• Margaux Liagre

Actualités : des mesures de l’exécutif hongkongais après une reprise de la contestation

La cheffe de l’exécutif a promis une réforme de l’éducation, en particulier en ce qui concerne les cours de culture générale, instaurés en 2009. Cette annonce intervient après un rassemblement des manifestants pro-démocratie dimanche, dans les centres-commerciaux de la région administrative.


Des policiers face à des manifestants pro démocratie, à Hong Kong, le 10 mai 2020. @YAT KAI YEUNG / NURPHOTO / AFP

Après un week-end qui s’est soldé par 230 manifestations de manifestants pro-démocratie réunis dans les centres commerciaux de la région administrative chinoise, Carrie Lam s’est exprimée et a annoncée vouloir revoir le système éducatif. Selon elle, l’enseignement de culture général serait, en partie, responsable du mouvement pro-démocratie qui secoue le territoire depuis juin 2019.


L’exécutif à la merci de Pékin


Lundi 11 mai, la cheffe de l’exécutif hongkongais pro-pékin, Carrie Lam a fait part de son intention de revoir entièrement le système éducatif. Cette mesure vise en particulier les cours de culture générale, qui ont, selon elle, contribué à nourrir le mouvement pro-démocratie installé depuis maintenant un an dans l’ex-colonie britannique.


Instauré en 2009, cet enseignement de culture générale permettait aux étudiants de se forger un esprit critique. Les écoles sont libres de choisir la manière de l’enseigner. Pour Pékin, cette matière est loin d’être assez chauvin. En effet, ces cours sont devenus la cible des médias d’État chinois et des politiques pro-Pékin qui demandent un enseignement plus patriotique.


"En ce qui concerne la manière, à l'avenir, d'aborder les cours de liberal studies (un cours de culture générale destiné à forger l'esprit critique, NDLR) nous allons certainement clarifier les choses avant la fin de l’année" cite le journal Ta Kung Pao, favorable à Pékin.


Le nouveau coupable est donc tout trouvé. Avec cette annonce, la cheffe de l’exécutif et, derrière elle, Pékin, cherchent à faire taire les contestataires qui réclament plus de démocratie et une plus grande autonomie par rapport à la Chine. Selon la cheffe de l’exécutif, ces cours serviraient aux enseignants de promouvoir leurs partis pris politiques et estime qu’ils devraient être mieux surveillés par le gouvernement.


Le gouvernement hongkongais tente également, avec le soutien du pouvoir central, de faire passer un projet de loi visant à sanctionner toute offense à l’hymne national de l’empire du milieu. Cette nouvelle législation entend freiner le mouvement grandissant en faveur de la démocratie, principalement entretenu par les jeunes. Dans le même temps, des personnalités proches du pouvoir souhaitent l’adoption d’une loi anti-sédition, qui avait entraîné en 2003 une levée de boucliers au sein de la population.


Mais ces décisions risquent, au contraire, d’être critiquées par les contestataires. Pour l’opposition, ces lois vont seulement contribuer à réduire, un peu plus, la liberté d’expression.


Une réapparition du mouvement


Après un certain retour au calme en raison des arrestations massives, du triomphe des pro-démocratie aux élections locales et du début de la pandémie de coronavirus, les mouvements de contestation reprennent du terrain depuis deus semaines. Dimanche 10 mai, deux jours après l’assouplissement des restrictions à Hong Kong, des centaines de manifestants ont bravé les mesures de confinement pour se rassembler dans les centres commerciaux du territoire.

La vague de répression se poursuit également. La police a procédé à l’arrestation de plus de 230 manifestants pro-démocratie qu’elle accuse d’avoir commis plusieurs infractions, notamment des rassemblements alors que les mesures pour endiguer la propagation du Covid-19, les interdisent. Elle reproche aussi aux contestataires l’agression de policiers ou encore l’absence de papier d’identité. Les personnes arrêtées sont âgées de 12 à 65 ans précise la police.


18 manifestants ont également été transférés à l’hôpital, alors que la télévision a diffusé des images montrant des affrontements avec la police qui a notamment fait usage de gaz au poivre et de leurs matraques contre des manifestants dans le quartier de Mong Kok. Selon l’Association des journalistes de Hong Kong, certains journalistes auraient également été gazés et interdits de filmer.

De nouveaux rassemblements sont d’ores et déjà prévus par les manifestants défendant la démocratie. Ils ont invité deux millions de personnes à se réunir pour la marche annuelle du 1er juillet qui marque l’anniversaire du passage, en 1997, de l’ancienne colonie britannique sous administration chinoise.


Hong Kong connait depuis près d’un an des manifestations sans précédent, parfois accompagnées d’affrontements entre radicaux et forces de l’ordre, pour dénoncer l’influence de Pékin sur le territoire. De juin à décembre 2019, le territoire a vécu sa pire crise politique depuis sa rétrocession par Londres il y a 23 ans. Les rassemblements dénoncent les ingérences de Pékin, qui enfreint le principe "Un pays, deux systèmes", selon les manifestants.


Depuis juin 2019, plus de 8 000 personnes ont été arrêtées. Parmi elles, 17% étaient des élèves du secondaire.

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