• Margaux Liagre

Actualités : retour sur 5 ans de guerre au Yémen


Alors que le pays fêtait son triste cinquième anniversaire de l’intervention saoudienne au Yémen, des frappes aériennes ont touché la capitale, Sanaa. L’ONU a immédiatement appelé à un cessez-le-feu immédiat et global.


Une fillette yéménite dans la province de Hajjah au nord-ouest du Yémen, le 3 août 2019 • Crédits : Essa Ahmed - AFP

La guerre au Yémen oppose les rebelles yéménites chiites Houthis à une coalition de pays arabes menée par l’Arabie saoudite. Initialement ce conflit est tribal et interne au pays, où la forte minorité chiite yéménite (40% de sa population), estimait être mise à l’écart de la vie politique et économique du pays. Des conflits éclatent, mais restent mineurs. L’enjeu est devenu régional en 2009 après que les rebelles ont gagné du terrain, notamment le long de la frontière avec l’Arabie saoudite. L’armée saoudienne effectue alors ses premières frappes aériennes au Yémen.


En 2011, dans la continuité des printemps arabes, le pays connaîtra une série de mouvements populaires. Les rebelles boudhistes se joignent également à la contestation. Alors que le président, Ali Abdallah Saleh est contraint de céder le pouvoir, Al Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) profite de ce chaos politique pour étendre son influence. Trois ans plus tard, l’institution chargée du dialogue nationale préconise de transformer le pays en État fédéral avec six provinces. Les Houthis refusent, estimant que leur condition d’avoir une région qui leur est propre avec un accès à la mer, n’est pas respectée. Les offensives reprennent.


En 2015, le président Abd Rabo Mansour Hadi se réfugie en Arabie Saoudite. La coalition arabe menée par le pays et soutenue par les États-Unis bombarde le palais présidentiel déserté, l’aéroport international de Sanaa, une base militaire ainsi que le bureau politique des rebelles.


"La pire crise humanitaire dans le monde"


"La pire crise humanitaire dans le monde", c’est ainsi que le secrétaire général des Nations Unies qualifiait le conflit au Yémen en 2017. La guerre au Yémen c’est plus de trois millions de déplacés, 20 000 victimes civiles dont plus de 2 000 enfants. Selon Handicap International, 80% de la population (soit 24 millions de personnes) ont besoin d’une aide humanitaire, 20 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, dont 2,1 millions souffrent de malnutrition aigüe et 18 millions ont des difficultés pour accéder à l’eau potable. Le choléra, la diphtérie ou la dengue ont tué près d’1,2 million de mineurs sur ces trois dernières années.


Plusieurs ONG dénoncent "une guerre alimentée en continue par les armes vendues en violation du traité sur le commerce des armes, principalement par l’Allemagne, la Belgique, le Canada, les États-Unis, La France, l’Italie et l’Espagne" précise l’ONG française ASER (action sécurité éthique républicaine). Selon eux, "entre 2015 et 2018, les gouvernements de l’Union européenne (UE) ont ainsi autorisé des transferts d’armes pour plus de 95 milliards d’euros à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis".


Qu’en est-il de la guerre aujourd’hui ?


En cinq ans, la communauté internationale et les acteurs locaux ont menées plusieurs tentatives de règlement du conflit, qui ont toutes échouées. Bien qu’une trêve des combats soit décrétée en 2018 grâce à l'accord de Stockholm, celle-ci ne concerne que la province d’Hodeida, un port primordial du pays sur la Mer Rouge. Ailleurs, les combats se poursuivent.


En 2019, un axe de négociation semble se dessiner entre les rebelles Houthis et l’Arabie Saoudite, sans finalement donner lieu à une avancée significative. L’enlisement du conflit a amené les Émirats arabes unis, proches de l’Arabie saoudite, à se retirer partiellement du Yémen. Depuis cette année-là, les Houthis multiplient les attaquent sur le sol saoudien. En septembre, les rebelles revendiquent l’attaque contre les installations pétrolières de Saudi Aramco, poussant le géant pétrolier à réduire momentanément de moitié sa production d’or noir.


Cinq ans après le début du conflit, la coalition saoudienne a mené plusieurs frappes aériennes le 30 mars, sur Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les rebelles houthis. L’opération a visé des sites de stockage, d’assemblage et d’installation de missiles balistiques et de drones selon un communiqué de l’agence de presse officielle saoudienne. Cette offensive ciblée intervient quelques jours après que les forces de défense aérienne aérienne saoudiennes ont intercepté deux missiles balistiques lancés par les Houthis dans le ciel de Ryad et de Jazan, ville du sud-ouest de l'Arabie saoudite, proche du Yémen.


Alors que l’ONU appelle à un cessez-le-feu, la communauté internationale s’inquiète de la menace potentiellement dévastatrice du coronavirus dans le pays. Aucun cas officiel de Covid-19 n’a, pour le moment, était recensé dans le pays.

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