• Margaux Liagre

Décryptage : Ebola décrété "urgence" sanitaire mondiale par l’OMS


C’est une épidémie qui touche la République démocratique du Congo depuis le 1er août 2018. Elle a déjà fait 1 676 victimes et le 17 juillet, l’OMS l’a déclaré comme "urgence" sanitaire mondiale.


Vaccination contre Ebola à Mangina dans la province du Nord-Kivu. Photo prise le 18 août 2018/REUTERS/Olivia Acland

Qu’est ce que le virus Ebola ?


Apparu en 1976 en République démocratique du Congo, ce virus a pris le nom de la rivière au Nord du pays où la première épidémie s’est déclarée. En 43 ans, plusieurs épidémies se sont déclarées dans plusieurs pays, faisant au total près de 15 000 victimes.

Ce virus circule parmi les chauve-souris, sans qu’elles ne développent la maladie. Ces dernières contaminent ensuite les antilopes, grands singes et porcs-épics qui le transmettent alors à l’Homme.

Entre les Hommes, le virus se transmet, lors d’une épidémie, par des contacts directs ou étroits, mais seulement par les fluides corporels du malade (sang, vomissures, matière fécale). Contrairement à la grippe par exemple, Ebola ne se propage pas par voix aérienne.

Après une période d’incubation de 2 à 21 jours (moyenne de 5 jours), le virus se manifeste chez l’Homme par de violentes fièvres, une faiblesse intense des douleurs musculaires et articulaires, des maux de tête et de gorge et éventuellement des hémorragies.

Malgré les nombreuses victimes, le virus d’Ebla reste moins contagieux que les autres maladies virales. C’est son "taux de létalité" qui rend la maladie plus redoutable : Ebola tue environ la moitié des personnes qu’il atteint, selon l’OMS.


Il n’y a pas de traitement ni de vaccin officiels pour lutter contre ce virus. Certaines pistes sont toutefois déjà concluantes et un essai de grande ampleur a eu lieu en Guinée en 2015. Un vaccin s’est révélé très protecteur contre une des cinq souches du virus. Il est actuellement utilisé en RDC pour lutter contre l’épidémie en cours.

"Urgence" sanitaire mondiale


Le 17 juillet, soit presque un an après le début de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la Santé à déclarée cette dernière comme une "urgence" sanitaire mondiale. Le directeur général de l’organisation, Tedros Adhanom estime "qu’il était temps pour le monde de prendre acte" de l’épidémie.


Carte des principales zones épidémiques d'Ebola en RDC /AFP

Cette décision a été prise suite à la découverte d’un cas mortel à Goma, la deuxième ville du pays, qui abrite plus de 2 millions d’habitants, frontalière avec le Rwanda. Deux autres cas avaient été signalés en Ouganda.

La mesure d’urgence sanitaire mondiale n’a été décrétée que quatre fois par l’organisation : lors de l’épidémie de grippe H1N1 en 2009, de la poliomyélite en 2014, de la plus grande épidémie d’Ebla en 2014 qui avait fait plus de 11 300 morts et lors de l’épidémie du virus Zika en 2016.

Cette décision indique que la situation est "grave, soudaine, inhabituelle ou inattendue" avec des conséquences sanitaires qui iront au-delà "des frontières nationales de l’État touché", pouvant amener à une éventuelle "action internationale immédiate".


Il s’agit "d’une mesure pour reconnaître les risques potentiels au niveau local et régional et la nécessité d’une action intensifiée et coordonnée pour y faire face" selon Rober Steffen, chef du comité d’urgence à l’OMS.

Toutefois, il rappelle "qu’il est crucial que les États n’utilisent pas le statut d’urgence mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements qui auraient un impact négatif sur la réponse [sanitaire] et sur la vie de la population dans la région".

Malgré les alertes et les mesures de prévention, l’OMS se veut rassurante et précise que l’épidémie reste une menace régionale plutôt qu’internationale. "Le risque de dissémination d’Ebla dans la région reste élevé, mais il reste faible en dehors" ajoute Tedros Adhanom. C’est pour cette raison que le pays n’a pas fermé ses frontières. "Il est essentiel d’éviter les conséquences économiques punitives avec des restrictions sur les voyages et le commerce pour les communautés affectées" rajoute-t-il.

Un vaccin mitigé


Un vaccin expérimental est actuellement testé afin d’éradiquer cette épidémie. Toutefois il est, selon l’OMS encore peu démocratisé à cause d’une méfiance de la part des populations et d’un contexte politique tendu qui empêche l’action de l’organisation. Début mars, Médecins sans frontière a dû retirer ses équipes de Beni et Butembo, principaux foyers due l’épidémie, suite à des attaques armées contre des centres de traitement d’Ebola.

En plus de ces difficultés, l’OMS a évoqué une pénurie du vaccin utilisé, et demande des efforts aux États et aux laboratoires pour éradiquer la deuxième pénurie la plus grave après celle de 2014-2016. L’obstacle de la conservation des vaccins s’ajoute à cela : les vaccins doivent être maintenus à -60°C lors de leur transport depuis Kinshasa.

Les experts du comité d’urgence ont fait part de leur "déception au sujet des retards dans le financement" de l’aide.

Selon Médecins sans frontière," la population ont compris l’utilité du vaccin et demande a y avoir accès". Toutefois, l’ONG affirme que, les 600 000 vaccins annoncé par l’OMS seraient approvisionnés au compte-goutte dans les zones concernées. Le stock sur place est régulièrement inférieur à 1 000 vaccins, ce qui retarde l’éradication de l’épidémie. "Aujourd’hui, avec une cinquantaine de personnes vaccinées autour d’un cas confirmé, on peut estimer qu’environ 1/4 à 1/3 des personnes à risques sont vaccinées". D’autres vaccins devraient être testés en zone épidémique pour contrer l’expansion éventuelle de l’épidémie et pour avoir un choix plus large de traitement.

Une méthode remise en doute


L’ONG Médecins sans frontière estime que "nous devons changer de méthode" dans le lutte contre Ebola. En 2014, pour éradiquer le virus, le protocole à suivre était d’isoler le patient contaminer et de le traiter sans vaccin ou traitement adéquat. Toutefois elle précise que "les vaccins et traitements expérimentaux aident les personnes à se protéger individuellement et d’avoir accès à des traitements prometteurs".

Mais l’approche doit être accentuée, car vacciner toutes les personnes ayant été en contact avec un cas d’infection à virus Ebola, et tous leurs contacts, est une méthode longue, difficile et peu adaptée à l’insécurité qui sévit au Nord du pays. Le nombre de vaccinés est, selon MSF, trop faible pour endiguer l’épidémie.

"Dans un contexte où la recherche des contacts n’est pas totalement efficace et où toutes les personnes affectées ne sont pas atteintes, une approche de plus grande envergure est indispensable pour la prévention de l’épidémie".

Selon l’ONG, cette épidémie n’est "pas maîtrisée", on compte encore entre 75 et 100 nouveaux cas par semaine. Selon Isabelle Defourny, directrice des opérations à Médecins sans frontière, "il est très difficile de retracer précisément les chaînes de transmission de cette épidémie".

Toutefois, au début de l’épidémie, la plupart des proches des personnes contaminées avaient été vaccinées et suivies régulièrement. "C’est la première fois qu’une vaccination à cette échelle est mise en place et c’est un élément très positif" se réjouit l’ONG.

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