• Margaux Liagre

Actualités : nouveau coup de théâtre sur la scène du Brexit


Depuis l’entrée de Boris Johnson au gouvernement au poste de Premier ministre, les choses s’accélèrent pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, peut-être un peu trop. L’eurosceptique à la tête du pays cherche à tout prix à obtenir un Brexit sans accord.


Boris Johnson a suspendu le Parlement afin d'empêcher l'adoption d'une loi interdisant une sortie sans accord le 31 octobre. @Reuters

Un séisme pour les adversaires du "no-deal"


Au pouvoir depuis le 24 juillet, Boris Johnson n’a pas attendu longtemps pour faire bouger les choses. Après s’être rendu au G7 et avoir envisagé un accord sous 30 jours avec l’Allemagne, il a, le 28 août suspendu le Parlement. Près d’un mois après sa prise de pouvoir, il a demandé à la Reine de suspendre les travaux du Parlement britannique jusqu’au 14 octobre, soit deux semaines avant la date prévue du Brexit.

Cette manipulation permettrait ainsi à Boris Johnson de mener, seul, les négociations avec Bruxelles, sans avoir à convaincre les parlementaires opposants à un "no-deal" qui mettrait tout en place pour empêcher ce scénario. Cela empêcherait aussi les députés à adopter un texte de loi rendant impossible un Brexit sans accord au 31 octobre.

Le Premier ministre s’est justifié expliquant qu’il avait pris cette décision pour mettre les leaders des différents partis d’opposition hors d’état de nuire. La veille, ces derniers s’étaient rassemblés dans le bureau de Jeremy Corbyn afin de s’accorder sur une stratégie commune.


Face à cette décision, les travaillistes ont dénoncé un "coup d’État contre le Parlement", tandis que John Bercow, le président de la Chambre des Communes qualifie ce mouvement tactique de "scandale institutionnel". "Il est absolument évident que l'objectif de la suspension est maintenant d'empêcher le Parlement de débattre du Brexit et de faire son devoir en définissant une trajectoire pour le pays" ajoute-t-il.


Nicolas Evans, un avocat chez BDB Pitmans estime que "cela représente évidemment un échec total pour la démocratie britannique" mais "il semble que Boris Johnson tente de provoquer la Chambre des Communes pour qu'elle fasse quelque chose (par exemple en lançant un vote de défiance la semaine prochaine à son encontre) qui lui permette de déclencher une élection anticipée".


En réponse, une pétition a été signée plus d’un million de fois dans la nuit de jeudi à vendredi, dénonçant un "coup d’État" de la part de Boris Johnson. Samedi, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans une trentaine de villes (Londres, Manchester, Edimbourg ou Blefast) pour dénoncer cette décision contre démocratique prise par le Premier ministre.


Une course contre la montre


Hier, les députés ont repris leurs travaux au Parlement après la pause estivale. Leurs travaux seront levés entre le 9 et le 12 septembre. Ils n’ont alors que quelques jours pour bloquer le risque d’un "no-deal" pour le 31 octobre.

C’est donc en ce jour de rentrée pour les parlementaires que les députés ont bravés les menaces d’exclusion de Boris Johnson en votant une motion leur permettant de reprendre le contrôle de l’ordre du jour parlementaire. 328 voix contre 301, soit 27 voix de majorité: voici le résultat du vote des opposants à un Brexit sans accord.

Leur objectif reste clair, adopter, dans la journée, une loi obligeant le Premier ministre à repousser la date du Brexit au 31 janvier en l’absence d’accord avec Bruxelles le 19 octobre.


En réaction, Boris Johnson a immédiatement convoqué des élections anticipées pour le 14 octobre. Dès aujourd’hui, il déposera une motion en ce sens. Cette dernière devra être votée par deux tiers des députés, sans quoi le Premier ministre ne pourra pas les organiser. Alors que les Libéraux-démocrates ont appelé à voter contre, les Travaillistes estiment qu’ils ne soutiendraient pas le projet tant que la "loi anti-no deal" ne serait pas adoptée.

Plus tôt dans la journée, les députés rebelles du Parti conservateur avaient laissé Boris Johnson sans majorité absolue au Parlement en déplaçant le député Philipp Lee sur le banc des Libéraux-démocrates. Jusque-là, sa majorité tenait à une voix d’écart, notamment grâce au soutien de 10 députés DUP, le parti unioniste nord-irlandais.


Dernière minute: les députés ont adopté, en deuxième lecture, ce 4 septembre, le projet de loi anti "no-deal". Cette proposition de loi demande alors au gouvernement de réclamer à l'Union européenne, un report du Brexit au 31 janvier 2020 si aucun accord n'est trouvé entre les deux bords avant le 19 octobre.


Alors que le Premier ministre veut se débarrasser du "backstop", cette clause, non-négociable par Bruxelles qui permet d’éviter le rétablissement d’une frontière physique entre les deux Irlande, l’offensive législative des députés pourrait l’empêcher de continuer à menacer l’UE d’une sortie avec ou sans accord le 31 octobre.


"Il n’y aura pas de délai supplémentaire" a-t-il insisté lors d’une allocution, estimant que la "loi de capitulation" de Jeremy Corbyn reviendrait à "hisser le drapeau blanc" qui empêcherait, de fait, une nouvelle négociation.


Alors que le Premier ministre britannique et l'Union européenne s'oppose au sujet du "backstop" (filet de sécurité entre les deux Irlande), les négociations semblent au point mort. "A ce stade, je ne peux faire état d'aucune proposition concrète qui nous aurait été soumise [par le Royaume-Uni]" assure Mina Andreeva, porte-parole de la Commission européenne et que "Londres n’a même pas d’équipe de négociation" ajoute Philip Hammond.


Alors que les députés mènent une bataille sans fin contre le Premier ministre, afin d’éviter à tout prix un divorce sans accord, ces décisions ont des répercussions économiques. Hier, la livre sterling a atteint son niveau le plus bas depuis octobre 2016 en passant sous les 1,20 $ avant de repartir à la hausse. Il semblerait que toutes les négociations aient eu un impact négatif sur les marchés de changes en diminuant la confiance dans la devise.

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