• Margaux Liagre

Décryptage : le Brésil, entre crise politique et sanitaire


Une semaine après le limogeage du ministre brésilien de la Santé, le très populaire ministre de la Justice, Sergio Moro a annoncé sa démission, accusant Jair Bolsonaro d’ingérence politique. Pendant ce temps, l’épidémie de coronavirus continue de faire rage dans le pays.


Cimetières improvisés à Manaus, la capitale de l'État d'Amazonas, ravagé par l'épidémie. @Bruno Kelly/Reuters

Vendredi 24 avril, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Sergio Moro, a annoncé sa démission lors d’une conférence de presse. Il déplore que la "carte blanche" que lui avait accordé Jair Bolsonaro à son arrivée au gouvernement ait été "violée".


Polémique politique


Le "super juge", symbole de la lutte anticorruption et figure de proue de l’enquête Lava-Jato qui avait entraîné l’incarcération de l’ancien président de gauche, Lula. Il dénonce aujourd'hui une "ingérence politique" de la part du président.

Cette démission apparaît comme une réponse au renvoi, par le président brésilien, du directeur général de la Police fédérale, homme de confiance de Sergio Moro. Ce dernier accuse alors le président d’attenter à l’indépendance de la justice en demandant, depuis l’année dernière, de nommer à la tête de la Police fédérale quelqu’un "qu’il pourrait appeler pour récolter des informations" sur des enquêtes, pour lesquelles le président avait déjà fait part de son inquiétude.


"Il était clair qu’il y aurait une ingérence politique dans la Police fédérale, qui remettrait en cause ma crédibilité personnelle", conclu l’ancien juge, souhaitant "protéger [s]a réputation".

Ces affaires en questions pourraient toucher l'entourage proche du président, y compris ses propres fils. La Police fédérale est, en effet, en charge d’une enquête sur la diffusion de fake news, qui pourrait impliquer deux fils du chef de l’État : le conseiller municipal Carlos Bolsonaro et le député fédéral Eduardo Bolsonaro.


Le président est également inquiet par le fait que la Police fédérale progresse dans ses investigations contre le troisième fils du président, le sénateur Flavio Bolsonaro, soupçonné de détournements de fonds publics. Lors d’une allocution, Jair Bolsonaro a nié en bloc toutes ces accusations.


Selon plusieurs médias, le désormais ex-ministre de la Justice disposerait d’une série de messages audios et écrits échangés avec le président au cours de ses 14 mois au sein du gouvernement, qui pourraient servir de preuves si une procédure de destitution venait à être ouverte.


"Le remplacement du chef de la police est une heureuse opportunité pour Moro, qui voulait sortir du gouvernement depuis longtemps" explique le politologue Mathias Alencastro au Monde. En effet, depuis sa nomination en janvier 2019, les deux hommes ne se sont jamais réellement appréciés et le ministre s’était montré exaspéré par l’imprévisibilité du président. "En claquant la porte, Moro sort renforcé et se pose habilement en garant de l’indépendance de la justice" estime le chercheur.


Crise sanitaire en cours


Malgré la crise politique qui secoue le Brésil, le pays semble de plus en plus touché par la pandémie de coronavirus. Qualifiée de "grippette" par le président, l'épidémie a fait officiellement plus de 4 057 morts dans le pays. Il menace désormais un pays où le système de santé n’est pas capable de répondre à un tel défi sanitaire.


Pendant ce temps-là, le pays compte les cas grandissants de Covid-19. 59 324 cas confirmés au 26 avril. Ce chiffre semble être sous-estimé : les autorités, débordées, ne parviennent plus à tester ni les vivants ni les morts. Selon les estimations, le nombre de personnes réellement infectées serait douze à quinze fois supérieur au chiffre avancé par les organisations officielles. Dans le pire des scénarios, le nombre de décès dépasserait les 15 000. Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants, que le pic de l’épidémie n’est attendu que fin mai-début juin.


Source : Le Parisien

Les hôpitaux semblent déjà saturés et les services funéraires constatent une augmentation de 50% de leur activité. "Les autorités locales ont réagi avec une certaine force pour tenter d'enrayer l'épidémie mais elles se heurtent à la résistance d'une partie de la rue et la parole présidentielle de Jair Bolsonaro crée en plus de la confusion" explique un observateur local au Parisien. Les kits manquent également pour parvenir à tester la population.


Cette épidémie de coronavirus a également creusé les inégalités et la distanciation sociale. Les pauvres, vivant dans les favelas sont plus exposés au virus alors que les riches sont confinés dans leurs villas. De nombreuses employés de maison ont ainsi été licenciés car soupçonnés de pouvoir propager le virus dans les riches familles brésiliennes.


Un déconfinement prochain ?


Alors que le président continue de prendre à la légère cette pandémie, il est apparu aux côtés de manifestants anti-confinement, dimanche 19 avril. "Vous devez lutter pour votre pays. Comptez sur votre président pour faire le nécessaire, afin que nous puissions garantir la démocratie et ce qui nous est le plus cher, notre liberté" leur a-t-il crié depuis l’arrière de son truck. Devant le palais présidentiel de Brasilia, certains manifestants requéraient même une intervention militaire et la fermeture du Parlement et de la Cour suprême.


En plus d’un système de santé fragile, Jair Bolsonaro a décidé de limoger le très populaire ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta, favorable au confinement. Plus timide, son remplaçant, Nelson Teich demande toutefois le respect des conseils de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).


Afin de relancer l’économie et sous la pression de petits entrepreneurs et des travailleurs du secteur informel, la municipalité de Sao Paulo a annoncé un déconfinement aux alentours de mi-mai. Cette décision survient alors que le confinement n’est pas obligatoire pour les habitants, mais fortement encouragé par les autorités. Ces dernières ont pu remarquer un relâchement du respect de cette mesure, respectée que par 70% de la population de la capitale économique.

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