• Margaux Liagre

Décryptage : quel débat autour de la chloroquine ?

Mis à jour : 19 avr. 2020


Alors que le Professeur Raoult apparaît aux antipodes des standards du traditionnel médecin, son protocole fait débat. Si l’on s’en tient à ses paroles, il aurait le remède pour venir à bout du nouveau coronavirus.


Une boite de Plaquenil, dérivé de la chloroquine Crédit : Damien Meyer / AFP

Plusieurs pays ont d’ores et déjà adopté le protocole de cet infectiologue français. C’est notamment le cas du Maroc, certains cantons suisses et plusieurs pays d’Afrique. Initialement utilisée pour lutter contre le paludisme, cette molécule, associée à un antibiotique, permettrait de guérir des patients atteints du Covid-19. Du moins, c’est ce qu’avance le Professeur de l’IHU marseillais.

Ce dernier a d’ailleurs rencontré le président de la République ce jeudi, afin de parler de son protocole. Le professeur Raoult lui aurait remis en main propre le résultat de son étude, réalisée sur 1 061 patients, prouvant que l’hydroxychloroquine serait "un traitement sûr et efficace". Sur les 1 061 patients traités, seuls 47 présentent de mauvais résultats et 5 des plus âgés sont décédés.


Le protocole Raoult

Sophie a 35 ans. Elle est infirmière, volontaire à l’IHU du Professeur Raoult à Marseille. "À mon âge je pensais pas vivre quelque chose comme ça" estime-t-elle. Cela fait dix jours qu’elle a intégré l’IHU afin de venir en aide dans la lutte contre le coronavirus. "Ça ne désemplit pas. On reçoit près de 800 patients par jour". Ils sont alors dirigés à des endroits différents selon si ils présentent des symptômes ou non. "Une fois qu’ils sont déclarés positifs, ils repartent avec le traitement qui est la biothérapie de la chloroquine et l’azithromycine. Ils sont vus à J0, J10 et à J2 et J6 ils ont des kits pour faire leurs prélèvements eux-mêmes et les déposer à l’IHU pour le suivi de leur virologie".


Le protocole du Professeur Raoult, "c’est le protocole chloroquine et azithromycine. La chloroquine toute seule n’a pas d’efficacité sans azithromycine. La chloroquine a une action anti-inflammatoire et antivirale, elle va donc diminuer la duplication de la charge virale et avoir une action sur l’inflammation. L’azithromycine, elle, va venir lutter contre la sur-infection et apporter des défenses imunitaires supplémentaires pour pouvoir aider l’organisme à pouvoir lutter contre l’attaque et l’aider à se défendre car sur le plan immunitaire, il est assez affaibli" explique Virginie, infirmière libérale.


Parler de chloroquine seule est donc une erreur car "la chloroquine isolée, il y a très peu de chance que ça marche. Le professeur Raoult ne défend d’ailleurs pas la chloroquine toute seule mais il défend son protocole de l’azitrhromycine, qui a deux actifs" ajoute Virginie.


Malgré les critiques, "jusque-là, ça a fait ses preuves, il y a d’excellents résultats. Il y a même des médecins, des politiques marseillais qui ont été soignés comme ça après avoir été infectés. On est les seuls en France à proposer cela" explique Sophie. Certains descendent même de Paris et sa région afin de bénéficier du traitement. Ils prennent à leur charge le transport et l’hôtel, ils restent dix jours, le tempos du traitement avant de repartir, guéris. "On avait peur de se laisser déborder, d’avoir plus de place en réanimation, mais en dépistant en masse et en soignant le plus de personnes possible, on arrive encore à avoir la tête hors de l’eau. On est dans l’anticipation" conclut l’infirmière de l’IHU.


Les controverses de ce processus


Les réfractaires au protocole du Professeur Raoult avancent les effets indésirables de la chloroquine et de l’azithromycine. Bien que les deux médicament soient connus du domaine médical, "il y a un effet indésirable au niveau cardiaque. Simplement il faut savoir que la chloroquine est un traitement qui est utilisé par de très nombreuses personnes contre le paludisme et que ça n’a jamais été problématique" estime Virginie. Elle ajoute également que "de nombreuses personnes sont traitées à l’azithromycine : des personnes asthmatiques car c’est une double action antibactérienne et antivirale. Ce ne sont pas des traitements que l’on découvre comme la transfusion de plasma que l’on expérimente aujourd’hui." De plus, le protocole est accompagné d’un suivi très rigoureux et n’est administré qu’après une batterie de tests. L’IHU met également en place un télésuivi afin de suivre au mieux l’évolution du traitement sur le patient.


Afin de lutter au plus vite contre cette pandémie qui a provoqué plus de 100 000 morts dans le monde, le professeur Raoult a décidé d’appliquer son protocole avant de le soumettre au processus habituel effectué en amont de l’utilisation d’un médicament. Pour Virginie, "on crée des processus pour justifier la nécessité de mettre en place telle ou telle molécule. Mais qui ne sont pas forcément scientifiquement nécessaires." Le Professeur Raoult a donc considéré qu’il connaissait cette molécule, et qu’il sait sur quoi elle agit. Il a pris connaissance de ce virus et il a vu comment il fonctionne. "Il a dit ‘j’utilise mon arme, qui semble être efficace, contre cet attaquant. Nous sommes en période de guerre’. Au niveau plus technocrate, ils disent qu’il ne respecte pas le process."


Aujourd’hui ce processus consiste à constituer deux groupes de malades semblables (sexe, pathologies). Le processus fonctionne en double aveugle : ni le professionnel médical ni la personne malade va savoir ce qu’elle va absorber comme molécule. Il y a deux sortes de molécules : soit un placébo soit la molécule censée être thérapeuthique. Aujourd’hui, face à l’ampleur de la crise sanitaire, le Professeur Raoult a fait l’impasse sur ce processus de double aveugle. "Les fervents défenseurs de ce process disent qu’il n’y a rien qui prouve l’efficacité de ce protocole car on a pas fait de double aveugle" conclut Virginie.


Les finances sont également de la partie. Sophie estime que "la chloroquine est un médicament qui rapporte peu et qui soigne un maximum de personnes, ça rapporte peu aux laboratoires. Là vient en ligne de compte tous les lobbies laboratoires, pharmaceutiques… c’est vrai que c’est une catastrophe. Le gouvernement empêche l’approvisionnement de chloroquine dans les pharmacies. C’est vraiment la guerre. C’est une molécule qui est pas chère et qui soigne et ça embête beaucoup de personnes visiblement. Je pense qu’ils veulent quelque chose qui rapporte davantage."


Virginie parle elle d’une "guerre de lobbies". Elle précise qu’un traitement à la chloroquine coûterait 20€ par patient, alors que des traitements plus sophistiqués peuvent coûter 120 voire 200€ par malade. "Donc ce n’est pas la même rentabilité financière." En plus de cela, la chloroquine n’est aujourd’hui fabriquée que par le laboratoire Sanofi, ce qui le mettrait en situation de monopole.


Pas question d’arrêter la recherche pour autant, estime Sophie, l’infirmière prenant main forte à l’IHU. "Il faut toujours continuer la recherche car de la recherche émerge toujours de nouvelles solutions. Je remercie le travail des chercheurs car sans eux, on avancerait pas autant. C’est les médecins et les chercheurs qui avancent main dans la main."


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