• Margaux Liagre

La photo du mois : New Delhi ravagé par des affrontements

Depuis le 23 février, des affrontements entre hindouistes et musulmans ont ravagé des quartiers du nord-est de New Delhi, coutant la vie à 27 personnes. Ces violences inter-confessionnelles sont les plus meurtrières depuis plusieurs décennies dans la capitale.


Habitant de New Dehli observant les dégâts dans son quartier / SAJJAD HUSSAIN - AFP

Mardi 25 février, des centaines d’hindous armés de sabres et pistolets s’en sont pris aux musulmans de la capitale indienne. Selon plusieurs témoignages, ils auraient été soutenu par la police. Un dirigeant du parti nationaliste hindou au pouvoir avait menacé, quelques jours plutôt de telles violences si la police ne délogeait pas les musulmans organisés en sit-in pour protester contre la loi controversée sur la citoyenneté. Ces violences ont fait plus de 200 victimes, dont 27 morts.


Les émeutiers ont semé le chaos dans des zones périphériques, au sein d’un quartier à majorité musulmane au nord-est de la capitale. Des commerces, bâtiments et véhicules ont été brûlés. Certains journalistes ont même été agressés. Les affrontements ont duré plusieurs jours et les autorités locales ont interdit les rassemblements dans ces zones, en vertu d’une loi datant de la colonisation britannique.


Ces violences ont eu lieu au moment où le Premier ministre du pays, Narendra Modi, recevait Donald Trump pour sa première visite officielle en Inde. Ce ne sont pas les premières émeutes qui touchent la capitale, le nationaliste hindou Narendra Modi est confronté depuis décembre à un vaste mouvement de contestation contre la loi sur la citoyenneté votée il y a deux mois.


Le calme est revenu mardi soir, dans le nord-est de New Delhi après le déploiement de centaines de paramilitaires. Cet évènement amène alors une nouvelle défiance entre hindous et musulmans, dans un quartier jusque-là épargné par les violences religieuses de cette envergure.


Une loi controversée à l’origine de ces affrontements


La loi sur la citoyenneté indienne est une législation qui facilite l’attribution de la citoyenneté indienne à des réfugiés de pays voisins, à condition qu’ils ne soient pas musulmans. Ce texte cristallise depuis, les craintes de la minorité musulmane du pays, d’être reléguée au rang de citoyens de seconde place. En Inde, les hindous représentent plus de 80% de la population.

Depuis mi-décembre, la Citizenship Amendment Act (CAA) a provoqué de nombreux troubles et affrontements. Des manifestations ont même bravé les interdictions de rassemblements. Majoritairement pacifiques, ces mouvements contestataires ont parfois dégénéré en affrontements.


Adoptée le 11 décembre par le Parlement, cette loi facilite l’obtention de la citoyenneté indienne pour les réfugiés d’Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan, arrivés avant 2015, s’ils ne sont pas musulmans. Pour beaucoup, cette loi apparaît comme une forme de discrimination envers cette religion minoritaire en Inde. Les musulmans représentent en effet 14% des quelque 1,3 milliard d’habitants. Cette législation viole le caractère laïc de la constitution.


Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme qualifie cette loi de "fondamentalement discriminatoire". Pourtant, le gouvernement, lui, assure que les citoyens n’ont rien à craindre. "Les musulmans qui sont les fils du sol indien et dont les ancêtres sont les enfants de notre mère patrie n'ont pas à s’inquiéter" a lancé le Premier ministre en décembre, lors d’un meeting dans la capitale. Le pouvoir estime que cette législation est indispensable pour que les minorités non-musulmanes ayant fui les trois pays concernés, qui ont trouvé refuge en Inde avant 2015, puisse obtenir la nationalité indienne.


Cette loi arrive quatre mois après la révocation par le gouvernement Modi, de l’article 370 de la Constitution qui octroyait depuis 1947, un statut spécial à l’État du Jammu-et-Cachemire, le seul majoritairement musulman du pays. Mais ce n’est pas les seules mesures engagées en défaveur de la communauté musulmane en Inde. En août, deux millions de personnes avaient également été privées de leur citoyenneté dans l’État d’Assam, au nord-est du pays. Une vaste opération de recensement avait eu lieu dans cet État frontalier avec le Bangladesh. En novembre, un tribunal a finalement autorisé la construction d’un temple hindou sur le site d’une mosquée rasée par des fanatiques hindouistes.

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