• Margaux Liagre

Actualités : le Chili se réveille

Mis à jour : 2 nov. 2019


Depuis vendredi, le Chili est secoué par de violentes mobilisations de la part de la population. Des affrontements entre policiers et manifestants ont déjà provoqué la mort de 15 personnes. À l’origine de cette protestation massive ? L’augmentation du prix des tickets de métro de 4 %. Dans ce mouvement social, cette mesure est devenue un prétexte pour revendiquer des problèmes qui gangrènent le pays depuis la fin de la dictature de Pinochet.



Quinze personnes ont perdu la vie, notamment dans des incendies provoqués en marge des manifestations. Samedi, plusieurs feux se sont déclarés en marge des manifestations, dans des supermarchés ou des stations-service. Deux personnes ont aussi été blessées par balle après un incident avec la police lors des pillages. Elles ont été hospitalisées dans un état "grave" selon les autorités.


En réponse à cette violence, le gouvernement chilien a décrété, samedi un couvre-feu dans la capitale et une région au sud et au centre du pays. Le président, Sebastian Piñera a également décrété l’état d’urgence dans le pays, pour quinze jours, à Santiago. Il a également confié la responsabilité de la sécurité de la région à un général et a décidé le déploiement de militaires dans plusieurs autres régions.


Cette escalade de violence rappelle les années de dictature aux habitants du pays. Le journaliste de CNN Chile, Daniel Matamala raconte que "La dernière fois que l’armée à surveillé Santiago lors d’un couvre-feu, c’était en 1987".

"Feu, fumées, sirènes, Santiago ressemble à une ville d’après-guerre" décrit un journaliste de Clarín, qui dépeint des incident "sans doute les plus violents observés ces dernières années".

Un retour dans un passé douloureux


Samedi, alors que les sept millions d’habitants de la capitale ont dû se soumettre à ce couvre-feu, qui sera reconduite dans la nuit de dimanche à lundi également. Plusieurs milliers de chiliens ont tout de même défié cette mesure, dans un rassemblement pacifique sur la place Nuñoa.


"Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien, ni personne" a dénoncé le président. C’est grâce à cette "guerre" qu’il arrive à justifier les mesures répressives mises en place par son gouvernement. C’est aussi cet "ennemi" qui permet aux autorités d’expliquer les 1 462 arrestations qui ont eu lieu en quelques jours dans le pays.


"Nous vivons de très hauts niveaux de délinquance, de pillages et de saccages" a réaffirmé ce week-end le ministre de la Défense, Alberto Espina. Plus de 10 000 hommes ont déjà été déployés dans l’ensemble du pays. Les patrouilles militaires circulent désormais dans les rues. Ce n’était plus arrivé depuis la fin des années de plomb d’Alberto Pinochet (1973-1990).

Pour Javier Iturriaga, militaire responsable de la sécurité dans la région de Santiago, "c’est ce qu’il faut faire pour protéger la vie des gens, protéger la grande majorité des citoyens qui veulent vivre dans la paix et la normalité".


Dimanche, le président chilien a convoqué les représentants des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire afin de trouver une issue à cette crise sans précédent. Il compte entamer un dialogue "large et transversal" pour répondre au mieux aux demandes de la population. "La démocratie a non seulement le droit mais l’obligation de se défendre en utilisant tous les instruments dont elle dispose pour lutter contre ceux qui veulent la détruire" a ainsi lancé le président.


En ce sens, l’augmentation du prix des tickets de métro a été suspendue jusqu’à nouvel ordre.


"Marre des injustices"


Alors que le Chili est considéré comme l’un des pays les plus stables d’Amérique latine, l’augmentation de 4 % du prix des tickets de métro a provoqué la colère des habitants, élargissant leurs revendications aux conditions sociales, économiques et aux inégalités qui grignotent le pays. "Le Chili s’est réveillé" scandent certains slogans.


L’accès à la santé et à l’éducation, qui ne relèvent presque exclusivement du secteur privé, sont mis au premier plan par les contestataires.


"Les plaintes qui se répètent le plus souvent en ces jours de fureur sont toutes d’anciennes cicatrices : éducation inégale, pensions de misère, soins de santé humiliants, corruption et collusion", analyse le Daniel Matamala.


Dans un pays où le taux de pauvreté n’atteint que les 8,6 %, le PIB croît chaque année de 2,5 % en moyenne, le PIB par habitant s’établit à 20 000 $ et l’inflation ne dépasse pas 2 % du PIB, les revendications étonnent.


Pourtant, le système de retraite par capitalisation ne permet généralement pas d’avoir une pension qui dépasse le salaire minimum, établi à 400€ par mois. Les coûts élevés de santé et d’éducation et un marché immobilier en surchauffe ne font que provoquer l’endettement des citoyens. Selon une étude, un adulte sur trois est incapable de faire face à son endettement avec les ressources dont il dispose.


De plus, les dirigeants concentrent la majorité du pouvoir économique. Le gouvernement concentre à lui seul, le pouvoir économique, politique et insitutionnel, une "trinité" à l’origine de plusieurs fractures sociales.


"Il ne s’agit pas seulement du métro, mais de tout. Les Chiliens en ont marre des injustices" explique un travailleur sur une chaîne de télévision locale.


Certaines personnalités du pays ont affiché leur soutien aux manifestants, comme Arturo Vidal, une star du football au Chili. "Les politiciens doivent écouter le peuple […] Les gens souffrent et nous disons BASTA ! Continuons à manifester pacifiquement, sans violence, sans saccage, s’il vous plaît".


L’hebdomadaire espagnol El País résume la situation expliquant que "en bref, ce qui se passe serait lié à une lassitude, que ni ce gouvernement, ni les gouvernements précédents n’ont réussi à apaiser. […] La cocotte-minute a explosé dans l’oasis chilienne".


Alors que 78 stations de métro de la capitale ont aussi été vandalisées dans le week-end, les dégâts des protestations s’élèvent à plus de 250 millions d’euros. Selon le gouvernement, le retour à la normale, sur certaines lignes, pourrait prendre plusieurs mois.

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