• Margaux Liagre

Décryptage : l’industrie du textile, une menace pour le climat

La mode fait partie intégrante de notre vie. Notre garde-robe déborde et tout moyen est bon pour acheter le dernier t-shirt à la mode. Mais ces achats ont un coût, autre que financier.


Alors que des magasins de vêtements surgissent à chaque coin de rue, l’industrie de la mode est de plus en plus décriée. Entre les matériaux utilisés, la production polluante et les travailleurs sous-payés, de plus en plus de marques mettent en avant leur engagement face à ce phénomène.


Pollution des cours d'eau suite aux rejets des usines de textile.

Une industrie très polluante


Le secteur du textile est l’un des plus émetteurs de Co2. Il représente 8% des émissions mondiales, comme l’a rappelé Emmanuel Macron dans un entretien avec Konbini. "Vous prenez toutes les émissions faites par les vols internationaux, donc l’aviation, plus toutes les émissions qui sont faites par le transport maritime; cela reste en dessous de ce qu’on fait pour le textile, explique-t-il. Donc s’attaquer aux émissions de Co2 liées au secteur textile, c’est essentiel".

De plus, c’est la deuxième industrie la plus polluante après le pétrole. Un rapport Greenpeace estime que 70% des cours d’eau en Chine sont pollués à cause de ce secteur. De plus, l’ONG a constaté des substances chimiques et nocives rejetées dans les cours d’eau par les usines, rendant l’eau toxique pour l’environnement et les habitants aux alentours.

"L’eau est évacuée par les usines de teinture […] chaque fois sa couleur est différente. J’ai vu toutes les couleurs inimaginables" raconte Rien Shan, un travailleur du Guizhou.


Ce même rapport de l’ONG affirme que les taux de pollution sont anormalement élevés. Ils annoncent aussi avoir trouvé des traces de cinq métaux lourds, dans des quantités bien supérieures aux normes autorisées. Les cours d’eau se situaient aux alentours de Xintang, surnommée la "capitale du jean" et Guvao, une ville industrielle où 80% de l’économie est due à la production de sous-vêtements.

Bien que la coloration aux métaux lourds soit interdite en Europe, il y a cependant très peu de contrôle quand il s’agit de produits importés. Ces métaux contaminent les vêtements et les résidus toxiques polluent l’air, les sols et les eaux à la sortie des usines, tout en augmentant le risque de maladies et de cancer des travailleurs et des habitants des environs.

"Tout le monde dit que les gens qui travaillent dans la teinture et le délavages ont des problèmes de reproduction et de fertilité" rapporte Lin Zhixin, un travailleur du Sichuan (Chine).

Les traitements utilisés, tels que les ethoxylates de nonyphénoles sont présents dans 2/3 des vêtements neufs analysés par Greenpeace. Ces perturbateurs endocriniens, toxiques pour les organes reproducteurs, sont libérés lors des lavages et contaminent potentiellement le milieu aquatique, et donc, par conséquent, notre organisme.


Le coton reste aussi un problème majeur, car c’est l’une des production les plus polluantes au monde. Elle ne couvre que 2,5% des surfaces cultivées mais absorbe 25% des insecticides et 10% des herbicides, selon l’OMS. Ainsi, 10% de la consommation mondiale de pesticide est destinée à la production de coton.


De plus, 64% du coton cultivé était génétiquement modifié, en 2016. Des études estiment que les pesticides épandus sur les champs de coton seraient responsables de 22 000 morts chaque année.


Pour produire tout le polyester utilisé chaque année, ce sont plus de 70 millions de barils d’essence qui sont utilisés dans le monde.

Un secteur gourmand en eau


Produire un t-shirt utilise 2 500 litres d’eau, soit 70 douches. Pour un jean c’est 8 000 litres, l’équivalent de 285 douches qui sont nécessaires !


Cela est, en grande partie, dû à la production de coton. L’association Water Footprint Network estime que l’empreinte d'eau moyenne de la fabrication de coton s’élève à 10 000 litres par kilogramme. Cela peut même varier entre 6 000 et 27 000 selon les pays producteurs.

"Les procédés de teinture, lavage, blanchiment et impression sont quelques-uns des plus sales de l’industrie textile, nécessitant de grands volume d’eau ainsi que des métaux lourds et autres produits chimiques" déplore Mariah Zhao, chargée de campagne produit toxique pour Greenpeace.

Des collections sans cesse renouvelées


L’industrie de la mode actuelle repose sur le renouvellement permanent des produits et des gammes (qui sont remplacées de plus en plus vite). Nous achetons en moyenne 20 kilogrammes de vêtements chaque année, et chaque article a un impact en terme de gaz à effet de serre équivalent à vingt fois son poids.

On estime le nombre de vêtements consommés chaque année en France à 700 000. De ce fait, 80 milliards d’articles sont fabriqués chaque année dans le monde. Pour rester concurrentielle, l’industrie textile cherche à produire plus, avec des marges toujours plus faibles et toujours plus rapidement.

Bien qu’elle soit nocive pour l’environnement, l’industrie du textile l’est aussi pour l’homme. Pour produire toujours plus, à un prix toujours plus bas, les industriels font appel à de la main d’œuvre peu chère dans les pays asiatiques. Ainsi, la Chine reste le premier producteur mondial, rattrapé depuis quelques années par l’Inde et le Bangladesh. Toutefois, le Viêtnam et la Turquie restent des producteurs majeurs dans le domaine.

Ces pays proposent des prix moindre, au dépit des normes de sécurité et à la protection sociale de leurs travailleurs. Cela peut amener à des catastrophes, comme celle de l’usine Rana Plaza au Bangladesh, qui avait coûté la vie de 1 200 personnes.

Alors que la production de vêtements ne cesse d’augmenter, le gaspillage est toujours plus lourd à porter pour la planète. Chaque année, plusieurs milliers de tonnes de textile sont jetées en décharge. Pour l’Union européenne, ce sont environ 13 millions de tonnes de vêtements qui sont jetées. Chaque Français jette, à son tour, jusqu’à 12 kilogrammes de vêtements par an.


Comment inverser la tendance ?

Une prise de conscience des industriels est en route. Le groupe Intidex, qui comprends les marques Zara, Stradivarius, etc a créé une gamme Join Life. Cette gamme met en avant des produits fabriqués en polyester recyclés, en coton bio et d’autres solutions plus durable pour la planète.


Cette collaboration permet, selon eux, de "respecter les standards les plus élevés en matière de santé et sécurité environnementale" avec une chaîne d’approvisionnement qui respecte davantage les travailleurs et le climat.

Cette initiative du monstre de la mode avec plus de 7 400 boutiques à travers le monde, produit environ 146 millions de vêtements Join Life chaque année. Ces produits exigent des critères de durabilité, promouvant le bien-être des travailleurs. De plus, les enseignes du groupe proposent aujourd’hui des points de collecte de recyclage des vêtements. Chaque année, plus de 14 000 tonnes de vêtements sont alors recyclés.

Selon Emmanuel Macron, aujourd’hui "on a à peu près 30% de l’industrie mondiale qui s’engage très concrètement […] pour avoir un objectif de substitution de produits, de réduction d’émissions".

À plus petite échelle, il existe aussi des solutions pour consommer moins, ou mieux. Tout d’abord, penser à la seconde main. Emmaüs récupère chaque année plus de 110 000 tonnes de textiles. L’association en réutilise 60 000 tonnes et le reste est recyclés. De nombreuses applications proposent aujourd’hui des services de rachat textile de seconde main, ce qui permet de limiter ses dépenses financières et sa dépense carbone.

Choisir du coton bio peut aussi permettre de réduire son impact environnemental. Le label GOTS (Global Organic Textile Standard) garantit, par exemple, que les vêtements soient issus d’agricultures biologiques connues pour être moins polluantes et avec des substances dangereuses limitées.

Enfin, choisir des marques engagées peut, non seulement, soutenir des marques qui se développent, et surtout faire changer les choses. En marge de la Fashion Week, 64 marques se sont récemment engagées à améliorer la durée de vie de leurs vêtements, augmenter le pourcentage de matières recyclées utilisées lors du processus de création.

Pour mieux les reconnaître, l’application Good On You indique le taux d’engagement de nombreuses marques en matière d’écologie et de protection sociale des travailleurs. "Comme vous, nous prenons soin de notre planète, des travailleurs et des animaux et nous voulons vivre dans un monde juste et durable" explique l’application. Un groupe de scientifiques, professionnels de la mode et développeurs cherchent ainsi à mener le changement en vous aidant à faire les meilleurs choix pour respecter le climat.


La surconsommation de textile pèse lourd sur l’environnement. Entre les matériaux, les rejets dans l’environnement, les moyens de transports utilisés, et le gaspillage, la mode a une part de responsabilité dans le réchauffement climatique. Consommer de manière plus réfléchie et écoresponsable serait alors une des manières d’alléger sa consommation énergétique.

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