• Margaux Liagre

Actualités : les Luanda Leaks, explications

Isabel dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique serait à l’origine de montages financiers frauduleux afin d’accumuler l’argent des sociétés publiques angolaises. C’est ce que révèle les Luanda Leaks, une enquête menée par le Monde et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) visant la fille de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos qui régna d’une main de fer sur le pays de 1979 à 2017.


Isabel dos Santos

36 médias ont participé à l’investigation. Parmi eux, Le Monde, la BBC, le New York Times. Ils s’appuient sur une fuite de près de 715 000 documents financiers qui mettent en lumière les mouvements financiers présumés illégaux de la milliardaire angolaise sur 400 sociétés dans 41 pays.


Sa fortune est aujourd’hui estimée à plus de trois milliards de dollars (soit plus de 2,7 milliards d’euros) et fait d’elle la femme la plus riche du continent. Elle possède un empire économique hors norme entre télécommunications, banques, énergies, diamant, médias, grande distribution ou encore immobilier.


Depuis quelques années, cette magna des affaires donne des conférences pour promouvoir un afro-optimisme libéral décomplexé, elle appelle à un "nouveau système" pour l’Afrique. Mais ses perspectives d’avenir se sont soudainement assombries suite à l’ouverture d’une enquête judiciaire par la justice angolaise sur des soupçons de détournement de fonds publics de 38 millions de dollars.


Des montages financiers opaques


Isabel dos Santos avait été nommée en 2016 à la tête de la société pétrolière publique Sonangol par son père, à l’époque président du pays. Les enquêteurs la soupçonnent d’avoir détourné l’argent de la population angolaise au profit d’une société basée à Dubaï et gérée par son conseiller financier personnel. L’unique actionnaire de Matter Business Solutions DMCC n’est autre qu’une amie portugaise de la jeune femme.


Près de 58 millions d’euros auraient transité de la société pétrolière nationale vers la société émiratie, peu après le limogeage de la fille de l’ex-président en novembre 2017 par le nouveau chef d’État Joao Lourenço. Deux entreprises à Dubaï liées à Isabel dos Santos auraient perçues près de 115 millions de dollars de la part de Sonangol.


Le couple aurait investi commun 195 millions de dollars dans la société pétrolière portugaise Galp. Cet investissement vaut aujourd’hui 1,7 milliard de dollars. Mais la "princesse de Luanda" comme elle est surnommée, va plus loin : elle va s’accaparer les 126 millions d’euros de dividendes d’Esperaza (société créée par le couple pour acquérir les parts de Galp) versés par Galp à ses actionnaires angolais. Sonangol ne se doute alors pas que le retour sur investissement et les dividendes de ce placement ont discrètement transité vers les comptes de la fille de l’ex-président.


"A la demande de Sonangol, Esperaza s’est abstenu de verser des dividendes, car cela aurait provoqué une importante retenue fiscale, vu qu’il n’y a pas d’accord de non-double taxation en place" se défend Sindika Dokolo dans un article du Monde.


Pour finir, Isabel dos Santos aurait accordé, entre mai 2012 et août 2013, sept prêts à des conditions préférentielles pour un montant total d’environ 450 millions de dollars à une autre de ses sociétés néerlandaises, Unitel International Holdings. Étant présidente du conseil d’administration d’Unitel, la "princesse" n’a pas pris la peine de consulter ses associés pour ses prêts considérés comme "non approuvés" aujourd’hui.


Le couple rattrapé par la justice


Ce sont des e-mails, des contrats et des audits qui auraient permis d’expliquer comment la jeune femme a construit un empire dont la valeur est estimée à 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros).


Le nouveau président à la tête du pays a fait de la lutte de la corruption son objectif premier. Isabel dos Santos se dit alors victime d’une "chasse aux sorcières politisée". Fin 2019, la justice a annoncé la saisie des comptes et des actifs de la milliardaire et de son mari Sindika Dokolo, collectionneur d’art et homme d’affaires congolais, soupçonnés d’avoir détourné un milliard de dollars des caisses de l’État.


Le procureur général angolais Helder Pitra Gros, a déclaré : "Nous utiliserons tous les moyens possibles et nous activerons tous les mécanismes internationaux pour ramener Isabel dos Santos dans le pays". Plusieurs autres pays comme le Portugal ou Monaco ont également ouvert des enquêtes visant le couple pour blanchiment d’argent public.

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