• Margaux Liagre

Actualités : les jeunes Irakiens se soulèvent

Mis à jour : 12 oct. 2019

Depuis début octobre, le pays est à feu et à sang. En, à peine une semaine, plus de 100 morts sont à recenser, la plupart étant des manifestants. Ces derniers se soulèvent contre leur gouvernement pour protester contre la corruption, le chômage et la dégradation des services publics. Dans une crise sans précédent pour le pays, le Premier ministre a, ce week-end, donné des premiers éléments de réponse pour calmer les protestataires.


Depuis une semaine, les manifestations secouent l'Irak, protestant contre le chômage et la corruption du gouvernement. @Associated Press

Le 1er octobre, les Irakiens ont débuté la protestation. Depuis, plus de 110 personnes sont mortes (dont huit policiers) selon la commission gouvernementale des droits de l’homme irakienne. Ils se mobilisent dans la capitale et le sud du pays pour protester contre la corruption du gouvernement, le chômage des jeunes et la déliquescence des services publics.

Selon l’Organisation internationale du travail, le chômage en Irak atteint les 13 % de la population active et croît jusqu’à 26 % chez les jeunes. La corruption est aussi un fléau pour le pays, considéré comme le 12ème le plus corrompu selon l’ONG Transparency international. Cette position s’explique par une faible croissance économique malgré des ressources en pétrole, due à des années d’instabilités politiques. Depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, l’Irak a été exposé à la lutte contre l’organisation État islamique (EI) qui y avait déclaré son califat dans le pays.

Les manifestants sont descendus spontanément dans la rue mardi dernier, en revendiquant n’appartenir à aucune affiliation politique. Les protestations se sont poursuivies durant plusieurs jours consécutifs, malgré le couvre-feu décrété dès jeudi, accompagné d’un blocage d’Internet et d’un déploiement sécuritaire important.

Alors que de violents affrontements ont remplacé les protestations initiales, de nombreux tirs ont été échangés par les forces anti-émeutes, contre les manifestants. Après une semaine de contestation, les manifestants se disent prêts à défier les forces de sécurité "jusqu’à la chute du régime".


Mais Bagdad n’est pas la seule ville touchée par ce mouvement, ont peut aussi citer les provinces de Najaf, Missane, Zi Qar, Wassit, Diwaniya, Babylone et Bassora, des territoires à majorité chiite, situés dans le sud de l’Irak. Les régions principalement sunnites dans le Nord du pays ont, pour le moment, été épargnées.


Une forte répression pèse sur le mouvement


Depuis le 1er octobre, au moins 110 personnes sont mortes au cours de ces affrontements. Le ministère de l’Intérieur irakien annonce aussi que plus de 6 100 personnes, dont 1 200 membres des forces de sécurité, ont été blessées suite aux affrontements.


Les forces de sécurité ont dénoncé des "snipers non identifiés" d’avoir tiré sur des manifestants et sur leurs membres dans la capitale. Ces derniers cibleraient "délibérément pour tuer" selon Le Monde. Les autorités accusent, quant à eux, des "saboteurs" d’infiltrer ces manifestations. Des vidéos montrent alors des manifestants fauchés par des tirs à balles réelles à la tête ou au cœur. Le ministre de l’Intérieur irakien Saad Maan dénonce des "mains malveillantes" participants aux attaques, tout en niant l’implication des forces de l’ordre. Certains manifestants et journalistes affirment toutefois avoir vu des forces de sécurité tirer sur des protestataires.


Samedi soir, une dizaine de médias locaux et étrangers ont été attaqués, en moins de deux heures, par des hommes armés. La chaîne Al-Hadath a publié les images de ses caméras de vidéo-surveillance montrant l’attaque de ses bureaux à Bagdad. On y voit des hommes armés, masqués, en uniforme d’unité spéciale envahir les studios et détruire le matériel.

Ces modes d’action peuvent rappeler ceux des milices chiites, dont le poids n’a cessé d’augmenter depuis l’occupation américaine de 2003.


Manifestation à Bagdad, le 4 octobre. @ REUTERS/Alaa al-Marjani

Une opération de récupération politique pour Moqtada Sadr


Le leader chiite Irakien Moqtada Sadr a tenté de s’emparer des revendications des manifestants en demandant la démission, vendredi, du gouvernement. Les très nombreux partisans du parti chiite pourraient alors rejoindre les manifestants à travers le pays, et l’instrumentaliser.

"Pour éviter davantage d’effusion de sang irakien, le gouvernement doit démissionner et des élections anticipées doivent se tenir sous supervision de l’ONU" a déclaré le chef du parti.

Toutefois, un observateur du dossier prévient que "la politique sécuritaire de l’État est gérée par les milices [chiites] très proches de l’Iran. Leur mainmise sur l’État est inquiétante". À Bagdad et dans le sud du pays, les factions armées ont étendu leur influence dans les domaines sécuritaires, politiques et économiques.

En 2018, les chefs des milices armées sont même rentrés au Parlement, comme deuxième force politique.

Depuis le début des protestations, les forces déployées contre les manifestants sont des unités de la police fédérale et des SWAT, dirigés depuis 2004 par la faction chiite. Ils sont notamment accusés par les manifestants mener des attaques de kidnappings.

Pas étonnant de retrouver des slogans contre les partis et factions chiites lors des manifestations. Plusieurs de leurs sièges ont été incendiés au cours de la dernière semaine.

Se revendiquant sans affiliation politique, les protestataires devraient rejeter toute récupération politique du mouvement par des partisans de partis chiites, comme celui de Moqtada Sadr.

L’Iran a tout de même réagi à ce mouvement et le guide suprême iranien Ali Khamenei voit en ces manifestations un "complot" monté par des "ennemis" pour semer "la discorde entre l’Iran et l’Irak". Depuis la chute de Saddam Hussein suite à l’intervention américaine, en Irak, en 2003, les deux pays à majorité chiite ont renoué leurs relations diplomatiques.

Cette mobilisation intervient alors que des milliers d’Iraniens ont commencé un pèlerinage vers Kerbala, au sud de Bagdad, pour des célébrations qui auront lieu le 19 octobre.

« Nous demandons au peuple irakien de montrer plus de retenue et de chercher des moyens démocratiques et légaux pour obtenir satisfaction de leurs revendications » a sommé le guide suprême aux manifestants.


Un début de  réponse de la part du gouvernement


Dimanche, 17 mesures sociales ont été annoncées, par le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mehdi, près d’une semaine après le début de la contestation.

Alors que le bilan des victimes s’alourdit chaque jour dû à la brutalité de la répression, le gouvernement a lancé une enquête permettant de déterminer la source des tirs mortels qui ont frappé les manifestants.

Les personnes tuées seront aussi inscrites sur la liste des "martyrs" offrant la possibilité aux familles d’être dédommagées.

Parmi les mesures annoncées par le Premier ministre, figurent une aide au logement, la création d’une allocation de pension pour les jeunes sans emploi, la construction de 100 000 logements, l’installation de halles de vendeurs ambulants, dans une tentative de créer des emplois parmi les jeunes. Le gouvernement a aussi prévu d’augmenter les aides pour les familles en difficulté financière, de financer des programmes de formations pour les chômeurs.

Vendredi, le gouvernement irakien avait déjà annoncé la suppression de 1 000 fonctionnaires accusés de corruption, l’instauration d’un revenu minimum pour chaque famille et le dépôt d’un projet de loi de réforme du système électoral.


Toutefois, les autorités demandent du temps aux manifestants pour pouvoir mettre en place ces réformes nécessaires pour améliorer les conditions de vie des 40 millions d’habitants irakiens.

Selon le chercheur Hosham Dawood, ces mesures sont une hérésie pour le pays. "C’est une liste faramineuse de réformes qui vont encore alourdir les dépenses de l’État, alors que l’Irak n’en a pas les moyens. C’est plus qu’un mouvement social, c’est un mouvement anti-système qui dénonce la mainmise des partis politique corrompus sur l’État depuis 2003. Le système politique est à bout de souffle et ce rafistolage ne peut pas le sauver" explique-t-il.


Selon l'agence Reuters, le calme se maintient dans les principaux foyers de contestation depuis mardi soir. "La police n'a pas signalé d'affrontements majeurs" bien que les forces de sécurité aient procédé à de nouvelles arrestations mardi soir dans les quartiers est et nord-ouest de Bagdad, affirme l'agence de presse.

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