• Margaux Liagre

Actualités : spectre d’une deuxième vague en Inde

Alors que le pays pensait que le plus gros de l’épisode du coronavirus était derrière lui, l’Inde se voit reconfiner certaines agglomérations pour répondre à une augmentation des cas de Covid-19.


Un millier de nouveaux cas de contamination sont enregistrés chaque jour à New Delhi @Punit PARANJPE / AFP

15 millions de personnes sont à nouveau appelé à rester chez elles jusqu’à la fin du mois pour tenter de freiner la propagation du virus dans l’Etat du Tanil Nadu au sud du pays. C’est toute l’agglomération de Chennai qui est victime d’une progression inquiétante de l’épidémie qui préoccupe les autorités.


Les hôpitaux dépassés


À New Delhi aussi, le virus progresse fortement. Les autorités s’attendent à voir le nombre de cas doubler durant les deux prochaines semaines, pour dépasser les 100 000 cas de contamination dans la ville après l’ouverture des frontières régionales. La capitale indienne compte à elle seule 41 000 cas, soit près de 12% des infections du pays.


Beaucoup de citoyens se sont vus refusé aux portes des hôpitaux, surchargés. Le manque de lits complique la tâche des autorités qui abandonnent la population, sans ressource pour lutter contre le virus. Les tests manquent aussi. Beaucoup meurent du Covid-19, sans même avoir été diagnostiqués.


Pour le moment, New Delhi compte seulement 9 828 lits dédiés au coronavirus, mais le gouvernement régional à d’ores et déjà réquisitionné les hôtels de luxe et 500 wagons de train pour abriter les malades du Covid-19. Cette solution permettrait de créer 8 000 lits supplémentaires. Les salles de mariages, les hôtels et un centre d’exposition devraient également offrir la possibilité d’ouvrir plus de lits. En tout, c’est plus de 26 000 lits qui pourraient voir le jour dans la capitale pour permettre d’accueillir chaque patient atteint du virus.


Les lits ne sont pas les seuls obstacles à la maîtrise de la pandémie. Le personnel manque aussi drastiquement. Au Lok Nayak Jai Prakash (LNJP), le plus grand hôpital de la capital dédié à la gestion de coronavirus, seuls 40% des 2 000 lits "Covid" sont occupés. "Nous avons surtout besoin de personnel" reconnaît Ritu Saxena, la coordinatrice de l’hôpital pour la pandémie, à RFI. "Car habituellement, les familles des patients sont présentes pour s’occuper de leurs besoins quotidiens, mais maintenant on ne peut pas les laisser entrer, donc nous devons nous occuper de tout. Pour l’instant la situation est sous contrôle, mais cela peut vite changer si des milliers arrivent chaque jour, comme certains l’évoquent" ajoute-elle.


Les 2 300 docteurs et infirmiers permanents du LNJP ne suffisent plus pour assurer le soin de tous les patients. Le fait de devoir changer plus régulièrement les bonbonnes d’oxygène, par exemple, réduit la capacité de traitement et d’hospitalisation de l’établissement.


Un virus qui a frappé de plein fouet le pays


Mi-mai, l’Inde comptait près de 17 000 cas confirmés et la mégalopole de Bombay apparaissait de loin comme la région la plus touchée par le virus. Considéré jusqu’alors comme une "exception indienne" au vu du faible nombre de cas face à sa population, cette situation semble désormais révolue.


Début juin, le pays avait largement assoupli ses restrictions mises en place pour lutter contre le Covid-19, qui ne cesse de progresser en Inde. Au 16 juin, le pays est le quatrième le plus touché par le coronavirus, faisant état de plus de 332 000 cas et 9 520 morts.


Mais, contrairement aux pays européens, le nombre de morts ne faiblit pas, bien au contraire. 10 000 nouveaux cas sont annoncés quotidiennement. La capitale s’attend à une multiplication par vingt du nombre de cas d’ici la fin du mois de juillet.


Certains chercheurs tentent d’expliquer ce pic de cas alors que le pays est confiné depuis fin mars. Yves-Marie Rault Chodankar explique au Parisien la nécessité de "prendre les données officielles avec des pincettes. [Elles] ne reflètent pas la réalité. On teste 60 000 personnes par jour dans un pays d’1,3 milliard d’habitants, c’est très faible".


D’autres chercheurs avancent aussi l’hypothèse du retour des travailleurs des grandes villes vers les zones rurales, transportant, avec eux, le virus. Au nord-est du pays, 70% des personnes infectées par le Covid-19 sont des urbains contraints de rentrer à la campagne. Sans contrat ni filet de sécurité en ville, ces citoyens se rattachent à la protection que leur offre leur famille, généralement en zone rurale.


La densité de la population est un autre facteur qui peut expliquer la forte présence du virus dans le pays. Dans les villes, et particulièrement dans les bidonvilles, les habitants éprouvent plus de difficultés à se confiner, laissant le coronavirus circuler plus facilement. Les problèmes d’hygiène et le manque d’accès à l’eau n’arrangent rien.


Le confinement indien n’est pas comparable avec celui imposé en France, donc. "Les gens vivent davantage à l’extérieur, explique Yves-Marie Rault Chodankar. Les plus précaires ne peuvent pas rester dans leur logement insalubre, qui leur sert juste de lieu de repos" ajoute-il. "Chez les classes moyennes, les appartements sont très ouverts sur le voisinage. Le palier est un espace de vie à part entière, c'est culturel. Rien que pour les courses, beaucoup d'Indiens les font au jour le jour, car ils n'ont pas les moyens de conserver les produits au frais" précise le chercheur.


Depuis le déconfinement initié le 8 juin, la population a très rapidement repris ses habitudes et fréquenté des zones où le virus circule activement, au risque de raviver sa propagation. Sur les réseaux sociaux, de nombreux habitants de la capitale ont appelé à un reconfinement à travers le #RelockDelhi.

7 vues0 commentaire