000€ ces dernières années, bien qu’en 2018 François de Rugy se soit vanté d’avoir diminué ce budget de 13%… ce qui le ramène au niveau de 2016.

En décembre 2017, une réforme a été mise en place, visant à encadrer les frais de mandats des députés. Toutefois ce texte ne fait aucune mention de la présidence de l’Assemblée nationale. "Il n’y a pas de texte qui cadre les choses. C’est laissé à l’appréciation du président de l’Assemblée" déplore Tris Acatinei. Elle regrette aussi l’absence de contrôle des frais.

Reçu jeudi 11 à Matignon, le ministre a été maintenu à son poste par Édouard Philippe et s’est engagé à "rembourser chaque euro contesté". François de Rugy s’est dit prêt à soumettre les frais controversés à des "autorités de contrôle de l’Assemblée nationale".

Un appartement à loyer social préférentiel


La dernière polémique en date, concerne un appartement du ministre, près de Nantes, qui bénéficierais d’un loyer social préférentiel. Ce T2 de 48m2 coûte 622€ par mois au ministre, "un montant conforme au prix du marché", selon lui. Il a continué, affirmant que, "cette affirmation, si elle est avérée, je n’en ai moi-même jamais eu connaissance". Il a accompagné ce message Facebook, par des photos des échanges d’e-mails avec l’agence immobilière. François de Rugy a également publié son bail "dans lequel il n’est JAMAIS fait mention d’un quelconque loyer social préférentiel".

Bien qu’il bénéficiait du soutien de l’exécutif, François de Rugy a annoncé sa démission hier matin, via un post Facebook : "la mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission qu m’ont confiée le président de le République et le Premier ministre. Dès lors, j’ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin".

 

Le président a accepté sa démission et respecte la décision du ministre "pour qu’il puisse se défendre pleinement et librement" a expliqué l’Élysée. François de Rugy a également porté plainte contre le site à l’origine des révélations, "face aux contre-vérités de Médiapart".

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