• Margaux Liagre

Actualités : Evo Morales jette l’éponge


Le président bolivien s’est résilié, dimanche, à démissionner après près de trois semaines de manifestations contestant les résultats de l’élection présidentielle du 20 octobre, opposant Evo Morales à Carlos Mesa.


Photo: Javier Mamani/Getty Images

Des démissions en cascade


"Je renonce au poste de président" a simplement annoncé le premier président indigène, qui dirigeait le pays depuis 2006. Cette annonce est arrivée après une nouvelle journée d’affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre, ainsi que d’une vague de démission de la part de plusieurs ministres et députés.


Dimanche, le président avait aussi perdu le soutien de l’armée. Williams Kaliman, le général et commandant en chef de l’armée bolivienne, avait dans l’après-midi, demandé au chef de l’État de "renoncer à son mandat présidentiel afin de permettre la pacification et le maintien de la stabilité, pour le bien de notre Bolivie". Les forces de l’ordre ont, elles aussi sommé au président de quitter ses fonctions. "Nous nous joignons à l’appel du peuple bolivien de suggérer à monsieur le président Evo Morales de présenter sa démission pour pacifier le peuple de Bolivie" affirmait Vladimir Yuri Calderon, le commandant général de police.


"Il y a eu aussi des mutineries dans les forces de police, l’armée est neutralisé - elle a déclaré qu’elle n’utiliserait pas la force contre le peuple bolivien - Evo Morales vient de perdre le soutien de la centrale ouvrière bolivienne (COB), l’un de ses plus fidèles soutiens. Sa démission semble inévitable" explique Marcelo Silva, politisée et ancien conseiller du Mouvement vers le socialisme (MAS); parti au pouvoir, fondé par Evo Morales.


Evo Morales n’est pas le premier à démissionner. Plus tôt, Victor Borda, le président de l’Assemblée nationale bolivienne, avait quitté ses fonctions après que son domicile a été incendié par des manifestants. Le ministre des Mines et celui des Hydrocarbures ont aussi annoncé leur départ.


"Le cours des événements va à l’encontre de mes principes, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques, et donc cela m’empêche de continuer à la tête du portefeuille d’État que je dirige" a estimé Luis Alberto Sanchez, le ministre des Hydrocarbures.


Des fraudes de grande ampleur


Dans la matinée, Evo Morales avait tout de même promis la convocation d’une nouvelle élection présidentielle. Cette annonce jugée trop tardive par les manifestants fait suite à la publication d’un rapport de l’organisation des États américains (OEA) qui réclame l’annulation du scrutin, contesté depuis le 20 octobre, pour cause d’irrégularités.


"Les manipulations du système informatique sont d’une telle ampleur qu’elles doivent faire l’objet d’une enquête approfondie de la part de l’État bolivien qui doit aller au fond des choses pour déterminer la responsabilité de cette grave affaire" estime l’organisation. Selon l’OEA, il serait peu probable qu’Evo Morales ait obtenu les 10% de marge par rapport à Carlos Mesa, nécessaires pour affirmer sa victoire.


Le 20 octobre, jour du scrutin, une "gigantesque fraude" est dénoncée. Le Tribunal électoral suprême avait, en effet, interrompu la publication des résultats quand un second tour semblait se profiler. Cela avait entraîné de massives manifestations à La Paz, la capitale. Dix jours plus tard, le gouvernement passe un accord avec l’OEA pour réaliser un audit du scrutin. "Cela s’appelle une fraude. C’est un délit dans notre pays qui a de graves conséquences judiciaires et est sanctionné par le code pénal" expose Marcelo Silva.


"Le premier tour de l’élection, qui s’est déroulé le 20 octobre, doit être annulé et le processus électoral doit recommencer. Le premier tour doit avoir lieu dès que de nouvelles conditions apporteront de nouvelles garanties […] notamment avec une nouvelle instance électorale" estime un communiqué.


"Evo Morales est totalement délégitimé et décrédibilisé. Son appel à de nouvelles élections est arrivé trop tard. Le pays s’est embrasé. Les gens ne croient plus en le gouvernement et en ses annonces. Lui et son vice-président Alvaro Garcia Linera sont moralement et éthiquement inhabilités à conduire le pays" analyse le politiste.


Le Tribunal suprême électoral bolivien, qui encadrait les élections, enquête désormais sur de "présumés faits irréguliers". Sa présidente, Maria Eugenia, a été arrêtée.


Un vide de pouvoir, potentiellement dangereux


Les manifestants se sont rassemblés en masse, dimanche soir, pour fêter la nouvelle scandant des "Si se pudo, lo sacamos" (On l’a fait, on l’a sorti). Toutefois, le pays reste sans dirigeant. Selon la constitution, si le président et le vice-président démissionnent, le pouvoir revient au président du Sénat. Mais il s’avère que l’actuelle présidente à ce poste, Adriana Salvatierra a, elle aussi quitté ses fonctions. C’est donc sa deuxième vice-présidente, Jeanine Añez qui assurera l’intérim du président, "suivant l’odre de succession".


Certains s’inquiètent cependant de ce vide à la tête du pouvoir. C’est le cas de Rafael Loayza, un sociologue et analyste politique qui estime que "le départ du président est abruti et irresponsable. Il est parti sans garantir un quelconque type de stabilité et sans plan de succession. Cela donne l’impression qu’il a eu l’intention de créer le chaos". "Personne ne sait ce qu’il peut se passer à présent. Nous vivons des heures cruciales" ajoute-t-il.


Jeanine Añez a toutefois annoncé la prochaine convocation d’une élection présidentielle, afin que "le 22 janvier nous ayons un président élu" a-t-elle certifié.

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