• Margaux Liagre

Actualités : l’Italie cristallisée par une crise politique


Hier, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte a annoncé sa démission du gouvernement. Cet évènement ancre, encore plus profondément, le pays dans une crise politique survenue depuis plus de deux semaines déjà. Retour sur le cataclysme politique qui secoue l’Italie.


Giuseppe Conte et Matteo Salvini au Parlement, à Rome

La fin d’une coalition


Le 8 août, Matteo Salvini crée la surprise en annonçant briser l’alliance formée 14 mois auparavant avec le Mouvement 5 étoiles. La Ligue abandonne le gouvernement populiste et entend bien reprendre, seul, les reines du pouvoir. Le ministre de l’Intérieur demande alors la convocation d’élections législatives anticipées.

"Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu’il n’y a plus de majorité […] et restituons rapidement la parole aux électeurs" s’est-il exclamé.

Dans un communiqué parut le jour même, le parti d’extrême droite la Ligue estime que "chaque jour qui passe est une journée de perdue, pour nous, la seule alternative à ce gouvernement est de redonner la parole aux Italiens", et ce, grâce à des élections.

Cette crise survient dans une période de désaccord et de tension au sein de l’alliance gouvernementale. Lors du vote parlementaire du 7 août, le parti de Luigi di Maio s’est opposé au projet de construction d’une ligne grande vitesse reliant Lyon à Turin, alors soutenu par la Ligue.

Cependant, la presse italienne précise que Matteo Salvini avait posé ses conditions afin de préserver l’alliance gouvernementale. Il avait en effet demandé le départ de trois ministres, un nouveau pacte avec le M5S incluant la "flat tax", ainsi qu’une plus grande autonomie des régions.

Suite à ce retournement de situation, l’opposition a demandé la démission du chef du gouvernement, Giuseppe Conte, soulignant, de fait, l’absence de majorité.

Ce dernier s’est défendu, estimant que "ce n’est pas du ressort du ministre de l’Intérieur de convoquer le Parlement, ce n’est pas à lui de dicter les étapes de la crise politique". Avant de rajouter : "ce gouvernement a toujours parlé peu et travaillé beaucoup. Ce gouvernement n’était pas à la plage".

La démission de Giuseppe Conte


Le 20 août, le président du Conseil des ministres italiens a annoncé son intention de démissionner. Deux semaines après le début de la crise politique, il s’est adressé au Sénat : "J’interromps ici cette expérience de gouvernement. J’entends conclure ce passage institutionnel de façon cohérente. J’irai voir le président de la République pour lui présenter ma démission".

Dans le même discours, Giuseppe Conte a accusé Matteo Salvini d’avoir été "irresponsable" en ayant uniquement "poursuivi ses intérêts et ceux de son parti", plongeant le pays dans une grave et profonde crise politique.

"Je regrette que vous m’ayez supporté ainsi pendant plus d’un an mais je n’ai aucun regret. Je referai exactement la même chose. […] Je suis un homme libre et je n’ai pas peur du jugement des Italiens" a rétorqué le principal concerné par ces attaques.

Alors que Luigi di Maio qualifiait Giuseppe Conte de "serviteur de la Nation dont l’Italie ne peut pas se passer", le ministre de l’Intérieur s’en est pris à ses anciens collaborateurs. Matteo Salvini estime en effet que "si ce gouvernement s’interrompt, c’est à cause de ces messieurs qui disent toujours non et bloquent tout". Il reproche également aux autres parlementaires d’"avoir peur du jugement du peuple".

Des élections incertaines


Comme la plupart de la classe politique, Giuseppe Conte estime qu’il serait désastreux d’organiser des législatives anticipées à l’automne. Selon lui, l’Italie a impérativement besoin de "mesures pour favoriser la croissance économique et les investissements". De plus, c’est à cette période que le pays devra défendre son budget face à Bruxelles. Alors que l’Italie reste le troisième pays le plus endetté de l’Union européenne (132% du PIB), ce qui ne vient pas rassurer les marchés financiers.

Devant les sénateurs romains, le chef du gouvernement s’est inquiété de la demande de Matteo Salvini de recevoir les "pleins pouvoirs". Il s’est dit "préoccupé" de voir le leader des souverainistes appeler ses partisans à "descendre dans la rue" pour le soutenir.

Selon la Constitution, la décision d’organiser des élections ne peut revenir qu’au président de la République, Sergio Mattarella. Le président peut alors décider de confier le gouvernement aux mains de Giuseppe Conte, chargé de former un nouveau gouvernement.

Toutefois, ce dernier peut estimer que les rapports de force au Parlement ne seront pas favorables à la formation d’une nouvelle coalition, et convoquer de nouvelles élections.


Dans ce cas là, la Ligue semble être créditée de 36 à 38% des intentions de vote, selon les sondages. Le parti sortirait alors largement victorieux et pourra prendre la tête du pays en formant une coalition avec le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia.


Il semblerait que la première option soit la plus envisagée. Une coalition pourrait alors naître, après plusieurs jours de négociations, entre le M5S et le Parti Démocrate de Matteo Renzi. Ils pourraient alors atteindre la majorité de 315 sièges au Parlement.

Le premier ministre de 2014 à 2016 a montré un désir ardent de réintégrer le gouvernement. Pour cela, les deux partis devront alors faire table rase du passé, pardonnant les insultes échangées l’an passé.

"Un gouvernement fort et de renouvellement dans son programme" pourrait alors voir le jour prochainement, estime Nicola Zingaretti, chef du Parti Démocrate.

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