• Margaux Liagre

Décryptage : un an après le Hirak, l’Algérie a-t-elle changé ?

Samedi 22 février, une très forte mobilisation rassemblait les manifestants à Alger pour le premier anniversaire du Hirak, le mouvement de contestation populaire. Mais 365 jours après le lancement du mouvement, comment a évolué le pays et les contestations qui l’accompagnent ?


Lors de la 52e manifestation du Hirak, vendredi à Alger. Photo Sabri Senalycherif. Hans Lucas pour Libération

Le vendredi 21 février 2020 signe la 53ème manifestation des marches organisées chaque semaine depuis un an en Algérie. Ce mouvement est jeune, non-structuré et spontané. Il est également très puissant : c’est lui qui a fait démissionner le président Abdelaziz Bouteflika, qui était au pouvoir depuis 1999. Alors que le changement de système espéré n’a pas eu lieu, les Algériens ne comptent pas abandonner le combat. Ils continueront d’arpenter les rues d’Alger et d’autres villes du pays, tous les vendredis pour manifester leur opposition au système politique en place depuis l’indépendance.


Le naissance du mouvement


C’est le vendredi 22 février 2019, que tout a commencé. Soudain et inattendu, le Hirak émerge en Algérie. Une protestation populaire sans précédent va marquer les bases de 53 semaines de marches hebdomadaires pour faire tomber le système. Ils luttent contre la candidature de Bouteflika qui entend briguer un cinquième mandat. Au pouvoir depuis presque vingt ans, ce dernier n’est pas apparu publiquement depuis 2013, après avoir souffert d’un AVC (accident vasculaire cérébral).


Ce n’est que deux mois plus tard, à quelques semaines de l’élection présidentielle, qu’Abdelaziz Bouteflika est contraint de présenter sa démission le 2 avril. Maintenant au pouvoir, c’est le commandement militaire qui essaie de calmer les contestations du mouvement populaire en multipliant les arrestations de responsables et manifestants. Malgré ces actions, les mobilisations ne se calment pas pour autant.


Les défis du Hirak


Après la victoire du départ de ce président "déchu", le mouvement doit affronter l’élection présidentielle organisée par le haut commandement militaire, alors à la tête du pays. Largement contestée et boycottée, elle sera finalement remportée par Abdelmadjid Tebboune, un ex-fidèle de Bouteflika. C’est donc le même système qui se perpétue, malgré les révoltes.


"Les militaires sont revenus dans leurs casernes, les civils sont au pouvoir, donc il y a la façade constitutionnelle et démocratique mais en fait c'est exactement ce qu'il y avait avant", explique Dalia Ghanem, chercheuse au Carnegie Middle East Center de Beyrouth (Liban) au Parisien. "Tebboune n'est que la façade civile d'un régime qui reste aux mains de l'institution militaire".

Quelques réformes limitées verront le jour et feront office de "bienfaits politiques" mais la crise économique croissant empêchera le nouveau chef de l’État à puiser dans la manne pétrolière pour acheter la paix sociale, comme le système avait coutume de faire.


Le Hirak a dû faire face à la répression. On ne remarque que très peu d’évolutions en un an sur ce point là. Les arrestations ne cessent pas. Selon les Algériens, l’élection du nouveau président ne fait que cacher la permanence de l’arnée au pouvoir.


Quel avenir pour la contestation ?


À l’aube de sa deuxième année, le mouvement doit cependant se renouveler et se repenser afin de ne pas s’essouffler. Abdelmadjid Tebboune tente alors d’amadouer les manifestants afin de faire cesser la mobilisation. Il a décrété le 22 février comme "Journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée", pour "immortaliser le sursaut historique du peuple".


Mais le mouvement ne compte pas s’arrêter là. Le Pacte pour l’Alternance démocratique (PAD), qui regroupe les partis et associations les plus investis dans le mouvement, a appelé à "faire des 21 et 22 février 22, un moment fort de la mobilisation populaire pour disqualifier l’agenda de la régénération du système et jeter les bases d’une nouvelle République".


Même si le système résiste, le Hirak aura tout de même réussi à s’imposer comme une force politique à part entière dans le pays. Après vingt ans de pouvoir pour Bouteflika, période durant laquelle toute opposition réelle était découragée, démotivée ou écrasée, le mouvement contestataire a réussi à se faire une place.


L’année à venir s’apparente à un test sur le désir et la ténacité des Algériens face à ce pouvoir encore fort. Malgré tout, le Hirak marquera histoire du pays, en étant le premier mouvement de l’opposition à s’imposer de manière solide durant un an dans le pays.

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