• Margaux Liagre

Décryptage : un entre-deux-tours mouvementé à Marseille


Surprise des résultats du premier tour, plaintes et procurations douteuses… la campagne des municipales dans la cité phocéenne n’a pas été de tout repos. Retour sur ces évènement marquants, à quelques heures des résultats du second tour.


Affichage à Marseille des différents candidats en vue des élections municipales @Theo Giacometti /Hans Lucas

Après 25 ans de règne sur la ville, Jean-Claude Gaudin avait rendu son écharpe d'édile lors du dernier conseil municipal le 26 janvier 2020. Alors que le sort du prochain maire de la ville aurait dû être fixé le 22 mars, le coronavirus a prolongé le mandat de l’homme de droite de 80 ans. Il est aujourd’hui prêt à laisser les rênes de la ville. Mais sa succession est loin d’être acquise.


Le fonctionnement du scrutin


Tout comme à Lyon et Paris, l’élection municipale à Marseille se joue par secteurs. Les électeurs vont donc voter pour un maire de secteur. La ville en possède huit, et la répartition des conseillers municipaux se fait sur cette base. Ce sont eux qui, lors du premier conseil municipal, éliront le maire de la ville. Pas sûr de connaître le successeur de Jean-Claude Gaudin ce soir, donc.

À l’issue du premier tour, aucun secteur n’a été remporté à la majorité. Pour le second tour, on recense quatre triangulaires (où trois candidats s’affrontent), trois quadrangulaires et un duel. Si une liste remporte un arrondissement, elle remportera la moitié des sièges mis en jeu. Les listes dépassant les 5% des voix et la liste arrivée en tête se répartissent l’autre moitié des sièges à la proportionnelle.


Chaque secteur possède un nombre de conseillers variable selon son importance, entre 8 et 16. Après le second tour des élections, 303 conseillers seront élus et siègeront dans les différentes mairies de quartier de la ville. 101 conseillers, qui siègent également à la mairie de Marseille désigneront le nouveau maire au premier conseil municipal. Il faut donc réunir au moins 51 conseillers pour avoir la certitude de prendre les rênes de la ville.


Un premier tour inattendu


Les résultats du premier tour, le 15 mars, ont tout d’abord créé la surprise. La docteure Michèle Rubirola-Blanc arrive en tête avec 23,44%. Le Printemps marseillais, parti d’union de gauche et d’écologistes né du collectif créé après l’effondrement de la Rue d’Aubagne le 5 novembre 2018 qui avait fait 8 morts, devance donc celle qui est considérée comme l’héritière de Jean-Claude Gaudin : Martine Vassal qui a obtenu 22,32% des voix.

Le podium est complété par le candidat du Rassemblement national, Stéphane Ravier avec 19,45% des voix. Derrière lui, se succèdent Bruno Gilles, dissident Les Républicains (10,65%), l’écologiste Sébastien Barles (8,94%), Yvon Berland pour représenter le parti présidentiel (7,88%) et Samia Ghali, divers gauche (6,47%).


Le Printemps marseillais est donc en tête, aidé d’une alliance avec l’écologiste Sébastien Barles pour le second tour. Mais rien ne semble joué. Le Printemps marseillais et Les Républicains sont en tête dans trois secteurs chacun. Dans les autres, c’est le Rassemblement national et l’ancienne socialiste Samia Ghali qui ont remporté la majorité des voix.


Un entre-deux-tours tendu


La campagne de l’entre-deux-tours s’est avérée plus compliquée que prévu. Aucun débat n’a eu lieu entre les candidats, chacun ayant ses raisons pour refuser une confrontation. Mais la droite s’est fait remarquer pour des soupçons de dérives.


Deux reportages de France 2 et un article de Marianne ont dévoilé des potentielles fraudes aux procurations de vote, visant le parti de Martine Vassal. Toute procuration doit, normalement, être validée en présence d’un officier de police judiciaire. Sauf qu’ici, certains membres de l’élection de la candidate LR, auraient proposé aux électeurs de s’occuper aux-mêmes des démarches, pour faciliter la tâche, ce qui est totalement illégal.


Quelques jours plus tard, un second reportage de France 2, les journalistes révèlent que des procurations aient été établies pour des résidents d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), sans l’aval des familles. Certains de ces résidents étaient pourtant atteins de maladies neurodégénératives, comme Alzheimer. Une enquête a donc été ouverte par le parquet pour faux et usage de faux. Martine Vassal nie les accusations et demande que lumière soit faite sur cette affaire.


Mais une dernière dérive vient entacher la campagne de la candidate de droite : dans les secteurs où les deux candidates sont encore en course, les équipes de Mme Vassal collent des affiches sur lesquelles la tête de liste du Printemps marseillais côtoie l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon. Anonymes, ces affiches reprennent le code couleur de la campagne de l’union de gauche et redirigent vers un mystérieux site internet. rubirolacestquoi.com n’est pas le site officiel de Michèle Rubirola mais a été ouvert par Les Amis de Martine Vassal, l’association politique de la candidate LR.


Suite à cette série de scandales, la présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône a décidé d’axer sa campagne sur le dénigrement de sa concurrente, qu’elle présente comme « le pantin de Jean-Luc Mélenchon ». La présidente de la métropole Aix-Marseille qualifie « d’ultragauche », de « péril rouge » et de « déclin » quand elle parle du programme de son adversaire.


Pendant ce temps, Michèle Rubirola a reçu un défilé de soutiens comme le fondateur de Génération.s, Benoît Hamon, l’ancienne secrétaire nationale du parti Europe Écologie les Verts Cécile Duflot, le député européen Raphaël Glucksmann ou encore l’écologiste Yannick Jadot.

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