• Margaux Liagre

Actualités : le procès d’Harvey Weinstein


Le producteur hollywoodien a été, lors de son procès, reconnu coupable de deux agressions sexuelles, dont une en recourant à la violence. Il risque de cinq à vingt-neuf ans de prison. Le verdict sera rendu le 11 mars.


Harvey Weinstein à New York le 6 janvier pour le début de son procès / KENA BETANCUR VIA GETTY IMAGES

Lundi 24 février, les douze juges du procès du magnat d’Hollywood le reconnaissent "coupable" d’agression sexuelle au premier degré (passible de cinq à vingt-cinq ans de prison) pour avoir infligé un cunnilungus à Mme Haleyi en recourant à la violence. Harvey Weinstein est également reconnu coupable de viol au troisième degré (passible de quatre ans de prison maximum) sans recours à la force envers Jessica Mann.


Le premier procès #metoo


Ce procès d’une portée internationale apparaît comme le premier de l’ère #metoo. Deux ans après le début de la libéralisation de la parole des femmes provoquée par les révélations du New York Times et du New Yorker, la voix des femmes compte enfin.


Le procès n’a pourtant pas jugé les 90 accusations d’agressions sexuelles et viol dont Harvey Weinstein est la cible. Il a rendu justice aux deux plaignantes principales que sont Mimi Haleyi et Jessica Mann ainsi que Annabella Sciorra.


Ce procès a tout de même connu des obstacles. Les témoignages des plaignantes avaient été affaibli par un défaut majeur : Mme Haleyi et Jessica Mann avaient continué d’entretenir des relations avec Harvey Weinstein après leur agression. De plus, la constitution d’un jury impartial s’était révélé comme une lourde tâche. Alors que le camp Weinstein avait tenté de faire obstacle au maximum de femmes jeunes et blanches, le jury a finalement été composé de douze hommes et cinq femmes, dont deux blanches.


Mais les différents témoins ont tout de même permis de démonter le système Weinstein qui persécute des "jeunes femmes, souvent ambitieuses et naïves, qui rêvent d’Hollywood [et qui] voient dans leur rencontre avec Weinstein le chemin de la gloire" résume Le Monde. Ces jeunes femmes se retrouvent alors victimes d’une emprise et d’agressions sexuelles à répétition. Afin de contrer les arguments de la défense, le parquet a bien précisé en début de procès qu’il était normal que les victimes entretiennent le contact avec le producteur hollywoodien en raison de l’emprise qu’il avait sur elles.


Ce premier procès post #metoo marque un tournant pour la justice américaine et les femmes aux États-Unis. Ce verdict montre bien que, pour la première fois, des cas difficiles peuvent aboutir à un résultat, selon Variety. Il prouve également que "les personnes riches et puissantes qui maltraitent les autres ne peuvent pas toujours compter sur leur influence et leurs comptes bancaires pour échapper à la prison" écrit le Los Angeles Times.


La reconnaissance de sa culpabilité offre un espoir à toutes les victimes du producteur et marque le début d’une société post #metoo qui dit ne plus tolérer les abus sexuels des puissants.


Un verdict en demi-teinte


Toutefois, le producteur a été déclaré "non coupable" des trois autres chefs d’accusations qui planaient sur lui : le viol avec recours à la force de Mme Mann (passible de vingt-cinq ans de prison) et l’accusation d’agression sexuelle en série, qui aurait pu lui coûter la prison à perpétuité.


Pourtant, un témoignage aurait pu tout faire basculer : celui de l’actrice Annabella Sciorra. Violée par Harvey Weinstein dans les années 1990, le juge n’a pas pris en compte son témoignage en raison de la prescription. Cette agression aurait validé l’accusation d’agression sexuelle en série du magnat hollywoodien.


Plusieurs accusatrices d’Harvey Weinstein comptaient sur le témoignage de l’actrice pour renforcer l’argument concernant la nature "prédatrice" du comportement du producteur. Le fait que le jury ne retienne pas ce témoignage indique qu’il n’a pas cru Sciorra ou bien qu’il considère son témoignage comme trop ancien.


Pour Molly Jong-Fast, rédactrice en chef du Daily Beast, il n’y a pas à être "heureuse face à ce verdict" avant d’ajouter : "Cessons de célébrer des demi-victoires au prétexte que ce serait mieux que rien". La rédactrice considère que la justice commet là une "grave erreur judiciaire".


Selon le New York Time également, "les délais de prescription des États-Unis doivent être prolongés ou supprimés pour donner aux victimes la possibilité de se manifester même des années après une agression traumatisante". Le journal rappelle combien il est difficile pour les femmes de porter plainte en cas d’agression au sein du système judiciaire actuel. Parmi les 90 femmes qui accusent le producteurs de harcèlement et abus sexuels, seules 6 ont eu la possibilité de témoigner lors du procès.

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