• Margaux Liagre

Décryptage : le débat migratoire en France

Mis à jour : 13 oct. 2019


Cette semaine, Emmanuel Macron a placé l’immigration au cœur des débats, appelant notamment à "regarder ce sujet en face", après avoir admis être parfois trop laxiste. Ces propos ont déclenché une déferlante de réactions, de son propre camp à celui de l’extrême droite.


Emmanuel Macron a prononcé un discours d’une heure devant élus et membres du gouvernement. (AFP) ©

L’immigration est le fait de quitter un pays pour s’installer dans un autre. En 2017, la France a délivré 262 000 titres de séjours, ce qui constitue une augmentation de 13,7 %. Cette croissance est due à un plus grand nombre de titres de réfugiés et bénéficiaires de protection subsidiaire, selon le ministère de l’Intérieur.


Toutefois, le motif familial reste premier et concerne 11 % des titres de séjours. Ce dernier a même subit une augmentation de plus de 20 % ces dernières années.


Selon l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) 100 000 demandes d’asile ont été adressées à la France en 2017, soit 16 % de plus que l’année précédente. Seules 32 000 demandes ont été acceptées.


Les déclarations du président


À six mois des élections municipales, Emmanuel Macron tente, avec son discours, de renouer avec l’électorat populaire et perturber la classe politique, y compris son propre camp.


Le chef de l’État a donc exposé l’immigration, comme un sujet à prendre à bras-le-corps pour la seconde partie de son quinquennat. "C’est un sujet, en soi, qu’il faut prendre avec maturité et calme. La France a toujours été une terre d’immigration" a-t-il tout de même rassuré.

"Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front national [renommé Rassemblement national]. Il faut conformer cette opposition, car ce sont les Français qui l’ont choisie. Il y a deux projets : celui du repli, ou bâtir une solution ouverte, mais pas naïve"  a lancé Emmanuel Macron lors d’une prise de parole.


Le président décide ainsi de défendre une vision plus ferme de l’immigration et estime que les classes populaires se sont tourné vers l’extrême droite face à l’absence de la gauche sur cette question.


"La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problème avec cela ; ils ne la croisent pas [l’immigration]. Les classes populaires vivent avec. La gauche n’a pas voulu regarder ce problème pendant des décennies. Les classes populaires ont donc migré vers l’extrême-droite" ajoute-t-il.


De vives réactions, de tous camps


Pour certains, ce durcissement de ton face à la question migratoire, est la preuve que le président ne tient pas sa promesse du "et de droite et de gauche".


Certains députés, y compris de la majorité, comme Sébastien Chenu, député LREM du Nord qui déclare que "le président brasse du vent, il fait de la communication". Alors pourquoi un tel revirement de situation ? Pour Sébastien Jumel (PC), "il a peur d’être rattrapé par les questions économiques et sociales, et comme le champ économique et social reprend le dessus, il se déporte sur les sujets sociétaux".


Toutefois, les députés ont cherché à se faire entendre. Une quinzaine de marcheurs ont publié une tribune, mardi 17 septembre, appelant à une gestion humaine de l’immigration et a demandé d’éviter une "hystérisation inversement proportionnelle à la réalité migratoire".


Alors qu’un débat sur l’immigration aura lieu à l’Assemblée nationale et au Sénat les 30 septembre et 2 octobre, Emmanuel Macron devra convaincre sa majorité avant de persuader l’ensemble de son électorat.


Marine Le Pen a répondu à ces propos, sur le plateau des « 4 vérités » dont elle était l’invitée, sur France 2. "Si vraiment Emmanuel Macron est convaincu qu’il y a un problème avec l’immigration, il fait un référendum. C’est aux Français de se prononcer : est-ce que oui on non, ils sont d’accord pour que l’on continue avec le droit du sol ; est-ce que oui ou non, ils sont d’accord avec le regroupement familial ?"


Elle continue, ajoutant que "depuis un certain nombre d’années, il y a de la part du système politique une instrumentalisation de la justice contre les opposants politiques. Les Français […] voient bien la différence de traitement qu’il peut y avoir lorsque vous êtes dans l’opposition et quand vous êtes proche de la majorité".

Des changements juridiques envisagés ?

Aucune nouvelle loi concernant l’immigration n’est prévue à l’agenda politique d’Emmanuel Macron, toutefois certaines mesures pourraient être intégrées au projet de loi finance et au budget de la Sécurité sociale cet automne.

L’AME (aide médicale d’État), qui permet l’accès aux soins des sans-papiers, pourrait être révisée. Elle conduirait à des "abus" selon Stanislas Guerini, le patron du Parti LREM.

Une mesure sur l’accompagnement des demandeurs d’asile pourrait aussi voir le jour. Le gouvernement souhaite aussi mettre en place un "objectif" en matière d’immigration économique, sans l’instauration de quotas. "Il y a le risque du droit d’asile. Si on veut que ce droit ait encore tout son sens, on ne peut pas accepter que la France soit le premier pays receveur de demandes d’asile, venant par exemple d’Albanie ou Géorgie". Des demandes "pas légitimes" selon Aurore Bergé, député des Yvelines et porte-parole LREM.


Un discours qui fait écho à l’extrême-droite


Avec ce nouveau discours, le chef de l’État tente de renouer le lien avec les Français, alors que 64 % d’entre eux disent "ne plus se sentir chez eux comme avant".

Certains relient même ces propos avec ceux de Marine Le Pen, en 2012, qui avait déclaré, "L’immigration ce ne sont pas les élites qui la vivent, qui la subissent […] ce sont les classes populaires, ce sont les classes moyennes".

Avec un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le président prend un risque, selon Elianne Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat, qui estime que "on peut brandir le thème de l’immigration pour faire peur, mais à la fin, les électeurs préfèrent l’original à la copie". Pour Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis, "il imagine qu’en 2022 un duel face à Marine Le Pen le donnera gagnant. C’est un jeu dangereux pour le pays et pour la démocratie".


Un terrain glissant qu’Emmanuel Macron a tout de même décidé d’emprunter.

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