• Margaux Liagre

Décryptage : qu’est ce que Libra, la crypto monnaie de Facebook ?


Présentée en juin 2019, le projet de cryptomonnaie de Facebook n’est pas passé inaperçu. Souvent critiquée au vue des actions du réseau social, notamment concernant les données personnelles, libra n’est pas prête d’être lancée. Alors que Mark Zuckerberg est passé devant les élus américains fin octobre, il n’a pas forcément convaincu.


Le projet de crypto monnaie de Facebook a été vivement critiqué mais reste d'actualité pour le moment. Studio Graphique France Médias Monde

Une cryptomonnaie, c’est quoi ?


Une cryptomonnaie est un moyen d’échange numérique, sans support physique. Elle sert notamment à la création d’unités et à la conduite de transactions. Une cryptomonnaie est, la plupart du temps employée lors de transactions en ligne ou avec des commerçants qui l’acceptent (souvent via un porte-monnaie électronique).


Le Bitcoin reste la cryptomonnaie la plus célèbre aujourd’hui. Elle permet d’échanger de gré à gré (Peer to peer) dans un système décentralisé qui n’est associé à aucun État ou institution financière.


Et Libra dans tout ça ?


Libra est un projet de cryptomonnaie et de monnaie virtuelle, lancé par Facebook soutenu, à l’origine par 28 grandes entreprises et ONG. Le géant des réseaux sociaux à annoncé que Libra sera gérée par une fondation à but non lucratif dont Facebook ne sera qu’une des organisations fondatrices. La crypto monnaie était annoncée pour le deuxième trimestre 2020 mais il se peut que sa date de lancement soit retardée.


Dès l’annonce du projet, Libra a été immédiatement critiquée ou remise en question. L’objectif de la monnaie virtuelle du réseau social est simple : résoudre les problèmes de cryptomonnaies actuelles avec des frais de transaction faible et des capacités importantes de volumes de transactions. Elle vise aussi à permettre l’accès simple à une monnaie stable dans les pays émergents où plus de 1,7 milliard de personnes ne disposent pas de comptes bancaires. Facebook y voit aussi son intérêt. Grâce à Libra, le géant du numérique pourra développer les paiements via Messenger, sa messagerie instantanée, et faciliter les achats en ligne.


À l’origine, ils étaient 28 à adhérer au projet, dont Uber, Spotify, Lyft ou Iliad. Depuis, plusieurs se sont retirés comme Mastercard, Visa, Paypal ou Ebay. Cette vague de retrait s’est accompagnée de nombreuses critiques de la part de politiques, journalistes ou encore économistes. Ils évoquent leur inquiétude quant aux risques de non-respect de la vie privée dans les transactions, la peur que des multinationales souhaitent développer leur propre économie, au même titre que les États. Le projet de Facebook vient aussi poser des questions en termes de concurrence et de confidentialité des données. Pour certains, Libra favoriser la monétisation des données personnelles. Selon le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, "Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il n’en est pas question".


Mark Zuckerberg interrogé


Le 23 octobre, les élus américains de la Commission parlementaire des services financiers ont interrogés le PDG sur sa future monnaie virtuelle. Pendant six heures d’entretien, les démocrates et républicains ont testé la fiabilité de Libra et les risques qu’elle supposera.

Malgré une forte hostilité des élus, Mark Zuckerberg est apparu détendu et sûr de lui, jouant presque la carte patriotique. "Les Chinois sont nos plus grands concurrents. Pékin a annoncé un partenariat public-privé pour lancer sa propre monnaie numérique". Il ajoute alors : "Les États-Unis prennent un risque en n’innovant pas" estimant que Libra pourrait "étendre le leadership américain de la finance".



Bien qu’il ait obtenu le soutien de six parlementaires, don le chef des républicains Patrick McHenry, qui s’est exprimé "J’ai mes scrupules, mais je préfère pencher du côté de l’innovation". Il est loin d’avoir conquit tout le monde.

Certains élus, démocrates principalement, l’ont attaqué, sur les données personnelles notamment. "N’avez-vous donc pas appris qu’il ne faut pas mentir ?" a scandé l’élue de New York Nydia Velasquez, en rapport avec la promesse non tenue de séparer les données entre les utilisateurs de WhatsApp et Facebook.


Ils n’ont pas été convaincu par le fait que le projet de Facebook aidera réellement les 1,7 milliard de personnes qui n’ont pas de compte bancaire dans le monde. "Vous, l’homme le plus riche du monde, vous vous cachez derrière les plus pauvres" a estimé le démocrate Brad Sherman, élu de Californie.


La commission s’est aussi inquiété pour la suprématie du dollar, qui ne sera qu’une des devises du panier auquel le libra sera adossé.


Pour tenter de les rassurer, Mark Zuckerberg a fait des concessions, n’excluant pas l’idée de renoncer à adosser libra à un panier de devises pour l’arrimer à une seule monnaie, par exemple. Le PDG a aussi suggéré que les régulateurs pourraient exiger que la réserve, qui garantit le libra, contiennent plus de 50% de dollar, ou alors que la "séparation" promise des données financières face aux autres données personnelles pourra être vérifiée dans le cadre d’un accord avec la Federal Trade Commission, sous peine d’une amende de 5 milliards de dollar pour défaut de protection de la vie privée.


Le dirigeant a, pour finir, clarifié la position du réseau social, affirmant que "Facebook ne lancera pas d’application Libra nulle part dans le monde, sans l’accord des régulateurs américains". Il a aussi assuré que "l’association Libra est séparée de Facebook. Si je vois que nous n’arrivons pas à continuer en accord avec les principes que j’ai établis, alors Facebook se retirera du projet".


Les discussions ne semblent donc pas terminées, ce qui pourrait amener à un report de la date officielle de lancement, prévue initialement pour 2020. Toutefois, ce discours remet-il en cause la perspective que Libra soit lancée un jour ?

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