• Margaux Liagre

Actualités : la tension cristallise Hong Kong


Ce week-end des centaines de manifestants "prodémocratie" se sont retranchés dans l’Université polytechnique de la ville alors que la police menace d’utiliser la force et de tirer à "balles réelles" pour lutter contre les émeutiers.


La protestation fait rage depuis plus de cinq mois à Hong Kong. Image Reuters

Alors que le territoire chinois a connu l’un de ses plus violents week-end de contestation, dimanche, un policier a été blessé par un militant prodémocratie qui lui a tiré une flèche dans la cuisse depuis l’Université hong kongaise. Sur la presqu’île de Kowloon, l’université est devenue la principale ligne de front de la contestation ces derniers jours, et le théâtre de tous les affrontements. Plusieurs centaines de manifestants y sont retranchés depuis plusieurs jours. Lundi matin, les défenseurs de la démocratie ont mis le feu à l’entrée de l’université pour freiner les forces de l’ordre qui cherchaient à infiltrer les lieux.


"Je demande aux émeutiers de ne pas utiliser de cocktails Molotov, de flèches, de voitures pi d’armes létales pour attaquer les policiers. S’ils poursuivaient des actions aussi dangereuses, nous n’aurions pas d’autre choix que d’utiliser la force minimale nécessaire, y compris des balles réelles pour riposter" a prévenu Louis Lau, porte-parole de la police locale.


Depuis le début du mouvement, la police a fait peu usage de ses armes de services, uniquement lors d’actes isolés. Trois personnes ont été touchées par des tirs à balles réelles, sans que ces derniers soient mortels. Les forces de l’ordre privilégiaient jusqu’à maintenant les gaz lacrymogènes, les balles en caoutchouc et les canons à eau pour disperser les manifestants.


Le jeune militant Joshua Wong a défendu l’usage de la force du côté des protestataires, estimant que "le gouvernement de Hong Kong n’a aucun contrôle sur la police. Les forces de l’ordre ne respectent pas notre État constitutionnel. Nous n’atteindrons pas notre objectif avec des manifestations purement pacifiques. Mais pas non plus seulement par la force. Nous avons besoin des deux".


La Chine menace d'intervenir


Alors que la Chine a averti plusieurs fois sur leur tolérance zéro envers la dissidence, l’inquiétude d’une potentielle intervention chinoise pour mettre fin au mouvement monte. Xi Jinping s’est exprimé la semaine dernière et a mis en garde, estimant que la contestation actuelle menaçait le système d’ "un pays, deux système" en vigueur depuis la rétrocession du territoire en 1997.


Lundi 11 novembre, des soldats de l’Armée populaire de libération sont sortis dans les rues hongkongaise pour nettoyer et désencombrer les rues des obstacles érigés par les émeutiers. Habituellement, les soldats de l’armée chinoise restent discrets sur le territoire de l’ex-colonie britannique, et sont rarement vus en publics. Mais Wu Qian, le ministre de la Défense chinois estime que "mettre fin aux violences et restaurer l’ordre est la tâche la plus urgente à Hong Kong".


Des manifestants confrontent la police à Hong Kong lundi 11 novembre. Credit Lam Yik Fei pour Le New York Times

Depuis la semaine dernière, alors qu'Hong Kong a connu une escalade des tensions, Pékin a dit "soutenir résolument le gouvernement de Hong Kong dans ses décisions et d’adopter toutes les mesures nécessaires pour mettre fin aux troubles et restaurer l’ordre aussi vite que possible, arrêter les criminels et punir sévèrement leurs actes violents". L’administration chinoise appelle les autorités de la Région administrative spéciale, la police et la justice à "prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer par la force les actes de violence et de terrorisme".


Mais la lutte continue


Le territoire d’Hong Kong semble toujours autant paralysé par ce mouvement de protestation. Depuis mardi dernier, l'un des trois principaux tunnels routiers desservants l’île, le Cross Harbour Tunnel est bloqué par les manifestants. Ces derniers promettent de continuer le mouvement jusqu’à asphyxier économiquement l’ex-colonie britannique. Le territoire subi déjà les conséquences du mouvement en connaissant la plus importante récession économique depuis 1977.


L’intensification de la contestation ne cesse pas avec des opérations continues de blocage des universités et des quartiers périphériques. Le secteur de l’université a été qualifié de zone "d’émeute" par la police, qui menace de détruire les barricades construites par les manifestants. Une nouvelle stratégie est développée par les militants prodémocratie : "Eclore partout" (Blossom Everywhere), consistant à multiplier les actions pour éprouver au maximum les capacités de la police.


Depuis cinq mois le territoire connaît les pires affrontements depuis la rétrocession à la Chine en 1997. Bien que le texte de loi à l’origine de la contestation, qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine continentale ait été suspendu, de nouvelles revendications ont fait surfaces. Les émeutiers militent aujourd’hui pour la mise en place du suffrage universel, ou encore d’une enquête sur les violences policières depuis le début du mouvement. La détermination des militants semble aller de pair avec l’intransigeance des autorités, faisant sombrer Hong Kong dans une spirale de violence.


Les conséquences pour le territoire sont déjà lourdes. Depuis début novembre, déjà deux militants prodémocratie ont perdus la vie. Économiquement parlant, l’ancienne colonie est entrée en récession et le trafic aéroportuaire a subi une chute de 13% par rapport à octobre 2018.


Les protestataires ont toutefois connu une victoire symbolique, lundi dernier, lorsque la Haute cour a jugé inconstitutionnelle l’interdiction du masque décidée par le gouvernement pour calmer la protestation. Un appel à la grève générale a été lancé par les émeutiers pour tenter de paralyser les centres d’affaires et les transports. Malgré la répression policière, ils ne semblent pas prêts à baisser les bras devant le pouvoir chinois.

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