• Margaux Liagre

Actualités : l’Arabie Saoudite attaquée


Samedi, deux installations pétrolières de la société saoudienne Aramco ont été attaquées par des drones de rebelles houthistes. La moitié de la production du géant saoudien est à l’arrêt, provoquant de graves conséquences sur les cours de l’or noir.


La plus grande usine de traitement d'Aramco, située à Abqaiq, a été touchée par une attaque de drones, samedi. FAYEZ NURELDINE / AFP

Le 14 septembre, des drones attaquent deux installations pétrolières de la société pétrolière saoudienne Aramco. Ces attaques sont rapidement revendiquées par les rebelles houthistes du Yémen, en réponse aux frappes aériennes de la coalition menée par Riyad soutenant les forces gouvernementales.


Pour Mohamed Ben Salmane, le prince héritier saoudien, "le royaume a la volonté et la capacité de faire face et répondre à cette agression terroriste". Les États-Unis ont, eux aussi condamnés ces attaques et Donald Trump a dénoncé, sur Twitter "des actions violentes contre des zones civiles et des infrastructures vitales pour l’économie mondiale ne font qu’aggraver les conflits et la méfiance".

La méfiance est bien renforcée effectivement, car les USA sont persuadés que ce ne sont pas les rebelles yéménites qui sont aux commandes de ces attaques. "Téhéran est derrière une centaine d’attaques contre l’Arabie Saoudite tandis que [le président Hassan] Rohani et [son ministre des Affaires étrangères, Mohamas Javad] Zarif prétendent s’engager dans la diplomatie" a asséné Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain. "Au milieu de tous ces appels à une désescalade, l’Iran vient de lancer une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique de la planète" a-t-il ajouté. Téhéran a jugé ses accusations "insensées et incompréhensibles".


L’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, juge quant à lui "la récente escalade militaire extrêmement inquiétante". De nombreux pays tels que les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Koweït et l’Égypte ont ainsi condamnés l’attaque.

Une escalade des tensions


Toutefois, ce n’est pas la première attaque de ce type dans la région. Les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, ont, en effet, souvent revendiqués des tirs de drones ou de missiles contre des cibles saoudiennes, estimant répondre aux frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie Saoudite en soutien aux forces gouvernementales au Yémen.

Le 14 mai déjà, les houthis revendiquaient une attaque de drone près de Riyad contre deux stations de pompage d’un oléoduc, provoquant une interruption temporaire des opérations de l’oléoduc. Cet épisode avait provoqué une augmentation des tensions déjà présentes dans la région du Golfe, après des attaques et des actes de sabotage en mai contre les pétroliers.

De même, le 17 août, les houthis avaient affirmé avoir mené une attaque de dix drones contre le champ de Shaybah, entraînant un incendie "limité" selon Aramco.

De lourdes conséquences économiques


Cette attaque a provoqué l’arrêt temporaire de la production des deux sites visés. Cela affecte donc, la moitié de la production du géant saoudien Aramco. C’est donc une chute de 5,7 millions de barils par jour, représentant plus de 5 % de la production mondiale quotidienne, qui sera affectée.



"En fonction de l’ampleur des dégâts et d’éventuelles pannes, Aramco utilisera ses plans d’urgence en puisant dans ses stocks. Il pourrait y avoir des ruptures d’approvisionnement si les dégâts à Abqaiq [où se situe l’une des deux installations touchées] sont importants" estime Samir Madami, cofondateur du site de suivi de transport maritime Tanker Trackers, à l’AFP.

Ainsi, lundi, le cours du pétrole avait grimpé de 20 % et le cours du baril de Brent prenait 11 % à 66,56$, alors que le WTI américain augmentait de 10 % à 60,15$. C’est la plus forte augmentation du Brent enregistrée depuis la guerre du Golfe de 1991. Cette hausse des cours est notamment due aux menaces de Washington de "riposter" à ces attaques.

"L’approvisionnement en pétrole de l’Arabie Saoudite a été attaqué. Il y a des raisons de croire que nous connaissons le coupable, sommes prêts à riposter en fonction des vérifications, mais nous attendons que le Royaume [d’Arabie saoudite] nous dise qui il estime être le coupable de cette attaque et sous quelle forme nous devrons agir !" a déclaré Donald Trump sans un tweet.

Cette augmentation des prix pourrait durer, voire s’aggraver, si les réparations des installations devaient durer. Toutefois, l’approvisionnement mondial de brut devrait, à court terme, ne pas être menacé. "Les exportations saoudiennes ne seront probablement pas affectées de façon significative" estime un analyste chez Barclays.


Le Royaume dispose d’importants stocks de brut et de produits raffinés représentants, "environ 35 jours" de production. Toutefois, les États-Unis ont affirmé qu’ils autorisaient le recours à leurs réserves stratégiques (645 millions de barils), si nécessaire.


Malgré les annonces rassurantes d’Aramco, le retour à la normale pourrait prendre des semaines et la hausse des cours pourrait se répercuter sur les stations-service françaises. Pour l’heure, une hausse de 5 centimes par litre est prévue, retrouvant alors les prix de mai (pour le gazole) et de juillet (pour l’essence). Cette augmentation reste relative, en raison notamment des cours du raffinage et les taxes qui, eux, restent stables et dépendra du temps que prendront les réparations. "Il faut voir s'il y a une escalade militaire ou pas, car cela renforcerait encore la tension" estime toutefois Francis Duseux, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip).

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