• Margaux Liagre

La photo du mois : l’Amazonie part en fumée


Les incendies ravagent la forêt amazonienne depuis début août.

Lundi 19 août, la ville de Sao Paulo s’est retrouvée plongée dans le noir en pleine après-midi. La fumée des incendies en cours dans la forêt Amazonienne ont parcouru plus de 2 000 kilomètres pour venir assombrir la ville brésilienne. Le phénomène a massivement choqué les internautes qui ont relayé photos et vidéos sur les réseaux sociaux.



Des incendies sans précédent


Depuis début août, le "poumon de la Terre" brûle. Les feux de forêt ont effectivement augmenté de 83% depuis 2019 par rapport à la même période l’an passé, a annoncé l’INPE (l’agence spatiale brésilienne). Depuis le 1er janvier, environ 72 843 départs de feu ont été recensés dans le plus grand réservoir de diversité du monde. La plupart d’entre eux étaient recensés en août.

Ce phénomène est principalement causé par la déforestation. En effet, le défrichement par brûlis est largement pratiqué au Brésil. Il consiste à entamer un feu sur une zone déforestée afin de la nettoyer, pour ouvrir des pistes ou encore pour préparer des terres à la culture. Ces incendies se propagent souvent vers des zones plus sèches, qui ne sont pas destinées à être brûlées.

De plus, la déforestation est quatre fois supérieure en juillet 2019 par rapport à 2018. Sur les sept derniers mois, ce phénomène aurait augmenté de 67%, toujours selon l’INPE. Et Jair Bolsonaro n’y est pas pour rien. Lors de la campagne, le nouveau président brésilien affirmait que la protection de la forêt constituait un obstacle au développement économique du pays.

Alors que l’Amazonie se situe à plus de 60% sur le territoire brésilien, les flammes ravagent la forêt. En juillet 2019, l’équivalent de 3 terrains de football disparaissaient chaque MINUTE ! Selon le président d’extrême droite, le gouvernement n’a pas les moyens nécessaires pour lutter contre ces incendies.

Le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers alerte sur la situation qui ne touche pas seulement le Brésil, mais le reste du monde. "On n'a pas vu cela de toute l’histoire de l’être humain sur cette planète, affirme-t-il. Aujourd’hui, ce qui se passe c’est que sur des terres où nous n’avions pas l’habitude d’avoir des feux, nous en avons. La Sibérie, qui brûlait tout au long du début de l’été, la Suède au printemps et l’année dernière, voire même 2014, l’arc polaire avec le Groenland, menacé par les flammes…"


En effet, des feux ont touché la Taïga, forêt sibérienne en début d’été. Les feux ont été provoqués par des orages secs et entretenus par une chaleur anormale et des vents forts. Ces incendies ont touché des zones peu peuplées, où la loi russe ne prévoit pas de lutter contre les flammes. De ce fait, 90% des incendies n’ont pas été traités et continuent de faire rage.

Des réactions internationales


Ces incendies ont réussi à faire parler d’eux, et ça n’a pas plu au président Jair Bolsonaro. Ce dernier a donc limogé Ricardo Galvao, directeur de l’INPE, accusé de mentir et de nuire à l’image du Brésil, en publiant ces chiffres.

Jair Bolsonaro a aussi provoqué la polémique, insinuant que ces incendies avaient été provoqué par des ONG pour attirer l’attention sur la suppression des subventions de Brazilia envers la préservation de l’Amazonie.

Sur les réseaux sociaux, le hashtag #PrayforAmazonia a été utilisé en masse par les internautes, et est devenu tendance mondiale Twitter le mercredi 21 août. Toutefois, certaines images relayées par des personnalités ne représentaient pas les incendies actuels. Certaines dataient de 1989, 2000 ou encore 2016. Certains politiques, comme Emmanuel Macron, ont illustré leur propos avec l’une d’entre elles, qui ne reflétaient donc pas les ravages des incendies actuels.


Le hashtag a été tendance mondiale mercredi 21 août sur Twitter, suite à la mobilisation des internautes.

Une pétition a été aussi créée, cherchant à "stopper l’incendie". Elle a recueilli plus de 3 millions de signatures.

Des scientifiques et des ONG représentant les populations indigènes ou la protection de l’Amazonie ont critiqué les décisions du président brésilien de développer l’agriculture intensive et l’exploitation minière des zones protégées.

La Norvège et l’Allemagne ont, eux aussi, réagi à ces incendies. Les deux contributeurs principaux du Fonds Amazonie ont suspendu leurs subventions d’un montant de 60 millions d’euros. Cette somme permet de financer la préservation de la forêt.


La réaction de Jair Bolsonaro est sans appel. Le président a réagi à cette décision, furieux : "Prenez votre pognon et aidez Angela Merkel à reboiser l’Allemagne" avant de critiquer la Norvège, pointant du doigt les activités pétrolières au Pôle Nord, accusé de "tuer des baleines". "Le Brésil doit savoir exploiter les richesses de l’Amazonie pour développer son économie, se justifie-t-il. On doit se battre pour garder ce qui est à nous. Il suffit que nous exploitions cela avec rationalité, et en ajoutant de la valeur, pour que nous puissions sortir de la situation économique critique dans laquelle nous sommes, et atteindre des sommets".

Les gouverneurs des états amazoniens ont critiqué les initiatives du gouvernement qui ont amené à cette suspension et proposent de dialoguer "directement" avec les pays finançant le Fonds Amazonie.

Le début d’une crise politique ?

Antonio Gutteres, secrétaire général de l’ONU a qualifié ces incendies de "crise climatique mondiale". À son tour, Emmanuel Macron a réagi dans un tweet:



En réponse, le président brésilien l’a accusé de faire preuve d’une "mentalité colonialiste dépassée au XXIème siècle", ajoutant que le président français "instrumentalisme une question intérieure au Brésil et aux autres pays amazoniens".

Jair Bolsonaro précise aussi que "Le ton sensationnalisme avec lequel il se réfère à l’Amazonie (faisant même appel à de fausses photos) ne contribue en rien à régler le problème". Plus pragmatique, il a fini par préciser que "le gouvernement brésilien reste ouvert au dialogue, sur la base de faits objectifs et du respect mutuel".

Toutefois, cet évènement pourrait mettre en péril l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur. Les exportateurs craignent la remise en cause de cette alliance commerciale. "Tout se passe comme si Bolsonaro implorait les pays européens de ne pas ratifier l’accord. Il offre un prétexte en or à nos concurrents internationaux pour barrer la route à nos produits" explique Claudio Angelo, porte-parole de l’ONG Observatoire Climat.

En effet, Emmanuel Macron estime que le président brésilien lui a "menti" sur ses engagements pour l’environnement et a annoncé s’opposer au Mercosur. Un communiqué de l'Élysée résume : "Compte tenu de l’attitude du Brésil ces dernières semaines, le président de la République ne peut que constater que le président Bolsonaro lui a menti lors du sommet (du G20) d’Osaka. Les décisions et propos du Brésil ces dernières semaines montrent bien que le président Bolsonaro a décidé de ne pas respecter ses engagements climatiques ni de s’engager en matière de diversité. […] Dans ces conditions, la France s’oppose à l’accord Mercosur en l’état".

Sans revirement de situation, ces incendies pourraient avoir de graves conséquences aussi bien écologiques, politiques que financières pour le Brésil.

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