• Margaux Liagre

Décryptage : fin du feuilleton municipal à Marseille


Michèle Rubirola a, finalement, été élue maire de la cité phocéenne, ce samedi 4 juillet. Après de nombreux rebondissements, un deuxième tour indéterminé et une démission, Jean-Claude Gaudin a enfin un successeur après 25 ans de règne. Et pour la première fois, c’est une femme qui fait passer la ville à gauche.


Michèle Rubirola entourée de ses soutiens et colistiers ©CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

C’est une saison qui n’en finissait plus à Marseille. Alors que le 28 juin, Michèle Rubirola du Printemps marseillais arrivait largement en tête, en nombre de voix, face à la LR Martine Vassal, avec 39,90% contre 29,80%. Mais en nombre de sièges, les deux prétendantes à la mairie de la cité phocéenne étaient au coude à coude : 42 pour Mme Rubirola contre 39 pour l'héritière de Jean-Claude Gaudin. Or, pour être élu, il est nécessaire d’obtenir une majorité de 51 sièges au conseil municipal.


Les huit sièges de Samia Ghali ont fait l’objet de toutes les convoitises. L’ex-PS, fâchée avec le Printemps marseillais qui avait décidé de laisser son candidat en place pour le second tour dans son secteur, acceptait de donner ses voix au parti, sous conditions. Seulement si la chef de file de l’union de gauche la nommait première adjointe. Michèle Rubirola a refusé ce "chantage". Retour sur les derniers rebondissements de ce feuilleton.


Rebondissements en cascade


Coup de théâtre. Jeudi 2 juillet, Martine Vassal a annoncé ne plus briguer la mairie de Marseille, laissant la place au LR Guy Teissier. Fragilisée dans sa campagne par une affaire de soupçons de fraude aux procurations, celle qui était considérée comme l’héritière de Jean-Claude Gaudin a décidé de jeter l’éponge. "J’ai fait le choix du consensus" a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse, avant d’annoncer que ce serait le député Guy Teissier qui briguerait la mairie à sa place, le 4 juillet.


Mais c’est un choix avant tout stratégique, pour la droite, de placer Guy Teissier pour briguer la mairie. Car, en vertu de la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille) l’élection du maire se fait lors du premier conseil municipal de la mandature, lors d’un vote à la majorité absolue aux deux premiers tous, puis à la majorité qualifiée au troisième tour. Mais, en cas d’égalité lors de ce dernier tour, c’est le doyen en âge qui est élu. Guy Teissier, 75 ans, devient donc un atout pour la droite marseillaise, face aux 63 ans de Michèle Rubirola.


Grâce à ce changement de chef de file, la droite a pu recueillir les trois voix de Bruno Gilles, dissident LR qui refusait d’accorder ses sièges à Martine Vassal. LR et le Printemps marseillais se retrouvent donc à égalité avec 42 sièges chacun.


Mais un autre candidat Les Républicains a annoncé sa candidature. Lionel Royer-Perrault, réélu le 28 juin à la mairie des 9e et 10e arrondissements de la ville a déclaré : "Je sais qu'il y a des ententes en cours avec le Front national et je ne peux pas m'inscrire dans une stratégie d'alliance avec le Front national". Cette décision vient donc renforcer l’importance des neuf sièges du Rassemblement national et ceux de Samia Ghali.


Face à une droite qui se déchire, Christian Jacob a demandé "à tout le monde" de se rassembler, soulignant qu’il n’est "pas question de faire d’alliance avec le Rassemblement national, pas plus qu’avec la France insoumise".


Jour de vote


Le 4 juillet, en fin de matinée, la chef de file des Printemps marseillais, Michèle Rubirola arrivait en tête du premier tour de vote, sans obtenir la majorité absolue nécessaire pour être élue maire. Un deuxième tour s’est donc organisé entre Michèle Rubirola, Guy Teissier et Samia Ghali.


Peu après l’ouverture de la séance, le Rassemblement national a décidé de ne présenter aucun candidat et de ne pas pas participer au vote. Stéphane Ravier et ses neuf élus ont déclaré : "Nous ne présenterons pas de candidat, nous ne participerons pas au vote (…), nous laissons les magouilleurs, les marchands de tapis et ceux qui confisquent la démocratie, nous vous laissons entre vous" avant de claquer la porte de l’hémicycle. Ce retrait fait aussi redescendre la majorité absolue au sein du conseil municipal de 51 à 46 sièges.


Le sénateur RN a directement visé Samia Ghali, estimant que "la ville de Marseille est prise en otage par une élue qui ne représente que 2,89 % des Marseillais". Après le départ du parti d’extrême droite, et le renoncement du candidat LR Lionel Royer-Perraut, plus que trois candidats sont en lice pour remporter la mairie de la cité phocéenne. Un autre rebondissement a perturbé ce premier conseil municipal, la dissidente LR Lisette Narducci, inscrite sur les listes de Bruno Gilles a décidé de rejoindre Samia Ghali, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour la droite.


Après plus de deux heures et demie de suspension (et de négociations entre Samia Ghali et le Printemps marseillais), le conseil municipal se rassemble à nouveau pour le second tour. À la surprise générale, Samia Ghali retire sa candidature et apporte finalement son soutien à Michèle Rubirola, ce qui lui permet d’être élue à la majorité absolue au second tour de vote. Elle devient la première femme à diriger la ville avec 51 voix, contre 41 pour son adversaire de droite, Guy Tessier.


Les premiers mots de la nouvelle édile sont empruntés à Blaise Cendrars : "« Marseille appartient à qui vient du large ». Je ne sais pas si le Printemps marseillais vient du large, mais je sais qu’il vient de loin".

19 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

© 2018. Tous droits réservés

    • Twitter - Black Circle
    • Instagram - Black Circle
    This site was designed with the
    .com
    website builder. Create your website today.
    Start Now