• Margaux Liagre

Actualités : rapatriement de dix enfants de djihadistes français


Dans la nuit du 21 au 22 juin, dix enfants de djihadistes français, jusqu’alors retenus dans un camp contrôlé par les Kurdes en Syrie, ont été rapatriés en France. Depuis mars 2019, 28 enfants ont été ramené sur le territoire national.


Une femme et son enfant dans le camp d'Al-Hol, en Syrie. AFP/Archives / Delil SOULEIMAN

Ces dix enfants de djihadistes français ont rejoint le territoire français après avoir vécu dans un camp de déplacés sous contrôle kurde en Syrie. Ce sont des mineurs, ils sont "orphelins ou cas humanitaires" et ils sont désormais aux mains des autorités françaises. Ils vont tout d’abord faire l’objet d’un suivi médical particulier avant d’être pris en charge par les services sociaux.


"Des orphelins ou cas humanitaires"


Le ministère des Affaires étrangères est resté très discret sur cette opération, ne révélant pas où les enfants ont atterri. D’après Abdel Karim Omar, responsable des Affaires étrangères au sein de l'administration autonome kurde, une délégation française s’est rendue à Qamishli pour récupérer les enfants. Paris a par la suite "remercié" l’administration semi-autonome kurde du nord-est de la Syrie pour sa coopération, soulignant avoir agi "au regard de la situation de ces jeunes enfants particulièrement vulnérables et dans le cadre des autorisations données par les responsables locaux".


Parmi ces enfants rapatriés, le plus jeune est âgé de deux ans. Trois d’entre eux ne sont pas orphelins mais leurs mères "ont accepté de les envoyer en France, en raison des conditions dans le camp" rapporte l’AFP. En France, c’est la doctrine du "cas par cas" qui prime : les orphelins de père et de mère peuvent être rapatriés mais pour les enfants dont un des parents est encore en vie, il faut leur autorisation.


Ce rapatriement porte à 28 le nombre d’enfants de djihadistes français rapatrié depuis mars 2019, date correspondant à l’effondrement de l’organisation État islamique (EI). Cinq avaient été rapatriés ce même mois, douze en juin 2019 et une fillette souffrant d’une malformation cardiaque en avril.


Au lendemain de cette opération, sept avocats ont publié une tribune publiée sur franceinfo pour le retour en France des enfants français retenus dans ces camps, avec leurs mères. "Tous ont vécu en zone de guerre avant de pénétrer dans ces camps gangrenés par la violence, la malnutrition, la maladie et la misère" précisent-ils. "Certains sont nés dans ces tentes, y ont fait leurs premiers pas, et ont prononcé leurs premiers mots dans ce sinistre décor que d’aucuns nomment un 'Guantanamo pour enfants" ajoutent les signataires de la tribune.


Pour justifier le rapatriement des mères avec celui des enfants, ils expliquent : "la figure maternelle est le seul repère que ces enfants connaissent ; leur unique refuge". Avant d’ajouter "le lien qui unit ces femmes et leurs enfants est éminemment fusionnel parce que marqué par la violence de leur environnement. Ensemble, ils ont connu le pire et sont confinés depuis des années dans un univers de quelques mètres carrés traversé par le froid, la canicule, la malnutrition et les maladies".


De nombreuses demandes de rapatriement


On estime aujourd’hui à 300 enfants de djihadistes français retenus dans les camps d’Al-Hol et de Roj au nord-est de la Syrie. Le collectif Familles unies, qui rassemble les proches de ces enfants dans l’Hexagone, estiment que "tous les enfants français vivant dans les camps en Syrie sont des cas humanitaires" et luttent pour leur rapatriement. Certains attendent depuis plus de deux ans précise le collectif.


Régulièrement, Familles unies demande aux autorités françaises d’organiser le rapatriement de ces enfants, ainsi que de leurs mères. Mais la France s’oppose à ramener les 150 adultes qu’elle estime complices de l’EI et dont elle souhaite le jugement sur place.


Les Kurdes, eux, affirment détenir environ 12 000 étrangers dans trois camps qu’ils contrôlent, 4 000 femmes et 8 000 enfants. Les autorités kurdes appellent régulièrement, elles aussi, les pays concernés à rapatrier leurs ressortissants, n’étant pas en mesure de les garder. En 2019, 517 personnes, dont 371 enfants sont mortes dans le camp d’Al-Hol, affirme l’AFP. Les États-Unis se joignent à cet appel, craignant des évasions et la dispersion des djihadistes.


Pour Bénédicte Jeannerod, la directrice France d’Human Rights Watch, "il est urgent que la France rapatrie les autres enfants" et "qu'au-delà, le retour de ses ressortissants, enfants et adultes, piégés dans le nord-est de la Syrie est la seule réponse viable face aux impératifs humanitaires, de justice, de droit international et de sécurité".


En septembre 2019 déjà, un avis de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) estimait que le refus de la France de rapatrier les enfants de djihadistes caractérisait "une violation manifeste des droits fondamentaux et une atteinte grave aux valeurs de la République". Entre mai et juillet 2019, la CNCDH avait appelé le Premier ministre à rapatrier au plus vite les mineurs français retenus en Syrie.


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