• Margaux Liagre

La photo du mois : des députées répliquent aux propos racistes de Donald Trump


De gauche à droite, Ayama Pressley, Ilhan Omar, Rashida Thaib et Alexandria Ocasio-Cortez, le 15 juillet lors de leur conférence de presse à Washington /Photo de Erin Scott @Reuters

Le 15 juillet, à Washington, Ayama Pressley, Ilhan Omar, Rashida Thaib et Alexandria Ocasio-Cortez se sont exprimées, lors d’une conférence de presse suite aux propos racistes du président à leur égard.

Des tweets racistes et xénophobes


Dimanche, le président américain a, au cours d’une série de tweets, sommé les députées (sans les nommer directement) de "retourner d’où elles viennent". Ces propos ont indigné de nombreux politiques, jusque dans les rangs républicains.

"Il est tellement intéressant de voir des élues « progressistes » démocrates du Congrès […] désormais dire haut et fort et de manière perfide à la population des États-Unis, la plus grande et la plus puissante nation de la Terre, comment notre gouvernement doit être dirigé" s’est exclamé Donald Trump. Il a continué, assurant que ces élues sont "originaires de pays dont les gouvernements sont dans une situation totalement catastrophique, les pires, les plus corrompus et inaptes au monde".





"Pourquoi ne retournent-elles pas dans ces endroits totalement défaillants et infectés par la criminalité dont elles viennent, pour les aider à les remettre en état ?" a ajouté l’homme d’État, avant de renchérir : "Et ensuite, qu’elles reviennent et nous montrent comment il faut faire. Ces endroits ont vraiment besoin de votre aide, il faut y aller vite. Je suis sûr que Nancy Pelosi (porte-parole démocrate à la Chambre des représentants, ndlr) sera très contente de leur organiser sans délai des voyages gratuits".

Cette déclaration n’est pas passée inaperçue auprès de la classe politique. Le lendemain, une motion a été adoptée à la chambre basse du Congrès, condamnant les "commentaires racistes" du président. Nancy Pelosi a également demandé un vote de résolution du Congrès, mais cela n’a, semble-t-il, pas freiné Donald Trump, qui a déclaré : "Ce sont des gens qui haïssent notre pays. Elles peuvent partir si elles le veulent".


"On ne nous fera pas taire" a lancé Ayama Pressley.

Lors d’une conférence de presse, lundi soir, les quatre élues ont déclaré qu’elles considéraient les propos du président comme une "distraction", un "leurre" qui servirait uniquement à détourner l’attention des problèmes touchant la population. Elles ont appelé les américains à "ne pas mordre à l’hameçon".

Des réactions en cascade de la classe politique


De nombreuses personnalités politiques ont fait des déclarations, suite aux propos tenus par le président américain. Certains proviennent même des rangs républicains, s’indignant de ces déclarations de la part d’un chef d’État.

Geraldo Riviera, commentateur chez Fox News et ami du président a déclaré : "il est triste [de voir] mon vieil ami Donald Trump choisir la voie de la bassesse s’agissant d’AOC (Alexandria Ocasio-Cortez) du Bronx, Rashida Thaib de Détroit, Ayama Pressley de Boston et Ilhan Omar de Somalie et de Minneapolis. Concentrons-nous sur les enjeux, et évitons le discours xénophobe et raciste. POTUS (Président of the United States) tu vaux mieux que ça".

Deux sénateurs républicains ont aussi condamné ces propos, les qualifiant d’ "inacceptables". Susan Collins, une sénatrice républicaine du Maine estime que "le tweet du président dans lequel il disait que des élues du Congrès devraient retourner d’où elles viennent était totalement déplacé et devrait être retiré".

D’autres sénateurs, comme Tim Scott, un républicain de Caroline du Nord dénonce ces propos à "connotation raciste […] inacceptables". L’élu de l’Ohio, Mark Turner appelle, quant à lui, le président à s’excuser pour ses tweets "racistes".

Al Green, un député démocrate du Texas compte proposer un vote en vue d’une procédure de destitution "pour bigoterie politique […] nuisible à notre société".

Joe Biden, candidat à élection présidentielle de 2020 et ancien vice-président de Barack Obama pendant huit ans, assure qu’aucun président "n’a été aussi ouvertement raciste que cet homme. […] Rentrez dans votre pays ? C’est écoeurant".

À l’international les réactions ne se sont pas faites attendre. Theresa May, l’ancienne première ministre britannique a jugé ces propos "inacceptables" et Jacinda Ardern, première ministre de Nouvelle-Zélande s’est déclarée être "totalement en désaccord" avec le président américain.

Une stratégie politique ?


À 17 mois du scrutin présidentiel, Donald Trump prend des risques en tenant ces propos. Alors que son bilan reste très mitigé, le président affirme pourtant que "beaucoup de gens sont d’accord avec [lui]". Cependant, est-ce que cette stratégie raciale pour galvaniser son éléctorat, majoritairement blanc ou semer la division au sein du Parti démocrate portera ses fruits ? Rien n’est moins sûr.

En effet, un sondage NBC Wall Street Journal place 4 des 24 candidats à élection (Joe Biden, Bernie Sanders, Kamala Harris et Elizabeth Warren) devant l’actuel président.


Selon David Axelrod, l’ancien proche conseiller de Barack Obama, "avec cette sortie délibérément raciste, Donald Trump cherche à rendre les personnes ciblées plus visibles, à pousser les démocrates à les défendre et à en faire des emblèmes du parti tout entier. […] C’est un calcul froid et cynique".



Le président a fini par se justifier sur Twitter, expliquant que le Parti démocrate a essayé de prendre ses distances avec ces élues mais qu’il est "désormais contraint de les défendre". "Cela signifie qu’ils soutiennent le socialisme, la haine d’Israël et des États-Unis" ajoute-t-il.

11 vues0 commentaire