• Margaux Liagre

Décryptage : vers une nouvelle crise migratoire ?


Le 3 mars, le gouvernement turc a décidé d’ouvrir ses frontières pour laisser les migrants retenus dans son pays, accéder à l’Europe. Depuis, des milliers de familles attendent à la frontière grecque. L’Union européenne est de nouveau face à un épisode migratoire qui pourrait rappeler la crise de 2015.


Des migrants, rassemblés côté Turquie, attendent de pouvoir passer côté grec, le 2 mars 2020, près de Kastanies Photo Sakis MITROLIDIS. AFP

En ouvrant ses frontières, Recep Tayyip Erdogan cherche à faire pression sur l’Europe pour qu’elle aide la Turquie dans le conflit avec la Syrie. Par conséquent, un afflux de migrants sans précédent depuis 2015 se trouve à la frontière gréco-turque, au large de l’île de Lesbos. Cette arrivée massive provoque une forte tension en Grèce, qui a décidé de suspendre toute demande d’asile durant au moins un mois.


Selon Ankara, 100 000 personnes seraient en route. Toutefois, ce chiffre n'est pas vérifié. Cette décision turque a été provoquée par la mort de 33 soldats turcs le 28 février dernier. En réponse à cette attaque du régime de Bachar al-Assad, le président turc a lancé l’opération "Bouclier de printemps". Cette offensive contre le régime, dans le nord-ouest syrien cherchait à "mettre fin aux massacres du régime et empêcher une vague migratoire". En effet, la Turquie accueille environ 3,6 millions de réfugiés syriens sur son sol depuis le début de cette crise migratoire.


Mais l’Europe refuse de céder au chantage d’Erdogan, qui utilise la vie des migrants comme moyen de pression auprès des dirigeants européens. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian affirme que "L’Union européenne ne cèdera pas à ce chantage. Les frontières de la Grèce et de l’espace Schengen sont fermées et nous ferons en sorte qu’elles restent fermées, que les choses soient claires !".


Les droites nationalistes d’Europe centrale se sont emparés du sujet et agitent le spectre d’une nouvelle crise migratoire, qui rappellerait celle de 2015. Il y a cinq ans, environ un million de personnes avaient gagné l’Europe par la "route des Balkans". Certains, comme Viktor Orban, accusent la Grèce de ne pas protéger ses frontières. Sur les réseaux sociaux, les partis nationalistes d’extrême droite, comme le FPÖ en Autriche, dénoncent le risque croissant de cette nouvelle vague migratoire. La Serbie a quant à elle demandé à l’armée et à la police de protéger ses frontières.


L’horreur des camp de migrants


Des journalistes sur place, décrivent les conditions de vie dans le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, où 20 000 migrants sont bloqués. "Il n’y a rien ici pour [les enfants], pas même un lit, des toilettes ou de la lumière. Ici, pour eux, il n’y a que la boue, le froid et l’attente" décrit Marco Mensurati pour le quotidien italien, la Republica.


"Un purgatoire humide et absurde à devenir fou"

C’est la description que nous fait le journaliste du camp de Moria, où des milliers de Syriens qui fuient les bombes d’Idleb y sont massés. Il se divise en trois sections : celle entourée par des clôtures où l’on trouve des tentes isothermiques et dans laquelle les conditions de vie sont les moins dégradantes.


À côté, la zone est gérée par des associations comme Movement on the ground et Refugee 4 Refugees. Dans cette zone-là, les conditions de vie sont pires que dans le camp central, mais ce n’est rien à côté de la "vraie Jungle", qui concentre la majeure partie des 20 000 migrants, dont 7 000 enfants.


Dans cette troisième zone, les conflits semblent inévitables : vols, viols, bagarres, c’est la zone la plus dangereuse du camp. "Depuis janvier, il y a déjà eu quatre agressions au couteau", explique Astrid Castelein, responsable de la délégation locale du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés. Cette violence est motivée par le manque de ressources : les queues pour la nourriture peuvent durer une journée, les habitations ne sont ni imperméables ni isolées. L’eau et les installations sanitaires manquent aussi. Mais c’est la surpopulation et la promiscuité qui sont les véritables "combustibles de la violence". La grande variété des ethnies et culture combinée au désespoir et à l’attente amènent à ce type de situation.


Les journées sont longues au camp de Moria. Bien que certains enfants fréquentent l’école du camp central ou assistent aux leçons données par des structures gérées par différentes communautés, la plupart ne font rien. C'est précisément cela qui dévaste psychologiquement les enfants. Après un mois à espérer pouvoir fouler le sol européen, "ces enfants finissent par tomber dans une forme de dépression chronique et profonde qui les pousse à commettre des actes autodestructeurs", explique Marco Sandrone de Médecins sans frontières. Jours après jours, l’espoir d’arriver en Europe s’amenuise. De nombreux migrants tentent alors de se suicider, pour raccourcir leur peine.


Les pays européens tentent, quant à eux, d’aboutir à une décision commune sur le sort de ces 20 000 vies massées aux portes de l’Europe avec comme seul rêve de vivre une vie meilleure et de repartir de zéro.

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