• Margaux Liagre

Actualités : la crise au Soudan


Depuis plusieurs mois maintenant, le pays d’Afrique du Nord et ses habitants traversent une crise sans précédent. Actu Hour revient aujourd’hui sur l’origine de cette contestation populaire.


La naissance du mouvement


Décembre 2018, Omar el-Béchir, à la tête du pays depuis 1989 et son gouvernement décident de tripler le prix du pain ainsi que d’augmenter le prix du gasoil. Une première vague de contestation naît, et petit à petit, les revendications dépassent la seule augmentation du prix du pain.


Très vite, un slogan circule lors des différentes manifestations : "Le peuple veut la chute du régime". Soutenu par les partis d’opposition et le syndicat l'"Association des professionnels soudanais", les rassemblements se succèdent. Ils sont peu à peu réprimés par les forces de l’ordre, pendant que l'État annonce des mesures visant à l’amélioration du niveau de vie.


Le gouvernement déclare l’état d’urgence en février, alors que les manifestations continuent à Khartoum, la capitale. Ce sont principalement des jeunes et des femmes qui protestent.


À partir du 6 avril, les manifestants organisent un sit-in devant le QG de l’armée et se relaient jour et nuit. Des soldats se déploient pour les protéger des services de sécurité. C’est à ce moment précis que l’armée se détourne du parti du président Omar el-Béchir.

La chute du président


Quelques jours plus tard, le sit-in semble porter ses fruits. Le 11 avril, le ministre de la Défense annonce la destitution du président, au pouvoir depuis 30 ans. Un Conseil militaire de transition est alors organisé, prévu pour deux ans.

Les soudanais ne sont toujours pas satisfaits et refusent ce Conseil militaire, exigeant, à la place, un "conseil civil". Les manifestations continuent, demandant un changement de la structure du régime, comme en Algérie.

Des négociations sont entamées entre le pouvoir militaire et les représentants de l’opposition. Elles mèneront à la signature d’un accord de principe sur la constitution d’un conseil civil avec des membres des deux camps.

Mais la question de la répartition du pouvoir entre civils et militaires enlisent la situation et les pourparlers sont suspendus. Depuis le 20 mai, les discussions sont bloquées.

Les 28 et 29 mai, l’opposition a appelé à deux jours de grève générale pour faire pression sur le pouvoir militaire. En réponse, des centaines de soutien à l’armée manifestent à Khartoum.


L’usage de la force contesté et critiqué



Depuis le début du mouvement, de nombreux heurts entre des manifestants et les forces de l’ordre ont provoqués la mort de dizaines de soudanais. Samedi 1 juin, des soldats et des agents fédéraux sont déployés pour empêcher l’accès à une zone proche du rassemblement. Là encore, plusieurs morts sont à déplorer.


La situation prend un nouveau tournant le lundi 3 juin, lorsque des tirs sont tirés, par les militaires, près de la place où se rassemblent les manifestants. Le Comité de médecins soudanais affirme que le mouvement est, ce jour là, violemment dispersé et parle de "massacre". On recense une soixantaine de morts et plus de 200 blessés. L’ONU et la communauté internationale condamnent fermement cette violente répression.

Selon ce même comité, 40 corps auraient été jetés dans le Nil par des paramilitaires proches des forces de l’ordre du gouvernement, après la dispersion brutale du sit-in. Selon un témoin, "ils proposaient soit de nous battre, soit de nous abattre et de jeter nos corps dans le Nil".

Cependant, le porte-parole du conseil militaire affirme que les forces de l’ordre n’auraient visé qu’une zone dangereuse, considérée comme un "foyer de corruption et d’activités illicites", située proche des manifestants.

En réaction, l’opposition dénonce un "putsch" du pouvoir militaire contre la volonté populaire et annonce mettre fin au contact avec les militaires. Le lendemain, le pouvoir militaire explique annuler les mesures qui avaient été discutées avec les représentants de l’opposition. Ils appellent aussi à la tenue d’élections dans les 9 mois à venir.

Toutefois, cela ne marque pas la fin du mouvement. L’Alliance pour la liberté et le changement prône la "désobéissance civile" et appelle à des "marches pacifiques", notamment le 4 juin, en hommage aux "martyrs assassinés" la veille.

La désobéissance civile pour contrer l’usage de la force


Le 9 juin, un mouvement de désobéissance civile est lancé par l’Alliance civile. Dimanche, la grande majorités des magasins et des administrations étaient fermés, les bus et les transports à l’arrêt. Les habitants lancent alors une "grève générale contre le massacre des autorités".


L’objectif de cette action est de contraindre les militaires à remettre le pouvoir aux civils. Selon un manifestant, "le peuple soudanais a un rôle fondamental dans la réussite de la désobéissance civile et je pense que pour cette première journée, il a réussi à 300%".


Lors de cette première journée de désobéissance civile, les médecins ont pu recenser deux morts par balle et deux morts par arme blanche.


Un mouvement dans le viseur des occidentaux


George Clooney a, dans une tribune co-signée avec le défenseur des Droits de l’Homme John Prendergast, dénoncé les actions de certains généraux "qui ont pillé le pays depuis 30 ans". Selon lui, ces dirigeants craignaient de "perdre au change" en acceptant de gouverner avec les civils.


L’acteur demande alors à la communauté internationale de "traquer" l’argent sale originaire du Soudan. L’organisation The Sentry, qu’ils ont co-fondé enquête sur les "criminels de guerre", en Afrique et principalement dans le Darfour soudanais.


Elle soupçonne les milices Janjawid d’être impliquées dans le massacre du Darfour soudanais qui a causé la mort de 300 000 personnes depuis 2003, ainsi que dans la répression du sit-in la semaine dernière.


L’organisation aurait repéré des opérations suspectes de blanchiment d’argent depuis le Soudan, qui se seraient intensifiées au fur et à mesure de la crise qui frappe le pays.


"Geler et saisir certains de ces actifs – et bannir certains de ces responsables du système financier international – serait un moyen de pression très important et inutilisé en faveur de la paix et des droits humains" selon George Clooney et John Prendergast.


Malgré la critique des pays occidentaux, le Soudan reste soutenu par les pays arabes du Golfe ainsi que la Russie et la Chine.

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