• Margaux Liagre

Décryptage : pourquoi des journalistes ont été convoqués par la DGSI ?

Mis à jour : 30 mai 2019


En l’espace de quatre mois, 8 journalistes ont été convoqués par la DGSI (Direction générale de sécurité intérieure). Alors que ces convocations inquiètent et menacent la liberté de la presse, les réactions se multiplient. Que dit la loi à ce propos ?


Huit journalistes, de différents médias ont été convoqués au cours de ces quatre derniers mois par la DGSI. Ces convocations font suite à des enquêtes menées en lien avec l’affaire Benalla ou la vente d’armes françaises à l’Arabie Saoudite, suspectées d’être utilisées contre des civils au Yémen. Alors que les journalistes condamnent fermement ces convocations et dénoncent le non respect de la liberté d’informer et la protection des sources, le gouvernement se justifie.

Dans quel contexte ont-ils été convoqués ?


Parmi eux, des journalistes de Disclose, média ayant révélé un rapport classé "secret défense" qui détaille l’emploi d’armes vendues par la France à l’Arabie Saoudite et utilisées au Yémen. Le 13 décembre 2018, une enquête a été ouverte par le Parquet de Paris pour "compromission du secret de la défense nationale". Depuis, une vague de convocation s’est abattue sur les journalistes: Geoffrey Livolsi et Mathias Destal de Disclose, Valérie Oberti de Quotidien et Benoît Collombat de Radio France.

Mais ce n’est pas la seule histoire qui intéresse la DGSI, il y a aussi l’affaire Benalla. C’est dans ce cadre qu’Ariane Chemin du Monde a été, à son tour convoquée par la Direction générale de la sécurité intérieure.


Invitée dans la matinale d’Europe 1, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, s’est exprimée sur cette affaire. Selon elle, "les journalistes sont des justiciables comme les autres. Il est normal qu’un État protège un certain nombre de données nécessaires à des activités de défense extérieure et militaires". La porte-parole du gouvernement condamne qu’une note classée "secret défense" ait été divulguée. Elle met en garde sur le risque que ces "fuites", aujourd’hui envers des journalistes, le soient demain envers une "puissance étrangère".



Que dit la loi ?


Mais, selon la loi, les journalistes sont-ils réellement des justiciables comme les autres ? La loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 protège les sources des journalistes. C’est en 2010, que son article 2 est modifié: "le secret des sources des journalistes est protégé dans l’exercice de leur mission d’information du public […]. Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi. Cette atteinte ne peut, en aucun cas, constituer en une obligation pour le journaliste de révéler ses sources".

Pour Emmanuel Tordjman, l’un des avocats de Geoffrey Livolsi, contacté par Franceinfo, "il est légitime de la part des journalistes de publier des informations pour contribuer à un débat d’intérêt général […]. Il appartient au tribunal de juger si la publication de cette information répondait précisément à un but légitime d’information du public."


La loi garantit donc, la protection de certaines informations liées aux actions militaires et aux activités "secret défense".

Cependant, la journaliste Ariane Chemin, convoquée dans le cadre de l’affaire Benalla, au titre de l’article 413-14 du Code Pénal pour la révélation d’élément sur le sous-officier de l’armée de l’air Chokri Wakrim. Cet article énonce que "la révélation ou divulgation, par quelque moyen que ce soit, de toute information qui pourrait conduire , directement ou indirectement, comme membre des unités de forces spéciales désignées par arrêté du ministère de la Défense ou des unités d’intervention spécialisées dans la lutte contre le terrorisme […] est punie de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000€ d’amande."


Suite à cette convocation, les syndicats de journalistes s’inquiètent pour l’avenir de la liberté de la presse, tandis que le SNJ-CGT a appelé à manifester le 29 mai en soutien à Ariane Chemin.


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