• Margaux Liagre

Actualités : le projet d’accord entre le Mercosur et l’UE inquiète


Depuis plus de 20 ans, les deux blocs séparés par l’Atlantique entendent bien coopérer. Après des années de négociations et de blocages, l’Amérique du Sud et l’Union européenne auraient enfin trouvé un compromis. Ce projet provoque de nombreuses réactions et inquiétudes, de toutes parts.

Un nouvel accord transatlantique


Le Mercosur ou Marché commun du Sud est une communauté économique créée en 1991. Cette dernière regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela (suspendu depuis 2016). Il prévoit ainsi, entre ces pays, la libre circulation des biens, services et citoyens et une politique commerciale commune, ainsi qu’une coordination des politiques macro-économiques et sectorielles. A elle seule, cette communauté représente plus de 82 % du PIB sud américain et est considérée comme le 4ème bloc économique mondial en termes de volume et d’échanges.

L’idée d’un accord entre le Mercosur et l’UE ne date pas d’hier. C’est à partir des années 2000 que les négociations sont entamées afin de trouver un terrain d’entente. Cependant certains blocages, tels que l’exportation de bœuf ou d’éthanol paralysent les négociations, interrompues en 2004 avant de reprendre en 2013.

En juin, un compromis semble avoir été trouvé entre les deux parties, entraînant la fin des négociations. Ce dernier prévoit une baisse de 90 % des droits de douane et une suppression des droits de douane du Mercosur dans les secteurs de l’automobile, l’industrie chimique, le textile, l’industrie pharmaceutique et certains produits alimentaires. Un quota d’importation sans droits de douane a été appliqué aux produits laitiers. L’industrie laitière européenne reçoit alors un droit d’exportation, sans taxe, dix fois supérieur à ce que l’UE exporte actuellement.


Cependant, l’Union européenne a instauré des quotas d’importation à droits de douane faibles sur le bœuf (établi à 99 000 tonnes), le sucre (180 000 tonnes) et la volaille (100 000 tonnes). L’accord impose également la reconnaissance par les pays du Mercosur de 357 produits ayant une indication géographique protégée comme le jambon de Parme, le champagne ou le Comté.


L’UE a aussi imposé aux pays latino-américain un chapitre sur l’environnement, le développement durable, la gestion des forêts et sur les droits des travailleurs. Pour finir, cet accord inclut l’accès aux entreprises des deux blocs au marché public.


Une menace pour les agriculteurs européens ?


Bien que cet accord apparaisse comme plus avantageux pour l’UE que le Ceta, signé avec le Canada, de nombreux états européens semblent opposés à cet accord. Certains pays comme la Belgique, l’Autriche ou la Hongrie s’opposent notamment à l’insertion de quotas libre de droits de douane pour certains pays agricoles.

La France, bien qu’elle semble effrayée par les conséquences sur le secteur agricole national, a accepté l’assouplissement de la limitation de quotas libres de droits de douane sur les produits de la filière bovine. Cette décision renforce d’autant plus les inquiétudes de la part du secteur agricole qui craint la distorsion de la concurrence induite par des prix de revient inférieurs.


Les agriculteurs se sont hissés sur la première ligne des contestataires, accusant le texte de "sacrifier" les paysans français. De nombreux syndicats et associations d’agriculteurs tels que la FNSEA, les Jeunes agriculteurs, la Fédération nationale bovine ou Interbev, se sont dit clairement opposés à cet accord. Ils dénoncent ainsi les conditions d’élevage, l’utilisation des OGM et l’impact sur la production européenne et française.


La peur d’être submergé par les "usines à viande" latino-américaines a augmenté chez les agriculteurs et éleveurs européens, qui soulèvent les normes sanitaires et environnementales croissantes en Europe face à l’utilisation d’antibiotiques, hormones de croissance et pesticides en Amérique du Sud.

Bien que l’industrie laitière et celle des vins et spiritueux voient à travers cet accord la possibilité d’ouvrir son marché, ce n’est pas le cas pour les producteurs de viande et de sucre. Ces derniers s’inquiètent face à la superpuissance brésilienne. L’Institut de l’élevage estime qu’à cause des salaires, de l’énergie et du soja (pour nourrir les animaux), les coûts de production européens sont trois fois plus élevé que les latino-américains.


Un accord synonyme de régression écologique


Tout comme de nombreuses figures écologistes, Greenpeace s’est opposé à cet accord et dénonce les effets qu’il provoquera sur la déforestation cause de l’extension des cultures en Amérique du Sud, et l’impact sur l’environnement.

Nicolas Hulot a aussi exprimé son opposition à ce projet et, malgré l’obligation des pays du Mercosur de respecter les Accords de Paris, ce compromis est accusé de favoriser la politique pro-agrobusiness de Jair Bolsonaro qui entend reprendre l’exportation extensive de l’Amazonie, utiliser des OGM et autoriser plus de pesticides pour les cultures.

"Il n’y a aucune traçabilité dans ce pays, nous serons incapables de contrôler la qualité de ce qu’on importe" s’inquiète Jean-Baptise Moreau, député de la majorité.

L’encouragement des échanges est alors jugé contradictoire, voire incompatible, avec les efforts en matière de limitation du réchauffement climatique et les demandes d’alimentation de qualité et locale.

La député et porte-parole LREM, Aurore Bergé, soulève quant à elle un problème de forme. "Une Commission sortante qui se permet dans les dernières heures de sa présidence de signer un traité alors qu’un autre commission doit être nommée… Ce n’est pas tolérable" s’est elle exprimée sur RFI.

L’accord n’est cependant pas encore en vigueur, seul un compromis a permis de mettre fin aux négociations. Ce dernier devra ensuite être traduit en texte juridique avant d’être soumis à l’adoption des États membres lors du Conseil de l’UE. Il sera ensuite officiellement signé avant d’être voté au Parlement européen qui lui permettra une entrée en vigueur provisoire. Chaque état membre devra ensuite le faire adopter au sein de leurs Parlements nationaux.

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