• Margaux Liagre

Actualités : que se passe-t-il aux urgences ?


Depuis six mois, un mouvement de protestation s’est emparé de nombreux services d’urgence. Manque de personnel et de moyens, pénibilité au travail, retour sur ce mouvement qui a paralysé les hôpitaux français.


Les soignants des services d’urgence de plusieurs hôpitaux parisiens sont en grève, comme ici, à la Pitié-Salpêtrière, le 15 avril. KENZO TRIBOUILLARD / AFP

C’est le 18 mars 2019 qui marque le début du mouvement. À l’hôpital Saint Antoine, à Paris, plusieurs agressions envers des infirmières sont commises. Des agressions violentes, qui entraîneront, pour deux d’entre elles, une incapacité temporaire de travail. Commence alors une grève illimitée du service d’urgence de l’hôpital, soutenu par les syndicats CGT, FO et SUD.

"Depuis, ça se propage de manière importante dans le reste de la France er on pense que ça va continuer" estime à l’époque, Orianne Pluvet, membre du collectif Inter-urgences, créé pour l’occasion.

Les grévistes s’indignent alors du manque de personnel et de moyens face à l’augmentation constante du nombre de patients. Le service des urgences connaissait en effet 10 millions de passages en 1996, contre 21 millions aujourd’hui.


"On demande plus d’effectifs, 10 000 équivalents temps plein exactement, zéro hospitalisation sur des brancards, aucune fermeture de ligne de Samu ainsi qu’une prime de 300€ mensuels nets en reconnaissance de la pénibilité du travail" explique alors Caroline Lafarge, elle aussi membre du collectif.

En juin, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, assurait "comprendre l’impatience" des grévistes et du personnel hospitalier face à "un quotidien devenu insupportable". S’en sont alors suivis plusieurs mesures à court terme, pour calmer les tensions.

La ministre a ainsi annoncé une accélération de la rénovation des bâtiments vétustes des urgences, des crédits exceptionnels pour les services qui font face à une forte augmentation de leur activité, la généralisation d’une prime déjà existante et la création d’une prime de coopération pour les paramédicaux qui se verraient effectuer certaines tâches habituellement accomplies par les médecins.


D’autres dispositions, sur le long terme, feront partie de la loi Santé proposée par le gouvernement.

Cependant, il semblerait que ces mesures n’aient pas satisfait et beaucoup regrettent qu’il n’y ait "aucune mesure en matière de rémunération, d’effectifs, d’ouverture de lits". La mobilisation a donc continué, malgré l’intervention du gouvernement.


Grève des urgences, épisode 2


Alors que le mouvement touche aujourd’hui plus de la moitié, soit 249 des 534 services d’urgences publics, et que la protestation ne faiblit pas, de nouvelles mesures ont été annoncées par le gouvernement.

Lundi 9 septembre, Agnès Buzyn a promis de consacrer plus de 750 millions d’euros, entre 2019 et 2022 pour la "refondation des services d’urgences". Cette somme sera puisée dans des crédits existants et financera les douze mesures annoncées par la ministre.

La première et principale d’entre elles, consiste en la mise en place, sur tout le territoire français, d’un "service distant universel pour répondre, à toute heure, à la demande des soins des Français". Le SAS, service d’accès aux soins, sera en ligne, ou par téléphone et consistera en un service qui orientera vers des consultations en ville, des téléconsultations ou vers les urgences, avec, éventuellement, un envoi d’ambulance. Ce tri permettra de limiter les arrivées aux urgences, surtout lorsque l’on sait que 43 % des patients accueillis aux urgences pourraient être pris en charge dans un cabinet médical. Ce service, doté d’un budget de 340 millions d’euros, permettra aussi une meilleure prise en charge de tous les patients.


La ministre de la Santé a annoncé vouloir renforcer l’offre des consultations médicales sans rendez-vous, en ville, que ce soit en cabinets, en maisons médicales ou en centres de santé. Pour cela, 3 500 assistants médicaux seront déployés sur tout le territoire, de manière progressive dès septembre 2019. 50 nouvelles maisons médicales de garde seront aussi installées, principalement sur les territoires où les services d’urgences sont saturés.

Le Samu pourra ainsi conduire les patients vers des cabinets médicaux de villes plutôt qu’aux urgences, dans certains cas.

Les compétences vont également être élargies pour les professionnels non-médecins. Les pharmaciens pourront, par exemple, "renouveler" ou "adapter des ordonnances prescrites avec l’accord des médecins traitants". Les infirmiers formés en "pratiques avancées" pourront, eux, poser un premier diagnostic, réaliser une soudure ou encore prescrire des actes d’imagerie. Ils se verront aussi octroyer le droit de faire des suivis de routine ou de maladies chroniques, et "adapter les traitements" de certains patients.


Le financement des urgences a aussi été abordé par Agnès Buzyn. Ainsi, elles ne seront plus financées par le nombre de passages enregistrées, mais en fonction de la population que le service couvre (caractéristique socio-économique, offre médicale libérale sur le territoire) ainsi que sur des critères de qualité du service (temps d’attente, fluidité vers les autres services).

La ministre des Solidarités et de la Santé limitera le recours au travail intérimaire, très coûteux pour les hôpitaux, et a annoncé l’interdiction, pour un professionnel de santé, de cumuler plusieurs emplois dans le secteur public.

Pour finir, un "parcours dédié aux personnes âgées" sera mis en place, afin de leur éviter un passage aux urgences. Les seniors pourront être directement admis en service de soin afin de diminuer leur passage par le service des urgences. Pour cela, des équipes mobiles de gériatrie seront créées et un dispositif d’astreinte d’infirmières de nuit mutualitsées en Ehpad, sera généralisé.

Un discours qui ne convainc pas tout le monde


Interrogé par France info, Emmanuel Loeb, président de l’association Jeunes médecins, estime que le plan d’Agnès Buzyn "va utiliser les moyens alloués à l’hôpital, qui est déjà exsangue, pour permettre à un autre service de pouvoir fonctionner".

Les mesures sont, selon lui, une "campagne de communication à destination du grand public pour faire croire qu’on va donner des moyens aux urgences. [Ce sont des] mesures d’affichage dont on ne voit pas la concrétisation à moyen ou court terme [et ne] permettent pas de répondre à la crise d’ampleur qui concerne à la fois les urgences et l’hôpital dans son entièreté". Il soulève ainsi l’absence de mesure concernant l’ouverture de lit ou l’augmentation de salaire demandées par les manifestants.

Toutefois, certains s’interrogent pour savoir si une ouverture de lits réglerait la crise. Ainsi, dans un éditorial paru dans Les Échos, Étienne Lefebre explique que "25 % des patients dans ces services spécialisés pourraient ne pas passer la nuit à l’hôpital si la prise en charge de jour était mieux récompensée".


C’est pour cette raison que certains hôpitaux ont engagé un "gestionnaire de lits" qui fait le lien entre le services des urgences et les autres services. "Quand on a des situations un peu tendues aux urgences, du coup, on arrive à visualiser dans les heures ou dans les jours à venir, là où on va pouvoir trouver des solutions pour les patients qui sont en attente d’hospitalisation" explique Elise Bailly, infirmière et "bed manager" à l’hôpital de Rouen.


Le mouvement ne s’arrête pas pour autant et la grève est reconduite dès aujourd’hui, comme l’a annoncé le collectif Inter-urgences, estimant les mesures insuffisantes. La CFDT a, elle, appelé à une journée de mobilisation pour ce mercredi 11 septembre.

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