• Margaux Liagre

Décryptage : les primaires démocrates américaines

Mis à jour : 18 févr. 2020


Lundi 3 février a marqué le coup d’envoi des primaires démocrates américaines avec le caucus de l’Iowa. Ce vote s’est soldé par un fiasco, les organisateurs étant incapables de publier les résultats à temps.


D gauche à droite : Pete Buttigieg, Joe Biden et Bernie Sanders

Comme le veut la tradition, le premier scrutin des primaires se passe dans l’Iowa et vise à désigner le candidat démocrate qui affrontera Donald Trump à l’élection présidentielle. Cependant, la soirée de caucus a été perturbée dans l’État par des incohérences dans la compilation des résultats, pouvant mener à des soucis de fiabilités. Pour cette raison, plus de cinq heures après le coup d’envoi du caucus, le Parti démocrate était impossible d’annoncer les résultats.


Finalement, c’est l’outsider Pete Buttigieg qui a été déclaré vainqueur de cette première étape des primaires démocrates américaines. Suivi de près par Bernie Sanders, le candidat avait même revendiqué sa victoire avant la publications des résultats officiels. Selon ses propres chiffres, il aurait devancé le jeune maire de South Bend (Indiana) avec 28,91% d’avance. Toutefois, selon les premiers résultats, partiels, Pete Buttigieg aurait une légère avance sur le doyen de la course. Alors que seuls 62% des 1 600 bureaux de vote ont été dépouillés, les résultats placent le benjamin des primaires en tête avec 26,9% des délégués envoyés cet été à la convention du parti pour désigner leur représentant à l’élection présidentielle de novembre. Bernie Sanders se place en deuxième position avec 25,1% des délégués, suivi par l’autre représentante de l’aile gauche du parti Elizabeth Warren avec 18,3%. La surprise vient aussi de l’ancien vice-président de Barrack Obama, Joe Biden qui termine seulement quatrième avec 15,6% des délégués.


Le caucus de l’Iowa inaugure la course des primaires américaines, où seront désignés 41 délégués. La primaire du New Hampshire aura lieu le 11 février et désignera 24 délégués, suivi du caucus du Nevada le lendemain et la primaire de Caroline du Sud. Mais les 155 délégués désignés en février ne représenteront que 4% de nombre total. C’est en mars que la course s’accélérera avec le Super Tuesday qui aura lieu le 3 mars. C’est une étape-clé dans le processus de désignation des candidats avec une quinzaine d’États et de territoires qui éliront 1 344 délégués. A la fin mars, 61% des délégués à la convention démocrate auront été désignés. Si l’un des candidats aura réussi à cette date-là, à prendre une longueur d’avance (correspondant à 100 ou 200 délégués), il semblerait difficile pour les autres à rattraper leur retard.


Qui est Pete Buttigieg ?


À 38 ans, ce démocrate est le benjamin de la course à la Maison-Blanche. Premier candidat ouvertement homosexuel, il fait la campagne aux côtés de son époux. Ancien maire démocrate de South Bend, une ville moyenne de l’Indiana, et vétéran de l’armée déployée en Afghanistan, Pete Buttigieg a créé la surprise dans l’Iowa. Plutôt centriste au sein de son parti, il est jugé capable de convaincre les électeurs indépendants ou les républicains les plus modérés.


Il a un parcours qui fait rêver nombre d’Américains. Ses excellentes notes lui permettent d’intégrer Harvard et d’en ressortir diplômé avec les félicitations du jury. Il part ensuite étudier à Oxford grâce à la bourse Rhodes (programme d’échange très sélectif dont bénéficie l’élite des étudiants américains). L’homme qui parle sept langues est également vétéran de l’armée déployée en Afghanistan où il a servi sept mois en tant que lieutenant de réserve de l’US Navy.


Surnommé "Mayor Pete", il est élu en 2012 comme maire de South Bend. Il aime rappeler au cours de sa campagne, qu’il a plus d’expérience politique que le 45ème président des États-Unis et qu’aucun président n’a été élu avec une expérience militaire comme la sienne depuis George Bush père en 1988.


Tout au long de la campagne, Pete Buttigieg s’adresse à un électorat ouvrier populaire, avec un discours progressiste. Partisan d’un "Green New deal", il défend également une réforme sur les armes à feu et veut élargir les droits des personnes transgenres. Il défend un projet d’assurance santé universelle et propose de réformer le scrutin présidentiel américain, en supprimant le collège électoral. Sa chrétienté reste au centre de ses discours, défendant une gauche religieuse.


Le fonctionnement des primaires américaines


Les "primaires" correspondent au processus de désignation des candidats des partis républicains et démocrates en vue de la présidentielle américaine. Pour ce qui est de l’élection de 2020, le suspense chez les républicains est quasi nul. Donald Trump étant candidat à sa réélection, les primaires ne seront qu’une formalité pour l’actuel président. Face à lui, seulement deux candidatures dissidentes : Joe Walsh et William F. Weld.

Pour les démocrates, le suspens est plus soutenu. Ces primaires servent en effet aux citoyens américains (et non aux appareils politiques) de choisir le candidat démocrate qui affrontera Donald Trump aux élections américaines.


Les électeurs devront se prononcer via deux types de consultations. Une minorité d’États comme l’Iowa, le Nevada, les Samoa américaines, le Dakota du Nord et le Wyoming, organisent des caucus, qui correspondent à des assemblées citoyennes dans des lieux publics. Cette tradition possède un fonctionnement particulier. Réunis dans un lieu public, les partisans du parti se divisent dans l’espace pour soutenir son candidat. Si un groupe obtient moins de 15% des voix, il doit rejoindre les représentants d’un autre candidat. Pour les autres États, ce sont des primaires classiques qui sont organisées.


Chaque État dispose d’un nombre limité de délégués à répartir entre les candidats, correspondants généralement aux militants du parti, aux dirigeants politiques locaux ou aux partisans ayant fait campagne pour les candidats. Leur nombre repose sur le score obtenu par le parti lors des élections présidentielles de 2008, 2012 et 2016 ainsi que le nombre de grands électeurs représentant l’État au collège électoral.


L’objectif pour les candidats est de réunir une majorité de délégués en vue de la convention nationale. Après chaque caucus ou primaire ces délégués sont assignés lorsqu’ils obtiennent au minimum 15% des voix en proportion de leur score : ce sont les délégués pledged (assignés).


Pour reporter l’investiture, le candidat devra arriver à la convention nationale, prévue du 13 au 16 juillet 2020 à Milwaukee (Wisconsin) avec une majorité de 3 979 délégués, soit au minimum 1 990. Le vainqueur des primaires et son candidat à la vice-présidence seront alors désignés à la suite de cette convention et intronisés par les délégués.

Toutefois, si aucun candidat n’obtient la majorité lors du premier tour de vote, ces délégués deviendraient libres de voter pour un autre candidat.

6 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout