• Margaux Liagre

Actualités : le Rassemblement National relance la polémique sur le port du voile


Vendredi dernier, le député RN Julien Odoul a créé la polémique en demandant à une mère accompagnatrice d’une sortie scolaire, de retirer son voile. Les enfants assistaient à une séance publique du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté.


Photo de la mère accompagnatrice visée par les propos de Julien Odoul, réconfortant son fils dans l'hémicycle. Photo DR

"Au noms de nos principes républicains et laïcs, j’ai demandé à Marie-Guite Dufay [présidente de la région] de faire enlever le voile islamique d’une accompagnatrice scolaire présente dans l’hémicycle. Après l’assassinat de nos quatre policiers, nous ne pouvons pas tolérer cette provocation communautariste" estime l’élu en question, sur Twitter.



Cette nouvelle polémique fait écho à la récente controverse apparue suite à la parution d’une affiche du syndicat de parents d’élèves FCPE, qui montrait une femme voilée accompagnée du slogan : "Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ?" Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, avait demandé au syndicat de "corriger" cette "erreur".

Toutefois, la législation française n’interdit pas aux accompagnatrices de sortie scolaire de porter le voie. Ce dernier n’est interdit dans aucun lieu public (contrairement au voile intégral cachant le visage, la burqa). La mère accompagnatrice était donc en droit de venir voilée dans l’hémicycle.

Cette loi fait toutefois débat. En 2012 déjà, une circulaire avait été déposée par le ministre de l’Éducation de l’époque, Luc Châtel, visant à interdire le voile lors des sorties scolaire. Le Conseil d’État avait finalement rejeté cette proposition estimant que n’importe quel paren t d’élève n’était ni agent ni collaborateur du service public et n’était donc pas concerné par la neutralité religieuse.

L’eurodéputé du Rassemblement national, Nicolas Bay, a estimé sur France Inter que le comportement de Julien Odoul avait été "inutilement blessant et malvenu", rajoutant que "dans l’état actuel du droit, il n’est pas interdit pour une femme de porter le voile donc je pense que c’est une maladresse d’un jeune élu régional. Évidemment, je ne l’aurais pas dir et je ne l’aurais pas fait comme ça".

Le nouveau président des Républicain, Christian Jacob s’est déclaré en faveur d’une proposition de loi interdisant le port du voile pour les accompagnatrices de sortie scolaire. "On peut le faire sans agresser les gens" a-t-il pour autant nuancé, lundi sur France Inter.

La majorité divisée


La division s’est aussi fait sentir au sein de la majorité. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, a reconnu que la loi n’interdisait pas aux accompagnatrices scolaire de porter le voile mais s’est montré hostile. Il a déclaré sur LCI, ce dimanche, que "le voile, en soit, n’est pas souhaitable dans notre société, tout simplement. Ce n’est pas quelque chose d’interdit, mais pas quelque chose à encourager".

Le député de Val-d’Oise, Aurélien Taché a critiqué, dans un article parut dans Le Point, les propos du ministre. En réponse, ce dernier a saisi la commission des conflits de La République en Marche pour qu’une sanction soit prononcée à l’encontre du député. Plusieurs députés LREM ont alors soutenu ce dernier, comme Guillaume Chice. Il estime qu’il ne peut pas exister de "position d’équilibre" qu’a tenté de tenir le ministre, car la loi n’interdit pas le voile pour les accompagnatrices.

Un haut responsable du parti alerte sur cette division au sein de la majorité à l’Assemblée nationale : "Si Taché est viré, beaucoup de députés vont se rebeller car la ligne de Blanquer est minoritaire en interne".

Marlène Schiappa a vivement condamné les propos du député RN, expliquant que "c’est en humiliant les mères publiquement devant leurs enfants qu’on crée le communautarisme", tout en rappelant que la loi de 1905 ne prévoit pas ça. Pour finir, elle ajoute, que "le RN n’est pas qualifié pour parler « au nom des femmes qui se battent pour leurs droits partout »".


La porte-parole du gouvernement, Sibeth NDiaye estime "positif" que les mères voilées accompagnent les sorties scolaires. Pour le secrétaire d’État chargé du Numérique, Cédric O, les sorties scolaires accompagnées de mères voilées auxquelles il a assisté petit, se faisait "sans aucun prosélytisme".

LREM se divise donc entre partisans d’une vision libérale et ouverte de la laïcité, incarnée par Aurélien Taché, Fiona Lazaar ou encore Laeticia Avia. Ils reprochent aux tenants d’une laïcité plus stricte que son Jean-Michel Blanquer ou Aurore Bergé de défendre une "laïcité rigide" qui a pour effet de "stigmatiser les musulmans". Les seconds reprochent quant à eux aux premiers de "cautionner des replis communautaristes inacceptables dans la République".

Alors que Julien Odoul a affirmé, sur Europe 1, n’avoir aucun regret "d’avoir défendu les valeurs de la République et de la laïcité, qui son au coeur de [son] engagement politique". Il ajoute que, "venir dans un e enceinte démocratique avec un voile islamique, je considère que c’est une provocation communautariste". Pour finir, il estima que, "si il y a un regret que j’ai, c’est que ces enfants aient été confrontés aux vociférations, aux insultes et aux injures des élus de gauche, qui ont été honteux durant cette séance".

Plus de 90 personnalités, parmi lesquelles Omar Sy, Céline Sciamma ou Christine Delphy, ont publié une tribune dans Le Monde, demandant au Président de condamner l’agression de l’accompagnatrice par Julien Odoul.


"Quelles seront les conséquences d’une telle humiliation publique si ce n’est renvoyer à cet enfant qu’il demeure un citoyen de seconde zone, indigne d’être pleinement français et reconnu comme tel ?"

"Ne nous y trompons donc pas. L’extrême droite a fait de la haine contre les musulmans un outil majeur de sa propagande, mais elle n’en a pas le monopole."

1 vue0 commentaire

© 2018. Tous droits réservés

    • Twitter - Black Circle
    • Instagram - Black Circle
    This site was designed with the
    .com
    website builder. Create your website today.
    Start Now