• Margaux Liagre

Actualités : comprendre les manifestations à Hong Kong

Mis à jour : 20 juin 2019


Début juin, le gouvernement hongkongais a annoncé vouloir examiner un projet de loi permettant l’extradition de certains criminels vers la Chine continentale. Cette annonce a entraîné une déferlante d’indignation et a amené une partie des hongkongais à descendre dans la rue.

Ce sont des manifestations sans précédent qui se sont produites, d’une violence telle que l’État n’en avait pas connu depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. En effet, le territoire était une ancienne colonie britannique depuis le traité de Nankin, en 1842, rétrocédé 155 ans plus tard.


Le territoire est alors classé en tant que région administrative spéciale, qui respecte le principe de "un pays, deux systèmes" avec la Chine. Il jouit d’un haut degré d’autonomie, au moins jusqu’en 2047. Hong Kong a accès à des libertés inexistantes en Chine et conserve, entre autres, son système légal, sa monnaie et son sytème politique. Il reste rattaché à "l’Empire du Milieu" sur les questions de défense et de diplomatie.


Un projet de loi polémique

Depuis sa rétrocession, l’étau se resserre et les libertés octroyées à Hong Kong, sont peu à peu grignotées par Pékin. Les hongkongais dénoncent l’ingérence grandissante de la Chine sur le territoire, comme le confirme ce projet de loi.


Ce dernier envisage de faciliter l’extradition de criminels vers la Chine. Une extradition est une procédure permettant à un État (ici la Chine) de se faire "livrer" un individu condamné, se trouvant sur un autre territoire (ici Hong Kong).

Si ce projet de loi entre en vigueur, des hongkongais pourraient être extradés vers la Chine continentale pour des raisons politiques, notamment. Certains habitants du territoire dénoncent l’utilisation de cette loi à des fins politiques par la Chine et craignent pour l’image internationale de Hong Kong et l’attractivité de ses centres financiers. Ainsi, les habitants seraient à la merci du système judiciaire chinois, contrôlé par le Parti Communiste.


Selon les autorités chinoises et hongkongaises, le texte vise à combler un vide juridique et empêcher que les criminels se réfugient à Hong Kong pour échapper à la justice chinoise.

Des manifestations sans précédent

Dès l’annonce de ce projet de loi, portant atteinte à la démocratie selon les manifestants, nombre d’entre eux se sont rassemblés afin de bloquer les artères principales de la ville. Beaucoup d’habitants se sont aussi retrouvés devant le Parlement local la veille de l'examen du projet de loi pour faire entendre leur voix.


"On veut montrer notre force aux autorités pour qu’elles s’inquiètent et réfléchissent bien deux fois avant de voter le texte" s’est exprimée une manifestante interrogée devant le Parlement.

Le 9 juin, un millier de hongkongais sont descendus dans la rue afin de manifester leur mécontentement. "Non à l’extradition" était le slogan de toutes les pancartes. Ce rassemblement marque un record de participation de la population (Hong Kong compte 7,4 millions d’habitants), du jamais vu depuis les rassemblements de 1997.


Même le "Mouvement des parapluies" de 2014, en faveur du suffrage universel, qui avait paralysé Hong Kong pendant près de deux mois, n’avait pas rassemblé autant d'habitants.

La pression est ainsi maintenue sur le gouvernement et principalement sur Carrie Lam, cheffe de l’exécutif hongkongais. Cette dernière n'a pas cédé et a préféré mettre en garde les participants à ces fortes mobilisations.

Le 12 juin, le mouvement prend de l’ampleur et plus de 2 millions d’hongkongais se réunissent dans la rue pour contester ce projet de loi. Ils se regroupent devant le Parlement local et érigent des barricades, faisant barrage aux forces de l’ordre. Des scènes de guérillas se déroulent en plein centre-ville et le chaos s’installe à Hong Kong.

La police n’hésite pas à utiliser des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. On recense environ 70 blessés cette journée là. Amnesty International dénonce et condamne ces violences.



Selon l’ONG, la police aurait profité des actes violents d’une minorité de manifestants comme prétexte pour utiliser la violence de manière excessive envers la majorité des manifestants pacifiques.


Une tentative de retour au calme


Le 15 juin, au vu de l’ampleur de la contestation, l’Assemblée hongkongaise décide de suspendre ce projet de loi. "Le gouvernement a décidé de suspendre la procédure d’amendement législatif" a déclaré Carrie Lam. Cette dernière, nommée par une commission loyaliste, majoritairement "pro-Pékin" a dû céder face aux appels de son propre camp à suspendre ce texte.

Malgré cette décision, les mobilisations n'ont pas faibli et les manifestants, souvent jeunes et très déterminés continuent de protester. Le lendemain, une nouvelle mobilisation s’est tenue dans la ville. Habillés en noir et tenant une rose blanche à la main, deux millions de hongkongais ont arpenté les rues de la ville, rendant hommage aux victimes des violences policières.

Les manifestants réclament, en plus de l’abandon du projet de loi, le départ de Carrie Lam ainsi que des excuses suite aux violences policières. Selon eux, seul le départ de la chef de l’exécutif pourrait ramener le calme.


"Nous exigeons le retrait de la loi perverse, les responsables gouvernementaux doivent démissionner" a clamé un manifestant.

Même les excuses de la cheffe de l'exécutif n’y ont rien fait. "Je regrette les carences dans notre travail qui ont entraîné beaucoup de conflits et de querelles dans la société" s'est confiée Carrie Lam. Jugées insuffisantes par les hongkongais, la révolte ne faiblit pas et de nouvelles manifestations pourraient se produire dans les jours à venir.

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