• Margaux Liagre

Actualités : nouvelles révélations sur le sort des Ouïghours en Chine


Communauté minoritaire sunnite persécutée dans le nord-ouest de la Chine, les femmes Ouïghours seraient stérilisées de force par le Parti communiste chinois afin de réduire cette population.

Une femme ouïghoure tient un enfant dans ses bras, dans le Xinjiang, en 2016. Kevin Frayer— Getty Images

De nouvelles révélations, parues le 29 juin dans une étude d’Adrian Zenz révèlent les agissements des autorités chinoises pour tenter de contrôler, et de diminuer, la natalité ouïghoure. Une campagne systématique de contrôle des naissances dans le Xinjiang serait apparue dans le cadre d’une stratégie de domination ethno-raciale.


Des stérilisations forcées


Chercheur à la Jamestown Foundation, Adrian Zenz a analysé de nombreux documents officiels chinois en accès libre qui confirment, selon lui, cette stratégie politique. "Nos dernières recherches révèlent un régime draconien de limitation des naissances qui se manifeste par une chute drastique du taux de natalité et de croissance démographique naturelle dans cette région. Et ce qui est peut-être le plus choquant, c’est la stérilisation de masse en 2019 dans au moins deux départements. Entre 14 et 44% des femmes en âge de procréer ont été stérilisées. Celles qui contreviennent aux règles sont sévèrement punies par des amendes ou des internements. L’objectif fixé dans le Xinjiang est de contraindre jusqu’à 80% des femmes ouïghoures à poser un stérilet ou de se faire stériliser" explique-t-il dans son rapport.


Relayée par l'agence Associated Press, cette enquête est basée sur des statistiques gouvernementales, des documents d’État et des entretiens avec trente ex-détenus, membres de la famille et un ancien moniteur de camp de détention, arrive aux mêmes conclusions.


Selon les témoignages, certaines femmes sont contraintes à porter des dispositifs intra-utérins (DIU) servant de contraceptif. La stérilisation, voire l’avortement, sont imposés à des centaines de milliers de femmes de cette minorité musulmane. Dans l’ensemble du pays, l’utilisation des DIU et le recours à la stérilisation ont globalement diminué, alors qu'ils ont augmenté dans le Xinjiang.


Avoir "trop" d’enfants constitue même l’une des raisons principales pour lesquels les Ouïghours sont envoyés dans des camps de détention. Lors des descentes de polices à la recherche d’enfants cachés, les parents de trois enfants ou plus sont embarqués, à moins qu’ils ne puissent s’affranchir d’énormes amendes.


Une baisse contrastée du taux de natalité


Dans les villes à majorité ouïghoure, comme Hotan et Kachgar, le taux de natalité a diminué de 60% entre 2015 et 2018. Dans la région du Xinjiang, ce taux continue de chuter avec une baisse de 24% en 2019. Ces chiffres contrastent avec le reste du territoire : cette même année, le taux de natalité a baissé de 4,2% à l’échelle nationale.


Cette campagne de contrôle des naissances serait, donc, une manière pour l’État chinois de purger les Ouïghours de leur foi et de leur identité afin de les assimiler de force à la culture chinoise Han, dominante dans le pays.


"C'est un génocide, point final. Ce n'est pas un génocide de type immédiat, choquant, massacrant, mais c'est un génocide lent, douloureux et rampant" a estimé Joanne Smith Finley, chercheuse à l’Université de Newcastle, à Slate.

Face à ces révélations, l’Union européenne a demandé à Pékin d’autoriser l’accès de cette région du nord-ouest de la Chine à des observateurs indépendants. Si elles sont avérées, ces pratiques constitueraient de graves violations des droits de l’Homme. "Les stérilisations massives constituent un génocide selon une série de textes. Mais pour l'instant il s'agit d'un rapport et cela reste à confirmer" a déclaré Virginie Battu-Henriksson, porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.


Les États-Unis ont quant à eux appelé la Chine à "cesser immédiatement" de stériliser de force les musulmans ouïgour "dans le cadre de leur campagne de répression".


La persécution des Ouïghours, une histoire qui dure


Les Ouïghours constituent l’un des 56 groupes ethniques présents en Chine. Ce peuple turcophone à majorité musulmane chiite est, depuis 2014, persécuté par le gouvernement chinois et envoyé dans des camps d’internement. Près d’un million d’entre eux seraient enfermés aux mains des autorités chinoises.


Présentés par le gouvernement chinois comme des "programmes de formation professionnelle pour éradiquer la pauvreté et améliorer la stabilité sociale" dans la région, la réalité est toute autre. Entre sévices corporels et séance de propagande, les prisonniers sont formatés pour devenir de parfaits citoyens chinois. Le régime tente de gommer leur identité et leur culture.


Une enquête de février 2020, relayée par le député européen Raphaël Glucksmann révèle également un trafic d’organes visant la minorité musulmane. Appelés les "Halal organs" ils sont destinés à de riches musulmans en demande de transplantation, qui n’acceptent que des organes de donneurs musulmans, qui ne boivent pas d’alcool et ne mangent pas de porc.


Le gouvernement chinois a donc mis en place un vaste système de prélèvement forcé visant notamment les Ouïghours. "Sans leur consentement, le régime arrache des organes aux prisonniers pour les mettre à disposition de sa population ou les vendre à des étrangers" révèle Raphaël Glucksmann. À leur arrivée dans les camps, les prisonniers subissent des prélèvements sanguins, des collectes d’ADN et des tests de leurs organes. La Chine les transforme ainsi en "réserve" vivantes d’organes.


Alors qu’aux États-Unis, il faut près de trois ans et demi pour obtenir une greffe de rein quand le pays compte 145 millions de donneurs, en Chine seuls 12 jours sont nécessaires alors que 373 536 personnes sont enregistrées comme donneurs d’organes.


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