• Margaux Liagre

Actualités : le Ségur de la Santé, un espoir pour les soignants


Le gouvernement a lancé son Ségur de la Santé, une large concertation visant à améliorer les conditions de travail, la prise en charge des malades et revaloriser le salaire des soignants. Ces héros blancs que l’on applaudissait à 20 h pendant le confinement espèrent beaucoup de ces réunions.


Manifestation de soignants pour de meilleures conditions de travail, à Paris le 6 juin 2019 @AURORE MESENGE / AFP

Ce Ségur de la Santé - du nom de l’avenue où se trouve l’entrée du ministère de la Santé - n’a pas le droit à l’erreur. Alors que le pays comptait, le 25 mai, 145 279 cas pour 28 500 morts dus à l’épidémie de Covid-19, ces concertations doivent arriver à l’amélioration des conditions de travail des personnels soignants, la revalorisation de leur salaire et une meilleure prise en charge des patients.


Les annonces du gouvernement


Lundi 25 mai, Edouard Philippe a promis que "le quotidien des personnels soignants" allait changer "dans les tout prochains mois", réaffirmant que la revalorisation des salaires serait "significative" et que la question du temps de travail ne serait pas un tabou. "Ce que je crois, c’est que la crise exige de nous, non pas de changer de cap, mais de changer de rythme", a insisté le Premier ministre. Il a précisé que cette concertation générale entre le gouvernement et les partenaires sociaux déboucherait sur des décisions en juillet.


Ce Ségur est une réponse à la promesse du président qui évoquait fin mars "un plan massif d’investissement et de revalorisation" pour l’hôpital public. Le Premier ministre a pour sa part insisté sur des changements radicaux, rapides et assumés, s’appuyant sur des "moyens nouveaux". Pour Edouard Philippe, ces mesures serviront à "garder intacte [la] motivation" des professionnels de santé, grandement sollicités durant la crise sanitaire.

La concertation, qui se déroulera sous l’égide de l’ancienne dirigeante de la CFDT Nicole Notat abordera cinq axes principaux : "Reconnaissance pour nos soignants, Investissement massif, Agilité retrouvée, Organisation territoriale, Modernisation par le numérique".


La revalorisation des salaires, une priorité


Beaucoup de défiance émerge de ces annonces. La revalorisation des salaires est essentielle.Quel sera le montant de la hausse ? Bien qu’aucune décision n’ait été prise, une estimation semble se dessiner. Thomas Mesnier, député LREM de Charente et référent santé à LREM, qui pourrait être élu rapporteur général de la commission des affaires sociales, en remplacement d’Olivier Véran. "L’an dernier, j’avais proposé 100 euros net de plus par mois, il faudra semble-t-il aller plus loin" estime-t-il. Pour lui, "il est raisonnable de réfléchir à parvenir progressivement à la moyenne européenne, soit aux alentours de 300 euros de plus par mois". Une telle augmentation représenterait entre 3 et 4 milliards d’euros par an en plus pour le budget de la Sécurité sociale.


La prime annoncée par Emmanuel Macron pour récompenser les soignants dévoués pendant la crise de Covid-19, ne semble pas avoir calmé le secteur. 500€ ont été promis aux soignants et jusqu’à 1 500€ pour ceux ayant travaillé dans les territoires les plus impactés.


Mais la plaie est plus profonde. Avec 2 070€ nets par mois, le salaire moyen des infirmiers français est en dessous de la moyenne européenne et de celle des pays de l’OCDE (Organisation pour la coopération économique et le développement) qui s’élève à 2 600€. La France occupe donc la 22ème place sur les 33 pays que compte le classement. Les infirmiers allemands sont mieux lotis que les français avec 2 383€ nets par mois et en Espagne, le salaire des infirmiers atteint 2 600€ nets chaque mois.


Dans la plupart des pays les plus développés, le salaire des infirmiers hospitaliers était, en 2017, supérieur au salaire moyen de l’ensemble des travailleurs, sauf dans six pays, dont la France. Dans l’Hexagone, les infirmiers percevaient, en 2015, un salaire en moyenne inférieur de 6% au salaire moyen. En Allemagne et en Espagne, les salaires des infirmiers s’élevaient respectivement à 13% et 29% au-dessus de la moyenne nationale.


"On réclame 300 euros par mois, qui correspond au différentiel constaté par l'OCDE entre le salaire moyen infirmier en France et le salaire moyen infirmier dans le reste de l'Union européenne" a expliqué le porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers, Thierry Amouroux, à Europe 1.


Pas le doit à l’erreur


Le monde hospitalier met tout ses espoirs dans ce plan gouvernemental. Mais après des mois de grèves massives en 2019, la démission de plus de 1 200 chefs de service en début d’année, difficile de toujours y croire. Seule la crise du coronavirus aura permis au gouvernement d’agir.


Les soignants disposent aujourd’hui d’une visibilité sans précédent et d’une fenêtre politique exceptionnelle qui leur permettrait d’obtenir des avancées. Dans un manifeste publié par Libération, le collectif de soignants médicaux et paramédicaux Les jours heureux interpelle le président pour "un véritable service public".


Caractérisant l’épidémie de Covid-19 de "cataclysme", les soignants déplorent le manque de moyens et l’avenir incertain de l’hôpital public. ""Nous sommes en guerre", comme vous l’avez ­répété, et après le Blitzkrieg de la première vague d’assaut, voici venir le temps des tranchées. Il faut tenir, mais les combattants épuisés vont déserter si le "plan massif" que vous avez annoncé, monsieur le Président, n’est pas à la hauteur des enjeux" ajoute la tribune.


"Pour faire face à la vague du Covid-19, l’hôpital public, malgré ces cris d’alerte jamais entendus, s’est organisé à la hâte, solidaire, collectif, efficace comme il l’est ­ facilement quand on lui en donne les moyens pour réagir au mieux, sur tout le territoire, tant dans le nord-est de la France, submergé, que dans le Sud, solidaire. […] « Vous avez pu compter sur nous », monsieur le Président, montrez-nous que nous pouvons désormais compter sur vous. Mettez en œuvre le programme de santé des « jours heureux » proposé par les professionnels de santé  !"

Depuis quelques jours, les rassemblements devant les hôpitaux se multiplient, à Paris, à Toulouse ou à Saint-Étienne. Onze organisations syndicales et professionnelles appellent à une nouvelle journée de mobilisation pour défendre l’hôpital public le 16 juin.

21 vues0 commentaire

© 2018. Tous droits réservés

    • Twitter - Black Circle
    • Instagram - Black Circle
    This site was designed with the
    .com
    website builder. Create your website today.
    Start Now