• Margaux Liagre

Actualités : rebondissements dans l’affaire Daphné Caruana


La semaine dernière, le Premier ministre maltais, Joseph Muscat a annoncé qu’il démissionnerait d’ici janvier. Cela constitue le troisième départ dans le gouvernement, potentiellement tous liés avec l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia.


Manifestation en hommage à Daphne Caruana Galizia, le 16 avril 2018 à La Valette. Photo Darrin Zammit Lupi. REUTERS

Une journaliste redoutée


Daphne Curuana, une journaliste d’investigation maltaise, est tuée le 16 octobre 2017 dans l’explosion d’une bombe déposée sous sa voiture. À 53 ans, elle alimentait un blog très populaire, Running commentary, sur lequel elle dénonçait des affaires de corruptions dans son pays.


Elle débute sa carrière en 1987 au Sunday Time of Malta, en écrivant, en parallèle des chroniques dans le Malta Independant. Daphne Caruana lancera ensuite son blog, l’un des plus suivi du pays, qui pouvait atteindre plus de 400 000 visites par jour.


Le magazine Politico la considérait comme l’une des 28 personnalités qui allaient compter en 2018.


C’est par des enquêtes et des commentaires politiques engagés que la journaliste s’est fait connaître, et craindre. Depuis l’ouverture de son blog et la publication de ses enquêtes, elle comptait beaucoup d’adversaires et était la proie à des poursuites judiciaires.


Mais Daphne Caruana s’est surtout révélée avec l'affaire des Panama Papers par le Consortium international du journalisme d’investigation. Bien qu’elle ait déjà publié plusieurs enquêtes embarrassantes pour le gouvernement de Joseph Muscat, c’est en avril 2017 qu’elle révèle que la femme du Premier ministre aurait perçu un million de dollars, versés par la fille du président d’Azerbaïdjan. Elle explique alors que l’argent aurait transité par l’intermédiaire d’une société, apparue au début de l’affaire des Panama Papers.


En représailles, le couple Muscat avait engagé des poursuites contre la journaliste, pour diffamation. Cette affaire avait conduit le Premier ministre à convoquer des élections législatives en juin de la même année, qu’il avait toutefois remportées.


Daphne Caruana s’était également intéressée aux leader de l’opposition. En représailles de ses articles accablants, ses comptes en banque avaient été gelés.


"Il y a des escrocs partout où l’on regarde. La situation est désespérée" peut-on lire à la dernière ligne de l’ultime article que la journaliste avait posté quelques heures avant sa mort.


Deux ans plus tard…


Le 27 novembre 2019, le gouvernement est rattrapé par l’enquête. Le ministre du tourisme Konrad Mizzi démissionne, ainsi que le chef de cabinet du Premier ministre, Keith Schembri. Le ministre de l’Économie, Cris Cordona décide, lui, de prendre congés de ses fonctions jusqu’à la fin de l’enquête.


Ces démissions "font suite à une série d’arrestations dans le cadre de la chasse aux commanditaires de l’assassinat de Caruana Galizia" selon le Guardian. En effet, la police aurait reçu des révélations d’un intermédiaire, sous couvert d’immunité qui aurait permis l’arrestation une semaine plus tôt de Yorgen Fenech. Ce milliardaire maltais, proche de Konrad Mizzi et de Keith Schembri, est considéré comme le principal suspect.


Yorgen Fenech a assuré aux enquêteurs avoir des preuves incriminantes envers le chef de cabinet de Joseph Muscat, avec qui il avait eu une conversation téléphonique peu avant son arrestation.


Les appels à la démission des membres du gouvernement ne cessent depuis. Plusieurs associations de journalistes comme Reporters sans frontière ou Transparence International sont inquiètes face aux déclarations de Joseph Muscat. "En se plaçant lui-même au centre de l’enquête, il agite le spectre d’une ingérence de l’exécutif dans l’investigation". L’ONG des droits de l’homme Aditus estime que le peuple maltais commencera à panser ses plaies une fois que le Premier ministre aura démissionné. Pour le vice Premier ministre, les dégâts causés par cette affaire sont "presque irréparables".


Le 1er décembre, nouveau rebondissement dans l’affaire qui secoue Malte, avec l’annonce de la démission prochaine de Joseph Muscat, poussé par la colère de la population et de la famille de la journaliste.


La famille de la journaliste l’a accusé d’intervenir dans l’enquête pour protéger Keith Schembri, son chef de cabinet, aussi proche de Yorgen Fenech. Pour la journaliste maltaise Diana Cacciotolo, c’est la fidélité sans concession du Premier ministre face à son chef de cabinet qui l’a mené à sa perte. "L’amitié qu’entretenait M. Muscat avec M. Schembri était presque fraternelle. Comme au sein d’une famille il a voulu le soutenir à tout prix. Au final, c’est cette relation qui a engendré la chute d’un leader populaire dont l’héritage est désormais en lambeaux" a-t-elle expliquée à la BBC.


Soupçonné d’ingérence dans l'enquête du meurtre de la journaliste, Joseph Muscat a précisé qu’il demanderait à son parti de commencer le processus d’élection pour choisir un nouveau chef du gouvernement le 12 janvier 2020. Malgré les réformes sociales et le bilan positif de son mandat, le Premier ministre se sera fait rattrapé par des affaires de corruption, qui ternissent son bilan.


Des détracteurs de Joseph Muscat le soupçonnent d’avoir obligé le gouvernement à refuser une mesure de grâce pour Yorgen Fenech en échange de "tout ce qu’il sait". Lors de son arrestation, ce dernier avait désigné M. Schembri comme étant le "véritable cerveau du complot d’assassinat".


Toutefois la famille de la journaliste ne se dit pas satisfaite et demande le départ immédiat du Premier ministre. Elle se dit prête à engager des poursuites pour que la police maltaise puisse être libre d’enquêter sur les liens présumés entre les membres de l’administration de Joseph Muscat et ceux qui ont commandité le meurtre.

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