• Margaux Liagre

Décryptage : le crash d'un Boeing en Iran


L’armée iranienne avoue avoir abattu "par erreur" un avion ukrainien au départ de Téhéran, causant la mort de 176 personnes, mercredi.


Les restes de la carlingue du vol 752 de Ukraine International Airways. Iranian Red Crescent Society / Sputnik

Mercredi 8 janvier, à 6h du matin, l’information tombe : un Boeing 737 ukrainien se crash peu après son décollage de l’aéroport de Téhéran (Iran). L’avion transportait 176 personnes, il n’y a aucun survivant.


L’accident intervient peu après une escalade de tensions entre les États-Unis et l’Iran, suite à l’assassinat de Qassem Soleimani sur ordre du président américain. Dans la nuit de mardi à mercredi, l’avion de la compagnie Ukraine International Airlines se serait écrasé, peu après s’est envolé de l’aéroport international de Téhéran. L’appareil transportait 82 Iraniens, 63 Canadiens, 11 Ukrainiens, 10 Suédois, quatre Afghans, trois Allemands et trois Britanniques étaient également à bord.


Les États-Unis ont immédiatement demandé à ce que les boîtes noires de l’appareil leur soient remises, ce qu’a refusé catégoriquement le gouvernement iranien. Dans un contexte tendu entre les deux pays, le chef de l’organisation iranienne de l’aviation civile a affirmé : "Nous ne donnerons pas les boîtes noires au constructeur et aux Américains". D’après l’Organisation internationale de l’aviation civile (OIAC), les enquêtes sur les accidents d’avion reviennent au pays où ils ont lieu. Un responsable iranien a cependant confirmé que "les Ukrainiens pourront y participer".


Alors que la première piste évoquée était celle d’un défaut technique de l’engin. Ce dernier était pourtant très récent, car en service depuis 3 ans, et son contrôle technique remontait à deux jours avant le drame. PressTV affirme toutefois, dès le lendemain, que le crash a vraisemblablement été causé par "des difficultés techniques". La télévision d’État iranienne explique que "l'avion a pris feu après s'être écrasé". Plusieurs compagnies, dont Air France ou Luftansa ont ensuite annoncé l’interruption du survol des espaces aériens iraniens et irakiens, "par mesure de précaution".


Des circonstances floues


Peu avant les révélations, Justin Trudeau soupçonnait la responsabilité de l’armée iranienne dans ce crash. Il soupçonné un missile sol-air iranien, tout en précisant que le tir aurait pu être accidentel. Les États-Unis avaient également évoqué des circonstances floues et avait qualifié le tir de missile iranien comme une piste "probable". Cependant, Téhéran avait, jusque là, toujours démenti ces accusations. "Une chose est sûre, cet avion n’a pas été touché par un missile", affirmait encore vendredi Ali Abedzadeh, le président de l’Organisation de l’aviation civile iranienne.


Samedi 11 janvier, seulement quatre jours après le crash, l’armée iranienne avoue avoir abattue de manière accidentelle l’appareil près de l’aéroport de Téhéran. "L’enquête interne des forces armées a conclu que, de manière regrettable, des missiles lancés par erreur ont provoqué l’écrasement de l’avion ukrainien et la mort de 176 innocents" a précisé le président iranien sur Twitter. Il déplore alors "une grande tragédie et une erreur impardonnable", ajoutant que "les enquêtes se poursuiv[ai]ent pour identifier et traduire en justice" les responsables.


L’armée iranienne dit endosser la "responsabilité totale" de ce drame. Un général iranien explique que l’opérateur du missile qui a abattu le Boeing a fait feu sans pouvoir obtenir la confirmation d’un ordre de tir à cause d’un "brouillage" télécom, il aurait pris l’avion pour un « missile de croisière » et n’aurait eu que quelques secondes pour décider.


Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky s’est exprimé suite à ces révélations : "Nous attendons de l’Iran (…) que les coupables soient traduits en justice", "le paiement de compensations" et "le retour des corps des victimes". Il a également demandé à un "accès total" aux experts ukrainiens envoyés sur place. Justin Trudeau, Premier ministre canadien a quant à lui réclamé de la "transparence" pour qu’une "enquête complète et approfondie" puisse être menée.


Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, s’est toutefois dédouané de toute la responsabilité de l’accident. "Une erreur humaine en des temps de crise causée par l’aventurisme américain a mené au désastre" a-t-il posté sur Twitter. Au moment de l’accident, la capitale iranienne était en état d’alerte maximale par peur de représailles américaines. Le pays avait tiré, quelques heures plu tôt, des missiles contre deux bases hébergeant des soldats américains en Irak. Ces frappes répondaient à la mort du général Soleimani, tué par une frappe de drone américaine, à Bagdad, le 3 janvier.


L’avions a donc été identifié, à tort, comme un avion "hostile" et touché par une "de manière non intentionnelle" car il semblait se rapprocher d’un "centre militaire sensible" selon l’état-major des forces armées iraniennes.


45 experts aéronautiques ukrainiens ont été dépêchés en Iran, avec qui ils disposent d’une "coopération entière" afin de mener une enquête transparente. Ils ont ainsi eu accès aux boîtes noires de l’appareil et ont pu se rendre sur le site où l’avion s’est écrasé. Le pays a également invité le constructeur de l’engin, Boeing, à prendre part à l’enquête, ainsi que des experts aéronautiques américains, canadiens, français et suédois en tant qu’observateurs.

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