• Margaux Liagre

Actualités : un cessez-le-feu en Syrie, nouvel espoir ?


Le 5 mars, à Moscou, était signé un cessez-le-feu entre Moscou et Ankara concernant la situation à Idlib, en Syrie. Malgré sa fragilité, cette étape constitue une avancée qui calmera, un temps, les tensions entre les deux puissances.


Le président turc Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine@ LA PRESSE CANADIENNE / PAVEL GOLOVKIN

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan étaient réunis jeudi 5 mars au Kremlin avant de s’accorder sur un cessez-le-feu dans le nord-ouest de la Syrie. C’est le résultat de longues heures de négociations entre les deux dirigeants, dont plusieurs en tête-à-tête. Il vise à endiguer la situation qui permet au régime syrien, appuyé par Moscou, de mener une offensive pour reprendre la province d’Idleb, depuis début décembre. Des attaques à l’aveugle et la destruction des infrastructures civiles, y compris sanitaires n’ont pas cessé dans cet ultime bastion de rebelles pro-turcs et de djihadistes dans le nord-ouest du pays.


Ce cessez-le-feu arrive quelques jours après une attaque du régime de Bachar al-Assad, qui a fait plus de 30 morts côté turc. Le régime syrien, soutenu par Vladimir Poutine ne fait que compliquer la situation pour les deux leaders. C’est suite à cette attaque que la Turquie avait décidé d’ouvrir ses frontières pour permettre aux réfugiés syrien sur son territoire de rejoindre l’Europe.


Cette attaque a fait naître la crainte d’un conflit militaire direct entre la Turquie et la Russie. Mais la rencontre entre les deux dirigeants a été capitale afin de trouver un terrain d’entente. Pour Vladimir Poutine, cet accord devrait servir de base à la fin des combats militaires dans la zone d’Idleb et "mettra fin aux souffrances de la population civile".


L’un des objectifs principal de cet accord pour Ankara est d’éviter l’arrivée de nouveaux réfugiés syriens car le pays en accueille déjà plus de 3,6 millions. De son côté, Vladimir Poutine doit trouver un moyen de continuer à soutenir le régime syrien de Bachar al-Assad, sans se défaire de son nouvel allié turc.


Un cessez-le-feu durable ?


Ce cessez-le-feu a pris effet le lendemain, le 6 mars à minuit. Il impose la mise en place d’un corridor de douze kilomètres de large le long d’une route qui traverse la région d’est en ouest. C’est là que patrouilleront les forces russes et turques dès le 15 mars.


Mais la fragilité de cette déclaration questionne. Jusqu’à quand le cessez-le-feu va-t-il tenir ? Ce dernier se traduit essentiellement par une sorte de capitulation turque. Il permet aux forces syriennes de conserver les territoires acquis grâce à leur offensives des trois derniers mois sur Idleb, l’un des derniers bastions rebelles, soutenu par Ankara. L’Union européenne a, quant à elle, salué le "signe de bonne volonté" dont ont fait part les deux pays, tout en émettant une certaine retenue. "Voyons maintenant comment ça marche" a expliqué Josep Borrell, haut-commissaire aux affaires étrangères à l’UE.


Les précédents accords, comme l’accord sur l’arrêt provisoire des combats dans la zone en 2018, avaient montré leurs limites. Le quotidien allemand Die Welt estime donc que "ce dont Poutine et Erdogan sont convenus au Kremlin, c’est d’un cessez-le-feu sur un cessez-le-feu existant - auquel personne ne se conforme".


Ce nouvel accord n’apparaît donc pas comme une réelle solution, encore moins une solution durable. "C’est un gel temporaire du conflit" pour Galip Dalay, un spécialiste de la Turquie. De plus, que cet accord a été signé sans la Syrie, le principal concerné par le conflit. En réponse à cela, Bachar al-Assad risque de vouloir saboter ce qu’il considère comme une solution qui ne prend pas en compte son aspiration à "libérer chaque mètre carré du sol syrien de la domination des terroristes". En laissant l’armée turque s’en prendre à la population syrienne d’Idleb, l’allié russe de Bachar al-Assad lui a montré son pouvoir et sa force dans la région.


Un enjeu humanitaire majeur


Le dirigeant syrien apparaît comme impuissant dans son propre pays. L’Union européenne, non plus, n’a pas son mot a dire et est réduite au simple rôle de spectateur. Elle a pour autant annoncé une aide humanitaire de 60 millions d’euros pour aider les populations civiles de la région du nord-ouest de la Syrie. Pour l’UE, ce cessez-le-feu est une "condition préalable pour apporter plus d’aide humanitaire à la population d’Idleb". L’union devra, selon Josep Borrell, concentrer ses effort sur l’aspect "humanitaire".


C’est avec cet objectif là que l’Union européenne a demandé à la Russie et la Turquie de "garantir la protection des civils au sol et dans les airs" en demandant l’arrêt des bombardement en soutien de l’offensive lancée par le régime syrien dans la région. L’UE demande également la possibilité de faire parvenir une aide humanitaire "sans entraves".

Cette offensive à déjà provoqué le déplacement de 900 000 personnes, dont une partie vers la Turquie, aujourd’hui dépassée par le nombre important de réfugiés syriens qui viennent fuir les bombardements.

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