• Margaux Liagre

Actualités : la guerre en Libye, un an après l'offensive sur Tripoli

Mis à jour : 9 avr. 2020

Depuis près de dix ans, la Libye connaît une guerre de pouvoirs rivaux qui divise le pays. Tripoli, la capitale, est victime d’une offensive depuis un an du maréchal Haftar. Aujourd’hui, la pandémie de coronavirus menace sur le pays.


Des opposants ont pris d'assaut un char de l'armée libyenne. REUTERS/Goran Tomasevic

L'échec des différents cessez-le-feu, le non-respect de l'embargo sur les armes ou encore l'ingérence armée de plusieurs pays, font de la Libye un terrain où la guerre s'enlise. Depuis presque dix ans, le pays est plongé dans le chaos. Retour sur ce conflit sans fin.


Retour en arrière


Mouammar Kadhafi est renversé en 2011 à la suite des printemps arabes. La Libye sombre alors dans le chaos. Deux gouvernements concurrents se disputent le pouvoir : le gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez el-Sarraj face à l'Armée nationale libyenne du marchéal Khalifa Haftar adoubé par le Parlement de Tobrouk, à l’est du territoire. Il refuse cependant de voter la confiance à son rival. Le GNA siège à Tripoli, la capitale, et sur la portion Tripolitaine du pays. Il est soutenu par les forces loyalistes, elles-mêmes épaulées par des milices mafieuses, qui vérouillent le littoral le plus proche de l’Europe. Les deux gouvernements sont reconnus par la communauté internationale. Deux gouvernements s’affrontent : exécutif contre législatif.


Le 4 avril 2019, le maréchal Haftar a décidé de lancé une offensive sur Tripoli, alors occupée par le gouvernement d’el-Sarraj. Cette action surprend tout le monde, à commencer par ses alliés. Cette dernière est intervenu seulement quelques jours avant une conférence internationale, sous l’égide de l’ONU, organisée pour dresser une "feuille de route" entre les deux parties. Ces rencontres devaient amener à l’organisation des élections.


De violents combats se sont emparés de la capitale, causant des centaines de victimes et 150 000 déplacés. Mais les forces loyalistes, fidèles au GNA répliquent avec une contre-offensive utilisant l’aviation pour affaiblir l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar.


Face à cette situation, la communauté internationale se divise. Alors que l’ONU appelle à la paix, la mission d’appui des Nations Unies en Libye, Manul, plaide pour une "trêve humanitaire". Alors que tous appellent à la retenue, les pays se divisent sur le fond. La Turquie, le Qatar, la Grande-Bretagne et l’Italie soutiennent Sarraj quand l’Egypte, les Emirats arabes unis, la Russie et la France sont du côté d’Haftar.


Un an après


Un an après, le conflit s’est enlisé en Libye. Les ingérences armées étrangères ont exacerbé le conflit. En janvier 2020, les pays concernés par le conflit se sont engagés à respecter un embargo sur les armes et à soutenir un cessez-le-feu. Mais encore une fois, cette promesse n’a pas été tenue de la part de la communauté internationale. L’ONU a très vite dénoncé un afflux continu d’armes et de mercenaires. Ainsi, le GNA profite toujours de renforts armes et humains de la part de la Turquie alors que les pro-Haftar reçoivent une aide militaire et financière des Émirats arabes unis.


En parallèle, l’incapacité de la coalition du maréchal à entrer dans la capitale libyenne, malgré les soutiens émirati et russe, ont donné l’occasion à la Turquie d’augmenter son influence à Tripoli. Ankara a en effet signé un accord militaire avec le GNA invoquant la fourniture d’armes et de combattants. Recep Tayyip Erdogan a également dépêché des centaines de combattants syriens pro-turcs en Libye.


S’ajoute à cela l’enjeu pour les groupes armés de l’ouest du pays qui veulent à tout pris empêcher Haftar de prendre le pouvoir. Pour eux, cette bataille est existentielle et ils craignent crimes de guerre ainsi que la mise en place d’une régime dictatorial.


Les conséquences économiques se font également sentir : les pro-Haftar jouent la carte du pétrole et maintiennent fermés les principaux sites du pays. La production est donc quasiment à l’arrêt, privant la Libye de sa seule réelle source de revenu.


En mars 2020, l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé a même fini par démissionner après l’échec de ses tentatives pour pacifier le pays, plongé dans le chaos depuis presque dix ans.


La semaine dernière, le GNA a annoncé une contre-offensive baptisée "Tempête de la paix", intensifiant les combats au sud de la capitale. Alors que la nouvelle trêve endossée par les deux camps est, encore une fois enfreinte, la menace du coronavirus plane sur la Libye.


La lutte contre la pandémie aurait même exacerbé l’escalade militaire actuelle, en détournant l’attention de la communauté internationale dans le pays. Le GNA n’a pour l’instant déploré que 10 cas de contamination, mais les 150 000 déplacés craignent une hécatombe. Cette situation est d’autant plus inquiétante, car les combats compliquent l’intervention humanitaire. Selon l’ONU, "les combats, mais aussi les mesures de confinement dues au Covid-19, entravent l’accès humanitaire et la libre-circulation du personnel médical et humanitaire" dans le pays.

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