• Margaux Liagre

La photo du mois : la Catalogne indépendantiste se soulève

Mis à jour : 21 oct. 2019


Des milliers de manifestants se sont rassemblé à Barcelone pour contester le verdict des 9 hauts responsables catalans. ALBERT GEA / REUTERS

Depuis une semaine maintenant, la région au nord-est de l’Espagne est en proie à de nombreuses manifestations pour protester contre la condamnation de 9 ex-dirigeants séparatistes catalans. Certaines ont, comme vendredi, amené à des affrontements entre militants indépendantistes et les forces de l’ordre.


Le statut de la Catalogne

La région catalane est l’une des 17 communautés autonomes du pays, c’est le premier niveau de subdivision d’une région en Espagne. Elle bénéficie également d’un régime interne. En 2006, la région acquiert un statut d’autonomie qui la définit comme une "réalité nationale". Le Parlement, un organe majoritairement indépendantiste, qualifiera la région dans sa constitution de "nation". Bien que cette notion n’ait aucune valeur juridique, elle prouve la volonté d’indépendance de cette communauté autonome.

Industrialisée très tôt, la Catalogne est rapidement devenue la région la plus riche du pays. Son PIB dépasse les 285 milliards d’euros, en 2017. C’est l’une des raisons pour laquelle elle cherche à se détacher de l’Espagne.

Le 1er octobre 2017, le gouvernement autonome catalan organise un référendum d’autodétermination sur l’indépendance de la Catalogne. Bien que jugé inconstitutionnel par Madrid, son succès sera unanime avec 90,1 % de OUI.

Moins d’un mois plus tard, le 27 octobre, le Parlement catalan déclare la Catalogne indépendante. Le gouvernement espagnol active alors l’article 155 de sa constitution, ce qui provoque la mise sous tutelle de la région.

En juin 2018, à l’arrivée de Pedro Sanchez au pouvoir, il lève la mise sous tutelle de la région et tente de renouer le dialogue avec les indépendantistes les moins extrémistes.

Le procès qui a mis le feu aux poudres


Lundi dernier était rendu le verdict par le Tribunal suprême, du procès des douze ex-dirigeants séparatistes catalans, après quatre mois de procès. Tous étaient poursuivis pour "rébellion et sécession". Neuf d’entre eux, principalement des anciens ministres et conseillers du gouvernement indépendantiste catalan, ont été condamnés à des peines allant de neuf à treize ans de prison ferme. C’est le cas d’Oriol Junqueras, l’ancien vice-président de la région catalane, qui était durant les deux dernières années en prison préventive. Les trois autres, déjà en liberté provisoire, ont écopé seulement d’amendes et de 20 mois d’inéligibilité.


Toutefois, le Tribunal n’a pas retenu le délit de "rébellion", réclamé par le parquet. Cette notion aurait fait augmenter les peines jusqu’à 25 ans de réclusion. Car la rébellion suppose une atteinte à la violence contre la constitution. Ici, c’est la sédition qui a été retenue pour les accusés. Ce terme induit l’incitation à l'émeute, à la révolte et au soulèvement contre la puissance établie. es accusés étaient aussi poursuivis pour malversations de fonds publics.

Pour le quotidien espagnol La Vanguardia, "le tribunal a estimé que les accusés avaient bien mis en oeuvre une stratégie planifiée afin d’obtenir l’indépendance de la Catalogne, son accession au statut d’État, avec le régime de République et sa sécession de l’Espagne".


Les neuf condamnés se sont adressés au tribunal à travers une lettre commune dans laquelle ils remettent en cause le verdict. Selon eux, le Tribunal suprême "n’a pas rendu justice" et a cherché "la vengeance et la punition". Cette condamnation est "le triste aboutissement [d’une instruction] qui n’a pas respecté les garanties procédurales propres à un État démocratique" ajoute-t-ils.


Ni Carles Puigdemont, l’ex-président de la région, ni six autres dirigeants indépendantistes qui ont fui le système judiciaire espagnol n’étaient présents au procès. Le juge qui a instruit l’affaire a toutefois réactivé tous les mandats d’arrêt européens et internationaux contre eux, pour sédition et malversations de fonds publics.

Carles Puigdemont s’est opposé à son extradition vers l’Espagne et à été libéré sous caution par un juge belge, vendredi. Il s’est exprimé depuis Bruxelles, appelant les Catalans à transformer les élections législatives du 10 novembre en "une manifestation massive de rejet et de fermeté" de ce verdict.

Des manifestations massives pour contester le jugement


Dès l’annonce du verdict, des organisations indépendantistes de la région ont appelé à des manifestations pour protester contre la sentence de ceux qu’ils considèrent comme des "prisonniers politiques".

L’aéroport del Prat est devenu le centre de cette mobilisation, dès lundi après-midi. Des milliers de personnes s’y sont retrouvées, provoquant des perturbation au niveau du métro et des routes menant à l’aéroport.

Les rassemblements ont continué toute la semaine, jusqu'à vendredi, où les Catalans étaient appelés à une "grève générale" et à des "manifestations massives". Des milliers d’indépendantistes sont partis à pied, depuis plusieurs villes de la région, jusqu’à converger à Barcelone. Plus de 525 000 personnes étaient réunies pour protester contre ce verdict du Tribunal suprême.

La grève générale a été suivie par environ 50 % des catalans, selon les autorités, dont 35 % chez les fonctionnaires. Les manifestations se sont déroulées dans le calme, avant que des heurts apparaissent dans la soirée.


De violents heurts ont perturbé Barcelone, vendredi soir. Des affrontements ont opposé les militants indépendantistes catalan et les forces de l'odre. JOSEP LAGO / AFP

Des barricades ont été dressées par des centaines de manifestants masqués ou casqués, scandant "Les rues seront à nous pour toujours !" De nombreux feux ont été allumés dans le centre-ville de la capitale catalane. Les policiers, crains par les militants indépendantistes, ont répliqué aux jets de projectiles et feux de poubelle par des tirs de balles en caoutchouc et de grenades lacrymogènes.

Ces scènes de guerrilla urbaine ont fait plus de 190 blessés. Les autorités ont recensé plus de 500 blessés sur toute la semaine de contestation.

Quim Torra, l’actuel président de la région catalane condamné la radicalisation d’une partie du mouvement séparatiste, soulignant qu’il s’agissait d’une cause pacifique. Il s’est toutefois montré en faveur de la scission de la Catalogne avec le reste du pays en proposant un nouveau référendum d’autodétermination. "Si tous les partis le rendent possible, nous pourrons valider l’indépendance au terme de cette législature. Nous retournerons de nouveau aux urnes pour l’autodétermination".

"Je défendrai l’idée selon laquelle, il faut que cette nouvelle législature [qui prendra fin en 2022] se termine avec un nouvel exercice du droit à l’autodétermination" a-t-il précisé lors d’un discours de défiance envers l’État espagnol, devant le Parlement régional.

"La peur et les menaces ne nous vaincront pas"

Madrid n’a pas tardé à répondre à cette idée, lui opposant une fin de non-recevoir et lui a réclamé de "condamner fermement la violence […], ce qu'il n'a pas fait jusqu'à présent", et "d'exprimer sa solidarité avec les policiers blessés".

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