• Margaux Liagre

Actualités : comprendre la réforme des retraites


À la sortie du G7, lundi 26 août, le président de la République a annoncé préférer négocier sur les années de cotisation plutôt que sur un âge pivot, recommandé par Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire à la réforme des retraites dans son rapport mi-juillet. Qu’en est-il de ce projet ?


Crédit Image : JOEL SAGET / AFP | Crédit Média : RTL

Un nouveau système


Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, la réforme des retraites prévoit la création d’un régime universel par point en remplacement des 42 régimes existants aujourd’hui. Un système par point signifie qu’un euro cotisé donnera accès aux mêmes droits pour tous (salariés du public comme du privé).

Ainsi, l’objectif est de "restaurer la confiance" et donner les "mêmes droits à tous les Français". Les régimes spéciaux disparaîtront pour donner naissance à un régime unique, plus simple.

Autre changement, la retraite ne sera plus calculée sur les 25 dernières années (pour le privé) ou les six derniers mois (pour les fonctionnaires). Chaque jour travaillé permettra d’acquérir des points. De même, un euro cotisé permettra d’acquérir le même nombre de point, qui viendra augmenter le niveau de sa retraite.

Selon le rapport Delevoye, dix euros cotisé feront un point. La valeur d’un point a été établie à 0,55€. De cette manière, 100€ cotisé permettront d’obtenir 5,50€ de retraite. Le haut-commissaire à la réforme des retraites précise que la valeur ne pourra pas baisser dans le temps. La revalorisation de la valeur tiendra compte de l’évolution des revenus moyens en France, jugée plus favorable que l’inflation par le rapport.

Le gouvernement annonce vouloir créer un Fonds de réserve universel, créé pour garantir l’équilibre du système et la valeur du point.

Concernant l’âge de départ, initialement évoqué dans le rapport, il reste fixé à 62 ans, comme âge minimum. L’âge pivot a, lui, été établi à 64 ans (pour la génération de 1963) qui permettra de bénéficier d’un taux de rendement à 5,5%. Ainsi, il sera possible de prendre sa retraite à 62 ans, en subissant une décote de son taux de rendement. De même, travailler plus tard que l’âge pivot vous vaudra une surcote.


Le rapport explique alors, qu’au même poste et au même nombre d’heures travaillées, un personne quittant son poste à 62 ans percevra une retraite mensuelle de 1 237€, quand celle qui partira à plus de 64 ans pourra obtenir 1 512€ par mois.

Cette nouvelle réforme prévoit d’augmenter la retraite minimum à 85% du SMIC, actuellement à 81% pour les salariés et 75% pour les agriculteurs. Cela aurait pour but de valoriser le travail.

Des points de solidarité seront aussi envisagés par le gouvernement pour les périodes de chômages, maternité, invalidité et maladie. La valeur de ces points sera identique aux points acquis par l’activité.

Autre nouveauté : une majoration pour chaque enfant va être mise en place. 5% seront donc attribués dès le premier enfant, et ce, pour chaque enfant, contre 10% dès le troisième enfant actuellement. Ces points pourront être répartis entre les parents, mais seront, par défaut, attribués à la mère, car elles "ont une pension moyenne inférieure à 42% à celle des hommes" explique le rapport. En cas de divorce, le ménage pourra se répartir les droits pour "solde de tout compte".

Un dispositif de réversion unique a aussi été annoncé. Ce système garantit, en cas de décès d’un des partenaires, un niveau de vie égal à 70% du total des retraites perçues par le couple au conjoint survivant.

Le projet de réforme souhaite mettre fin aux départs anticipés des régimes spéciaux (toutefois certaines exceptions permettront un départ à 60 ans pour les assurés ayant fait une carrière longue). La pénibilité sera encore prise en compte et le compte professionnel de prévention sera étendu aux fonctionnaires et aux régimes spéciaux actuels.

Ce système sera mis en place de manière "très progressive" à partir de 2025 pour les personnes nées à partir de 1963. Le gouvernement assure une transition "adaptée à chacun des régimes", qui sera achevée dans les 15 ans après l’entrée en vigueur du système.

Ce rapport ne constitue pas, en lui seul, la prochaine réforme, mais servira de base au gouvernement pour l’établir. Toutefois, lundi, à la sortie du G7, Emmanuel Macron s’est exprimé en faveur d’un accord sur la durée de cotisation, plutôt que sur l’âge de départ.

L’âge pivot remis en cause


Alors que le gouvernement s’apprête à rencontrer les partenaires sociaux afin de trouver un accord en vue de la réforme des retraites, le président de la République a créé la surprise en annonçant préférer orienter les négociations sur la durée des cotisations, plutôt que sur l’âge pivot. Selon lui, ce compromis est plus "juste" car "si vous commencez plus tard, vous finissez plus tard et quand vous commencez plus tôt, vous partez plus tôt" explique-t-il.

Cette annonce semble alors être un signe d’ouverture aux partenaires sociaux, indiquant qu’il y aurait plus à négocier que prévu. Cela s’est confirmé par l’annonce de Bruno Le Maire, mardi 27 août, qui assurait que "le gouvernement ne passera pas en force sur la réforme des retraites".

L’objectif de cette réforme est de retrouver un équilibre financier dans un avenir proche, sans quoi le système ne serait pas financé dans le cas contraire. Ainsi, l’allongement de la durée de cotisation pourrait intervenir plus tôt que prévu.

Les Français devront, donc, travailler plus longtemps, peu importe si c’est l'allongement des cotisations, ou l’âge de départ qui est choisi par le gouvernement. Jouer sur la durée des cotisations reste plus avantageux pour l’État, qui pourra faire rentrer plus rapidement de l’argent dans les caisses pour financer les retraites. Cette durée doit être allongée en passant de 41 ans et demi à 43 ans en 2035.

Des partenaires sociaux en désaccord


Suite à cette déclaration, un premier appel intersyndical à la grève nationale le 21 septembre, est soutenu par Force ouvrière et la CGT. Une autre mobilisation est prévue le 24.

Yves Veyrier, le secrétaire général de FO été l’invité de France info hier matin. Il a exprimé son point de vue sur cette future réforme, estimant notamment que le gouvernement cherchait à "faire en sorte qu’on soit contraint de travailler plus longtemps, de partir plus tard à la retraite". Il rappelle cependant que l’on peut travailler plus longtemps, à condition d’avoir un emploi au moment de faire valoir ses droits à la retraite, "ce qui est loin d’être le cas". Selon lui, "on liquide déjà sa retraite aujourd’hui, parce que la durée des cotisations a déjà augmenté".

"Depuis 1993, il n’y a pas un président qui n’a pas fait sa réforme des retraites […] qui allongeait la durée des cotisations, voire qui, en 2010, reculai l’âge légal de départ à la retraite".

Cette question reste centrale pour les organisations syndicales. Le secrétaire syndical FO précise une polémique du rapport Delevoye : "on s’est aperçu que le haut-commissaire, pour faire ses simulations […] utilisait des durées de cotisation qu’il allonge à 43,5 ans pour la génération 1980 et à 44,3 ans pour la génération 1990". Or, selon l’INSEE, l’âge moyen d’entrée dans la vie active est déjà au-dessus de 22 ans. "Faites-vous compte, vous serez déjà largement au-dessus des 64 ans en réalité !" s’exclame-t-il.

Un problème majeur persiste : celui de l’emploi. Les emplois à taux pleins se font rare chez les jeunes, "les entrées dans la vie active pour les jeunes, c’est souvent à taux partiel".

"Dans un système qu’on nous disait unique, par point, plus simple on réintroduit la durée de cotisation, qui est… le système actuel !" explique Yves Veyrier au micro de France info. Et pour revenir sur la notion plus "juste" proposée par Emmanuel Macron, il explique, "Qu’est ce qui est le plus juste entre celui ou celle qui a pu trouver un travail à 20 ans et qui aura une durée de cotisation de 43 ans pour la génération 73 et celui ou celle qui aura eu du mal à trouver un véritable boulot dans les temps et qui n’entrera qu’à 22, 23, 24 ans [dans la vie active]… Leur espérance de vie est la même et il y en a un qui pourra partir et l’autre qui ne pourra pas partir, au même âge".


"Il y a beaucoup de professions pour lesquelles 62 ans, c’est déjà trop" déplore-t-il, avant de conclure, "nous sommes opposés au système de retraite unique".

Cette réforme des retraites ne semble pas être un long fleuve tranquille et promet de créer des débats houleux entre le gouvernement et les syndicats. Les négociations sont sur le point de commencer, la semaine prochaine à Matignon, elles chercheront à trouver un accord entre les deux bords.

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