• Margaux Liagre

Actualités : Donald Trump au bord de la destitution ?

Mis à jour : 8 oct. 2019

Le 24 septembre, les députés démocrates ont annoncé ouvrir une enquête entamant une procédure de destitution à l’encontre du président Trump. Ce dernier est accusé d’avoir sollicité l’ingérence ukrainienne dans la campagne de l’élection présidentielle de 2020. Retour sur ce scandale qui fait trembler la Maison-Blanche.


Donald Trump et Volodymyr Zelensky, à New York. Photo Saul Loeb. AFP

Cette affaire remonte au 25 juillet, lorsque Donald Trump appelle son homologue ukrainien pour le féliciter de sa victoire électorale. Lors de cet échange, le président américain demande à Volodymyr Zelensky d’enquêter sur le fils de Joe Biden, son potentiel rival démocrate, suite à l’occupation du conseil d’administration d’Hunter Biden du groupe gazier Burisma de 2014 à 2019.

Hunter Biden a bien fait parti du conseil de surveillance du groupe gazier pendant 5 ans. L’entreprise avait, un temps, été visée par un scandale de corruption, abandonné aujourd’hui, bien que le fils du démocrate n’ait jamais été inquiété. Donald Trump reproche à Joe Biden d’avoir réclamé le limogeage du procureur général ukrainien pour protéger les intérêts de son fils, en 2015.

Alors vice-président de Barrack Obama, Joe Biden a, effectivement, demandé le départ du procureur. Cela s’est cependant fait dans le cadre d’une campagne de lutte contre la corruption, menée conjointement avec les Européens et des organisations internationales, comme le FMI. Ces derniers militaient, aussi, pour le départ du responsable, accusé d’entraver les réformes.

Ce qui fait tiquer les démocrates, c’est que Donald Trump avait, quelques jours avant cet appel, gelé une aide militaire destiné à Kiev de 400 millions d’euros, débloqués il y a deux semaines. Selon le président, cela aurait servi à inciter les autres dirigeants européens à contribuer au budget militaire ukrainien.

Cette enveloppe aurait-elle servi de moyen de pression à Donald Trump sur son homologue ukrainien ?

Des révélations qui déstabilisent le président


Le 9 septembre, l’inspecteur général des services de renseignement informe le Congrès qu’il avait été saisi un mois plus tôt d’un problème "urgent" par un lanceur d’alerte jugé crédible. Ce dernier s’inquiétait du contenu de la conversation entre les deux présidents et accusait Trump d’avoir sollicité l’ingérence de Volodymyr Zelensky dans la campagne présidentielle de 2020. L’administration du président avait refusé de transmettre aux parlementaires le contenu de ce signalement.

Le 18 septembre, le Washington Post révèle à son tour le signalement fait auprès de l’inspecteur général du renseignement Michael Atkinson dans lequel le lanceur d’alerte fait état de la conversation entre Donald Trump et son homologue ukrainien.

Une semaine plus tard, la Maison-Blanche se résout à publier la transcription de l’appel entre les deux dirigeants qui confirme que Donald Trump a bien demandé au président ukrainien d’enquêter sur Hunter Biden. Il proposait à Volodymyr Zelensky de le mettre en relation avec le procureur général américain (équivalent au ministre de la Justice français) William Barr et son avocat Rudolph Giuliani pour enquêter.

"On parle beaucoup du fils Biden, on dit que Biden aurait fait arrêter l’enquête, et beaucoup de gens veulent en savoir plus. […] Tout ce que vous pourrez faire avec le ministre de la Justice serait génial" déclarait Donald Trump lors de cet entretien. 

Pour Corentin Sellin, professeur et spécialiste des États-Unis, "de toute évidence, [Donald Trump] pensait que cela le dédouanerait. Au contraire, il s’est tiré une balle dans le pied".


Volodymyr Zelensky a réagi à cette polémique, déclarant que "personne ne peut faire pression sur moi, car je suis président d’un pays indépendant. La seule personne qui peut faire pression sur moi, c’est mon fils de six ans", ajouta-t-il.

Selon le lanceur d’alerte, l’entourage du président aurait tout fait pour dissimuler les archives liées à cet entretien et affirme que ce n’est pas la première fois que la Maison-Blanche agit ainsi.

Ce lanceur d’alerte, resté anonyme, serait un analyste de la CIA qui a travaillé au sein de la Maison-Blanche durant un temps. Il témoignera, sous couvert d’anonymat, devant le Congrès, en charge de l’affaire.

"Vous savez ce que nous faisions dans le passé quand nous étions intelligents, n’est-ce pas ? a déclaré Donald Trump. Les espions et la trahison, nous avions l’habitude de les gérer un peu différemment der ce que nous faisons maintenant".

Lancement d’une procédure de destitution inédite


Depuis des mois, une procédure d’impeachment est envisagée par les démocrates, en raison des pressions exercées sur l’enquête sur les ingérences russes sur la campagne présidentielle de 2016.

Ils soupçonnent aujourd’hui le président d’avoir fait pression sur l’Ukraine, via l’aide militaire promis au pays. Ces nouvelles accusations ont rallié les députés modérés à la cause. Le 24 septembre, la cheffe démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, longtemps réticente, a annoncé l’ouverture d’une enquête en vue de destituer le président.

L’acte d’accusation pourrait être voté à la Chambre des représentants, mais il y a peu de chance qu’il obtienne la majorité au Sénat (principalement Républicain). "Il faudrait 20 républicains en plus de tous les démocrates pour voter la destitution. Pour l’instant, on n'y est pas du tout" explique Corentin Sellin.

Pour Trump, cette mesure agira comme une campagne de réélection dont il bénéficiera. Depuis des semaines, il accuse Joe Biden et son fils d’être "corrompus" et condamne leur conduite "scandaleuse" en Ukraine, espérant rallier des démocrates à sa cause.

Au tour de l’Australie ?

Le 30 septembre, le New York Times affirmait que le président américain avait fait appel au Premier ministre australien, Scott Morrison, pour aider une enquête du département de la justice sur le rapport Mueller et les origines des révélations des présumées ingérences russes dans la campagne de 2016.

L’année de la campagne présidentielle, les premières alertes de cette présumée ingérence russe parvenaient d’Australie et avaient poussé le FBI à ouvrir une enquête. "Les renseignements australiens ont, en premier, alerté le FBI sur de possibles échanges entre l’équipe de campagne de Donald Trump et les services russes".


Deux officiers américains affirment que Donald Trump aurait récemment appelé Scott Morrison à l’aider à rassembler des informations qui lui avaient permis de discréditer l’enquête du procureur Mueller.

L’administration australienne a confirmé les faits. "Le gouvernement australien a toujours été prêt à assister et à coopérer pour aider à faire lumière sur les faits qui font l’objet d’une enquête. Le Premier ministre a une nouvelle fois confirmé cette volonté dans une déclaration avec le président".

Pour le New York Times, cette conversation "montre à quel point monsieur Trump considère le procureur général comme un partenaire essentiel : il utilise le pouvoir d’application de la loi pour son avenir politique, régler des comptes avec ses ennemis […] et montrer que l’enquête Mueller avait des origines corrompues et partisanes".

Cette crise marque-t-telle les limites de la méthode Trump ?

"Jusqu’alors, Trump dominait les débats, donnait le ton. Pour la première fois [ces dernières semaines], on sent qu’il subit un peu le tempo. C’est quand même notable pour un président qui a fait de la maîtrise des thématiques dans l’opinion publique, sa marque de fabrique" conclut Corentin Sellin au Parisien.

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