• Margaux Liagre

Actualités : le sommet du G5 Sahel à Pau

Mis à jour : 20 janv. 2020


Initialement prévu le 16 décembre, le sommet entre les dirigeants du Sahel et le président français a eu lieu ce lundi. Cette rencontre a pour objectif de redéfinir les priorités et renforcer les actions dans la zone des "trois frontières", entre Mali, Niger et Burkina Faso.


Conférence lors du sommet de Pau, le 13 janvier 2020. © Guillaume Horcajuelo/Pool via REUTERS

Reporté de sa date initiale du 16 décembre suite à une attaque djihadiste dans une base nigériane faisant plus de 70 morts, le sommet s’est ouvert le 13 janvier au Château de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Les dirigeants présents, Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani (Mauritanie), Mahamadou Issoufou (Niger) Idriss Déby (Tchad) ainsi qu’Emmanuel Macron ont, ensemble, réaffirmé leur volonté de lutter contre les djihadistes et groupes terroristes "qui opèrent dans la bande sahélo-saharienne et dans la région du lac Tchad".


Ils ont tous émis le souhait de renforcer leur alliance militaire contre les groupes terroristes qui sévissent dans la région ainsi que la poursuite de l’engagement militaire français au Sahel. La France est présente depuis 2013 dans le pays, à travers l’opération Barkhane. 4 500 soldats français sont présents sur place pour aider à défendre les armées locales contre les groupes djihadistes. La France a pourtant déjà perdu 41 hommes au Sahel depuis le début de l’intervention. L’Hexagone avait demandé des "clarifications" des pays de la région après des accusations d’ingérence et de visées néocolonialistes.


Cependant, l’heure n’était pas aux règlements de compte. La mort brutale d’une douzaine de soldats de l’opération Barkhane au Mali dans une opération antiterroriste a provoqué une vive émotion. S’en est suivi une visite du président français à Niamey (Niger) quelques jours avant Noël, qui avait permis à certains dirigeants de "clarifier leurs positions" avant le sommet. Plusieurs d’entre eux avaient insisté sur le renforcement de la présence militaire française dans la région.


Que retenir du sommet ?


À la suite de cette rencontre, les dirigeants se sont accordés pour créer une "coalition pour le Sahel", afin de coordonner leurs actions dans un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel. Cette coalition se composera des forces du G5 Sahel, Barkhane ainsi que des partenaires déjà engagés dans la région. Cette coalition s’ouvre également à chaque pays qui voudrait y contribuer.


Cette nouvelle coalition se structurera autour de quatre piliers décidés par les dirigeants : un premier pilier stratégique et militaire qui acte le recentrage des opérations militaires sur des zones précisément établies. Un deuxième pilier concerne la formation des armées sahéliennes tandis que le troisième traite du retour de l’État et des administrations dans la région. Le dernier est, quant à lui, consacré au développement.


C’est dans la zone des "trois frontières" entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso que les forces vont se concentrer, pour le moment. C’est là ou se sont concentrées les dernières attaques djihadistes contre les forces militaires. Les attaques de la katiba seront ciblées en priorité, car jugées comme étant les plus dangereuses : l’État islamique au grand Sahara.

Pour mener à bien ces opérations, un "commandement conjoint" sera mis en place, entre les forces Barkhane et celles du G5 Sahel, tout en intégrant les forces de renseignement et militaires françaises sur cette zone sensible "avec une latitude d’engagement beaucoup plus forte" a précisé le président français. Dans ce cadre, les forces spéciales européennes, désormais baptisées "Task force Takouba", seront intégrées à Barkhane.


Emmanuel Macron a profité de ce sommet pour annoncer l’envoi supplémentaire de 220 soldats dans la bande sahélo-saharienne, qui viendront s’ajouter aux 4 500 hommes déjà dépêchés sur place.


Les chefs d’États ont également déclaré vouloir "accroître et coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne", source de l’instabilité au Sahel selon eux.


Les pays ont profité de ce sommet pour adresser un message aux États-unis et ont "exprimé leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par [le pays] et ont exprimé le souhait de sa continuité" alors que les américains envisagent de désengager leurs troupes de la zone. Cette perte pourrait grandement affaiblir la coalition. En effet, les États-unis déploient, par rotation, quelques 7 000 soldats en Afrique, qui mènent des opérations conjointes avec les armées locales pour lutter contre les djihadistes et groupes terroristes de la région.


Ce sommet a toutefois provoqué des réactions mitigées, notamment au Tchad. Même si la majorité au pouvoir a salué les résolutions de cette rencontre, beaucoup d’opposants ont fait part de leur scepticisme, affirmant que les chefs d'État du G5 Sahel doivent renforcer leurs armées pour garantir seuls leur sécurité.


Une nouvelle rencontre entre le président français et les dirigeants du G5 Sahel est déjà prévue en juin 2020 à Nouakchott (Mauritanie).

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