• Margaux Liagre

Actualités : les Afghanistan papers lèvent le voile sur les opérations menées dans le pays


Le Washington Post a récemment publié des milliers de documents dévoilant les secrets et les échecs de la guerre menée en Afghanistan. Ils lèvent ainsi le voile sur les interrogations concernant le bien-fondé de l’engagement américain dans ce conflit.


Des soldats américains dans la province de Nangarhar - Noorullah Shirzada / AFP

Visiblement, la promesse de George Bush en 2001, de tirer des leçons de la guerre du Vietnam et ses Pentagone Papers n’a pas été tenue. Après 18 ans de guerre et 750 000 soldats déployés, les résultats de ce conflit sont sans appel : c’était une guerre "ingagnable", aux objectifs changeants menés par trois présidents des États-Unis. Les combats auront toutefois coûté la vie de plus de 2 000 soldats américains.


Ces documents ont été obtenus par le Washington Post après des années de procédure juridique. Ils compilent près de 2 000 pages d’entretiens avec des militaires, des diplomates, des membres d’ONG ou des officiels afghans réalisés entre 2014 et 2018 par l’autorité de surveillance chargée de la reconstruction de l’Afghanistan.


Les soupçons quant à la pertinence de la présence américaine dans le pays, ne datent pas d’hier. Dès 2001, de nombreux citoyens s’opposaient à ce que les américains se rendent en Afghanistan pour combattre "l’axe du mal". Mais certains militaires ont depuis avoué les malfonctionnements de ce conflit. "Si l’opinion publique connaissait l’ampleur des dysfonctionnements…" déclarait en 2015 Douglas Lute, un général chargé du suivi du conflit à la Maison Blanche sous les administrations Bush et Obama. Mais "qui dira que cette guerre a été menée en vain ?" ajoute-t-il.


Initialement envoyés pour combattre Al-Qaïda, les objectifs de la guerre en Afghanistan se brouillent peu à peu pour les soldats américains sur place. "On n’avait pas la moindre idée de ce qu’on était en train de faire. On était dépourvu de toute compréhension de l’Afghanistan ; on ne savait pas ce qu’on faisait" reconnaît M. Lute.


Même le secrétaire américain de la Défense de l’époque, Donald Rumsfeld ne semble pas y voir clair. "Je n’ai aucune visibilité sur l’identité des “méchants”" avait-il noté dans un carnet, obtenu par le Washington Post.


La cible n’est pas plus évidente, et nombre de responsables sri demandent s’ils doivent plutôt attaquer Al-Qaida, les talibans, le Pakistan, l’organisation Etat islamique (EI), les djihadistes étrangers ou les chefs de guerre payés par la CIA.


"Notre objectif de créer un gouvernement central fort était idiot car les Afghans n’ont pas une histoire avec un tel gouvernement. Cela aurait demandé cent ans, un temps que nous n’avions pas" estime un membre du secrétaire d’État.


Alors que la présence américaine aurait dû endiguer la corruption dans le pays, elle l’a favorisée. Le colonel Christopher Kolenda explique que gouvernement de Hamid Karzaï "est devenu une kleptocratie dès 2006", réalité que les autorités américaines ont "préféré ne pas voir", alors que ce phénomène fragilisait davantage leur stratégie sur place et donnait plus de place aux talibans dans la société.


Les documents prouvent aussi certains mensonges de la part de responsables militaires, tâchant de montrer la "la meilleure image possible" du conflit. A cela s’joute également la publication de statistiques "manipulées" publiées par la Maison-Blance de Barack Obama. Les chiffres dévoilés, mentaient sur de nombreux aspects comme l’ampleur des territoires sous contrôle, le nombre de soldats afghans formés et le niveau des violences.


Des annonces "prometteuses" auraient été faites par des représentants américains, tout "en sachant qu’elles étaient fausses et [ils] ont caché des preuves irréfutables que la guerre était devenue impossible à gagner".


"Au final, qu’a-t-on obtenu après avoir dépensé 1 000 milliards de dollars ? Cela valait-il la peine ?" s’interroge Jeffrey Eggers, officier sous les administrations Bush et Obama.

Suite à cette publication, le gouvernement a assuré qu’il "avait toujours fait part des progrès et des défis" connus sur le terrain. Plusieurs députés du pays ont demandé au président d’en finir avec cette présence militaire en Afghanistan. En 2019, une quinzaine de soldats américains et plus de 3 800 civils ont péri dans le pays.


Cette publication intervient alors que le président américain a annoncé son intention de mettre fin aux "guerres sans fin" dans lesquelles les États-Unis se sont impliqué. De cette manière, Donald Trump a repris les négociations avec les talibans, mises en suspens depuis septembre. Ces derniers demandent le retrait des 13 000 soldats américains toujours déployés dans le pays.

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