• Margaux Liagre

Actualités : où en est le conflit libyen ?


En Libye, le vent tourne et le maréchal Khalifa Haftar perd du terrain au profit des forces gouvernementales de Sarrej Al-Farraj. Haftar, protégé par l’Egypte a proposé un cessez-le-feu accompagné d’un plan de paix à plus long terme.


Les forces soutenues par le Gouvernement d’union nationale de Tripoli multiplient les victoires. (Photo AFP)

Samedi, les forces gouvernementales ont lancé une offensive sur la ville côtière de Syrte. Aux portes de la capitale, l’Armée nationale libyenne (ANL) apparaît aujourd’hui comme affaibli face aux forces d'Al-Sarraj.


Le 6 juin, les forces gouvernementales d’Al-Sarraj ont lancé une offensive pour reprendre la ville de Syrte, alors que le maréchal Haftar propose un cessez-le-feu dès le 8 juin. Syrte apparaît comme une ville-clé entre l’Est et l’Ouest du pays.En avril 2019, l’ANL avait lancé une offensive pour s’emparer de la capitale libyenne, siège du gouvernement d’Al-Sarraj et reconnu par les Nations unies. Mais le conflit a connu, ces derniers mois une implication croissante des puissances étrangères.


Internationalisation du conflit


Ce revirement de situation s’explique, principalement, par l’internationalisation de cet affrontement. C’est grâce au soutien des Émirats arabes unis et de la Russie que l’ANL d’Haftar avait pu gagner du terrain alors que le gouvernement de Tripoli était, lui, soutenu par la Turquie et le Qatar.


Depuis peu, la Turquie, soutien d’Al-Sarraj, est au centre de toutes les inquiétudes et pourrait menacer les équilibres en Méditerranée orientale : en cas de victoire des forces gouvernementales, Ankara en tirera un bénéfice qui inquiète ses rivaux nationaux. Avec des moyens humains et matériels considérables engagés dans cette offensive, la Turquie entend gagner davantage d’influence à Tripoli mais aussi gagner du terrain sur la question de l’accès aux réserves d’hydrocarbures en Méditerranée orientale.


Samedi 6 juin, se tenait au Caire une réunion entre le président du pays Al Sissi et le maréchal Haftar. Sans concertation avec le gouvernement d’union nationale (GNA) d’Al Sarraj, les deux hommes ont annoncé une initiative de paix et la signature d’un cessez-le-feu dès le 8 juin.


Fin mai déjà, alors que Haftar s’auto-attribuait les pleins pouvoirs lors d’une allocution télévisée, le président de la Chambre des représentants basé dans l’Est du pays, Aguilah Saleh proposait un plan pour sortir le pays de la division. La Russie et l’Égypte se tiennent prêts à négocier politiquement avec Tripoli via la personne d’Aguilah Saleh. Les Émirats arabes unis et les États-Unis ont aussitôt accepté la déclaration du président égyptien.


Le 3 juin déjà, grâce au soutien militaire truc, les forces du GNA s’étaient emparées de l’aéroport international de Tripoli, repris à l’ANL d’Haftar. C’est l’une des victoires les plus significatives pour les forces gouvernementales depuis la prise de la base aérienne d’Al-Watiya.


Des enjeux stratégiques


La France, timide soutien du maréchal Haftar mais alliée majeur des Émirats arabes unis s’est levée contre la Turquie. Paris estime que l’investissement considérable du président Erdogan en Libye créait une "pression stratégique" inacceptable sur l’Europe.


En février déjà, l’Hexagone avait fait envoyer le porte-avion Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale, avant qu’il soit touché par le Covid-19. Cette démonstration de force dirigée vers la Turquie intervient peu de temps après que des navires d’exploitation gaziers trucs avaient été repérés dans la zone économique de Chypre, pays membre de l’Union européenne.


Derrière le combat des chefs de guerre libyens, ce sont les enjeux de puissance qui se jouent en Méditerranée orientale. Les tensions sous-jacentes pourraient se transformer en crise majeure avec des risques d’escalade importants, si la Turquie continue de pousser son avantage.


Le 4 juin, le chef du GNA s’est rendu à Ankara pour rendre visite à son plus grand allié dans ce conflit : Recep Tayyip Erdogan. Refusant de s’asseoir à la table des négociations avec le chef de l’ANL, le président turc entend récolter les fruits de son investissement militaire (qui se résume à l'envoi de conseillers, d'armes et de drones et l'engagement de mercenaires syriens pour aider au combat). En décembre 2019, la Turquie a intensifié son soutien aux forces gouvernementales après avoir signé un pacte de coopération militaire assorti d’un accord de démarcation maritime.


Le pays s’arroge donc des droits de forages d’hydrocarbures dans la Méditerranée orientale, projet condamné par la Grèce, Chypre, l’Egypte, les Emirats arabes unis et la France, le jugeant illégal. Par cet accord, Ankara avait prévenu qu’elle allait mener, dès juillet, de nouvelles activités de forages, renforçant les tensions déjà existantes avec la Grèce.


Pour la Turquie, la Libye est un pays stratégique. En étendant son influence sur le territoire, le président Erdogan pourrait contrôler les deux principales portes de l'immigration mondiale vers l'Union européenne : la sienne et la libyenne. La Libye deviendrait, donc, un moyen de pression du président turc envers les autres pays.

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