• Margaux Liagre

Actualités : l’application StopCovid débarque en France


Lancée par le gouvernement français pour aider à lutter contre la pandémie de Covid-19, l’application est enfin disponible au téléchargement pour les smartphones, sur la base du volontariat, depuis hier. Mais comment fonctionne-t-elle et sera-t-elle réellement efficace pour endiguer la propagation du coronavirus ?

L'application StopCovid doit identifier les expositions au Covid-19 sur smartphone Crédit : AFP

C’est après plusieurs semaines de débats et de développement et une validation par le Parlement, que l’application StopCovid débarque dans nos smartphones. Ses détracteurs l’accusent d’être un dispositif dangereux pour les libertés publiques en généralisant un fichage médical alors que le gouvernement tente de rassurer.


Un système de traçage médical


Cette application, lancée dans le cadre de lutte de la propagation du nouveau coronavirus est basée sur le suivi de cas contacts. Lorsque deux téléphones dotés de l’application sont à proximité pendant au moins quinze minutes à moins d’un mètre, StopCovid enregistre sur chacun des appareils, qu’ils ont été proches de l’autre. Si l’un des deux propriétaires du smartphone est diagnostiqué positif au Covid-19 dans les deux semaines qui suivent, une notification viendra prévenir les personnes qu’il a côtoyées en leur informant qu’ils risquent d’être porteurs de la maladie.

Pour ce faire, ce n’est pas la technologie GPS qui est utilisée mais le Bluetooth. Comme l’explique Le Monde, "lorsqu'un utilisateur installe l'application, un serveur central lui crée une clé cryptographique aléatoire. Tous les jours, l'application va diffuser autour d'elle via le Bluetooth des clés temporaires, dérivées de la clé principale et changées régulièrement. Dans le même temps, elle va stocker les clés temporaires émises par les autres applications installées sur des téléphones se trouvant à moins d'un mètre et pendant quinze minutes". Si l’utilisateur est testé positif au Covid-19, on lui remettra un code unique à entrer dans l’application qui enverra au serveur central la liste des clés temporaires qu’elle a enregistrées ("pseudos" des personnes avec qui le malade a été mis en contact) pour qu’il puisse les avertir.

Dans une tribune du Monde, 60 scientifiques estiment que "l’intérêt sanitaire [de StopCovid] est majeur : les contacts à risque sont tracés de façon instantanée et anonyme pour l’ensemble des cas détectés un jour donné. Une telle performance est impossible avec les seules approches traditionnelles de traçage des contacts. […] Les interrogations [sur la question des données] ne doivent pas conduire à renoncer à un outil qui, adopté sur la base du volontariat, pourrait être décisif. Nous pensons qu’une telle décision méconnaîtrait ce qui fera l’efficacité du dispositif global de sortie du confinement." Le Conseil scientifique avait également précisé que "des outils numériques pour un traçage efficace des contacts" étaient des "prérequis minimaux indispensables pour une sortie du confinement".

Quelques réticences


Plusieurs organisations comme la Quadrature du Net et l’Observatoire des libertés du numérique mettent en avant les failles dans la protection des données personnelles de l’application. Elles s’opposent au fait que StopCovid enregistre et relève l’identifiant de toutes les personnes croisées pour ensuite permettre un traitement automatisé de ces identifiants. Mais là encore, le gouvernement assure que l’application a fait l’objet d’un bug bounty, un concours où des hackers bienveillants cherchaient des failles de sécurité.

Le fait que les données ne soient pas anonymes mais pseudonymisées provoquent certaines craintes. Le site Risques-traçage, créé par des experts, vient détailler tous les scénarios catastrophes possible sur l’application. La CNIL (commission nationale de l'informatique et des libertés) a rendu un avis plutôt positif le 26 mai sur le dispositif mais précise que ce n’est pas une application anodine nécessitant que l’efficacité soit régulièrement réévaluée.


Pour répondre à ceux qui s’inquiètent des risques à long terme, le gouvernement assure que les données sont supprimées au bout de deux semaines, comme inscrit dans le code et le décret. Le dispositif est légalement prévu pour s’arrêter au maximum six mois après la fin de l’état d’urgence.

Une centaine d’informaticiens ou spécialistes de sécurité informatique avaient, fin avril, signé une "mise en garde" à propos de l’application StopCovid, estimant qu’elle était "porteuse de risques très importants quant au respect de la vie privée et des libertés individuelles".


La Quadrature du Net avait déjà appelé le gouvernement à renoncer au projet, mettant en avant une utilisation trop faible, des résultats trop vagues et des "libertés inutilement sacrifiées". "L’attention du public, du Parlement et de la recherche doit se rediriger vers les nombreuses autres solutions proposées : production de masques, de tests, traçage de contacts réalisé par des humains, sans avoir à réinventer la roue. Leur efficacité semble tellement moins hasardeuse" ajoute l’association.


La Ligue des droits de l’homme avait également appelé les députés à rejeter le dispositif qui représente, selon elle, des problèmes "d’ordre technologiques, médicaux, scientifiques ou éthiques".


Certains finissent par mettre en avant une inefficacité de l’application si elle n’est pas utilisée par plus de 60% de la population. C’est un chiffre difficilement atteignable lorsque l’on sait que c’est en Islande qu’il y a eu le plus de téléchargement d’une application de traçage, et qu’ils n’étaient que 40%. Mais selon Cédric O, secrétaire d’État au numérique, "dès les premiers téléchargements, l'application évite des contaminations. On a besoin qu'un maximum de gens l'ait. On vise d'abord les personnes qui vivent dans les villes parce que ce sont elles qui font circuler le virus." Le gouvernement affirme donc que l’application réduit le nombre de cas et de morts à tous les niveaux d’adoption.

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