• Margaux Liagre

Décryptage : masques et écologie, l’impossible équation

Mis à jour : 15 juin 2020


Devenu indispensable en cette période de pandémie, les masques jetables commencent à joncher nos trottoirs et nos plages. Ils posent aujourd’hui la question de leur recyclage et de la pollution qu’ils entraînent.


Un masque chirurgical jeté au sol, le 1er mai à Paris. (Amaury Cornu / Hans Lucas via AFP)

Pour se protéger et protéger les autres, les masques ont été vivement recommandés par le gouvernement. Bien qu’ils en existent des lavables, la France a commandé plus de deux milliards de masques jetables pour la population.


La vidéo montrant des masques dans les fonds marins d’une des réserves marines à Antibes a été la première alerte sur la pollution des masques. Publiée le 23 mai sur Facebook, elle était accompagnée de ce commentaire de Laurent Lombard, fondateur de l’association Opération mer propre : "Ça vous dit de vous baigner avec le Covid-19 ?"


Un risque de pollution élevé


Alors qu’une certaine sensibilisation à la pollution plastique s’était généralisée ces dernières années, le discours sur la dangerosité des masques jetables est encore peu répandu. Les masques sont trompeurs : ils ressemblent à du papier et nombreux sont ceux qui les pensent biodégradables.

Or, ces masques chirurgicaux sont fabriqués à base de polypropylène, un dérivé du pétrole, considéré comme un thermoplastique. Tout comme les couches jetables, les serviettes hygiéniques ou les sac en plastique, les masques de protection ne sont aucunement biodégradables.


Pour l’Association de défense d’éducation et d’information du consommateur (Adeic), ce type de masque pourrait mettre jusqu’à 450 ans à se désagréger dans la nature. Le polypropylène est l’une des résines plastique les plus résistantes, c’est un plastique très solide qui se décomposera en micro morceaux qui pourront se retrouver dans la chaîne alimentaire. Ils sont dangereux pour l’océan également, car les animaux peuvent s’en nourrir, ce qui provoque l’étouffement de la faune.


Pour ne pas terminer dans les fonds marins, les masques sont considérés, dans le milieu hospitalier comme des déchets d’activité de soins à risques infectieux et sont incinérés. Mais depuis le début de la pandémie, les masques et gants à destination du grand public n’ont pas été intégrés dans la même filière. Le ministère de l’Écologie recommande alors de jeter mouchoirs, masques, gants et lingettes de nettoyage dans un sac spécifique fermé pendant 24 heures avant d’être placé dans un sac d’ordures ménagères.


Pour éviter que les masques envahissent nos trottoirs, la secrétaire d’État à la transition écologique, Brune Poirson, demande à ce que l’amende en cas d’abandon de masques gants, mégots ou ordures sur la voie publique soit relevée à 135€ contre 68 actuellement.


Un recyclage possible ?


De nombreuses associations demandent que les recherches s’intensifient pour trouver un moyen de recycler ces masques chirurgicaux. Ils regrettent notamment que les autorités aient mis un produit jetable sur le marché, sans prévoir de système de collecte responsable. Certains avancent l’idée d’une consigne avec une contribution restituée au retour du masque.


Pour le ministère de la Transition écologique, la doctrine en matière de déchets infectieux est, pour l’heure, celle de la destruction par incinération ou enfouissement, pour protéger les Français d’un risque de contamination. Mais le ministère reconnaît qu’il faut "pousser plus loin la réflexion concernant ces déchets".


Dès le début du mois de mars, un consortium de scientifiques français s’était mis en place pour tenter d’éliminer la potentielle charge virale des masques usagés afin de permettre leur réutilisation. Pour ce faire, il faut, dans un premier temps, vérifier que le processus utilisé pour décontaminer est bien efficace puis s’assurer que le traitement de décontamination du masque ne lui fait pas perdre ses performances de protection.


Plusieurs pistes sont alors à l’étude. Les chercheurs explorent alors les avantages comparés d’un lavage avec un détergent à 60 ou 95°C, d’un passage en autoclave à 121°C pendant 50 minutes, d’une irradiation par des rayonnements gamma ou bêta, d’une exposition à l’oxyde d’éthylène et d’un chauffage à 70°C en chaleur sèche ou humide, ou dans l’eau.


Les résultats préliminaires montrent que les masques chirurgicaux conservent leurs performance après un lavage jusqu’à 95°C, tout comme avec l’autoclave et les rayons gamma. Quant à la perte d’efficacité, elle est inférieure à 2%.


En attente de résultat définitif, plusieurs association incitent la population à avoir recours aux masques en tissus. Au delà des masques, la pandémie a permis un retour en force (et inquiétant) du plastique à usage unique, au nom des prétendues vertus "hygiéniques" de ce produit.

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